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Un bon bouquin, ça ne périme pas! Et après, ça passe en poche et c'est encore mieux parce qu'on peut l'emporter partout! 

bessonPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Trois suggestions de lecture pour une semaine : d’abord, on commence avec un drame de l’époque, un féminicide rapporté par Philippe Besson qui s’intéresse aux victimes collatérales- les enfants de la femme tuée par leur père ; ensuite, on enchaîne avec une auteure qui, critique de cinéma également, connaît le 7ème Art et nous emmène dans une trilogie féminine ; enfin, on se glisse avec bonheur dans un essai de Lydie Salvayre avec des recettes pour avoir du succès en intriguant, abusant, écrasant… Bonne lecture !

Lire la suite : Une semaine de lecture avec Philippe Besson, Hélène Frappat et Lydie Salvayre

kafkaPar Serge Bressan - Lagrandeparade.com / C’est la rentrée littéraire d’hiver- suite et pas fin ! Au programme et sur les rayons des librairies, d’ici la fin de ce janvier 2023, pas moins de 517 romans, récits et recueils de poésie. Dans une troisième sélection, en toute subjectivité, lagrandeparade en a sélectionné sept aussi sensationnels qu’indispensables… Bonne lecture à toutes et tous !

LE COUP DE COEUR

« Franz Kafka ne veut pas mourir » de Laurent Seksik
C’est tout simple… et formidablement ambitieux ! Comme un défi, ce qui n’est pas pour déplaire à Laurent Seksik qui, avec son nouveau roman joliment titré « Franz Kafka ne veut pas mourir », s’est mis en tête de proposer une « traversée du siècle dans les pas d’un géant ». Et, avouons-le, ce genre de fréquentation avec des géants, Seksik l’a déjà (très bien) pratiqué dans le passé avec des textes romanesques sur Romain Gary, Albert Einstein et Charlie Chaplin et théâtraux sur Stefan Zweig et Amedeo Modigliani… Cette fois, il s’approche de Franz Kafka (1883- 1924), l’écrivain austro-hongrois, pour mieux raconter trois personnages incontournables dans sa vie. Il y a Dora Diamant, sa compagne ; aussi Ottilie- surnommée Ottla, sa sœur préférée et chérie, et Robert Klopstock, son ami étudiant en médecine. Dans un texte aussi que lumineux s’appuyant sur une documentation et une bibliographie impressionnante, Laurent Seksik déroule et entrecroise des destins au fil du siècle pour éclairer d’une lumière nouvelle la vie et l’œuvre de l’auteur de « La Métamorphose », « La Colonie pénitentiaire », « Le Procès » ou encore « Le Château ». Dans un entretien, l’auteur de « Franz Kafka ne veut pas mourir » confie : « Ce livre n’est pas une biographie, mais un roman- une exofiction, dit-on. La connaissance du sujet exige un même travail- ici, cinq années de recherches- mais la distance avec le sujet est abolie. On ne suit pas Kafka, on n’est pas derrière lui, on est à ses côtés ». Ainsi, maître dans l’art, il offre un « éclairage précis d’éléments minuscules, la lumière que diffusent les petits riens d’une existence ». Et au crépuscule de sa vie, Franz Kafka, souffrant de tuberculose, implorant son ami Robert Klopstock et lui réclamant une ultime dose de morphine : « Tuez-moi, sinon vous êtes un assassin »…

« Franz Kafka ne veut pas mourir »
Auteur : Laurent Seksik
Editions : Gallimard

ET AUSSI

augier« Croire » de Justine Augier
Il y eut le temps des confinements, l’envie d’écrire sur la littérature et ses pouvoirs. Il y avait aussi « cette croyance familière bien qu’intermittente en la croyance de la puissance de la littérature face à ce qui enferme, écrase le temps, les identités, la langue… » Et puis la mort- celle de la mère, femme politique en vue et, un temps, ministre. Déjà remarquée pour « De l’ardeur » (2017) et « Par une espèce de miracle » (2021), Justine Augier revient avec « Croire »- avec un sous-titre explicite : « Sur les pouvoirs de la littérature » pour un texte aussi ramassé qu’enthousiasmant. Un texte contre l’oubli, placé parmi tous ces livres sur la première année du deuil et contre l’oubli. Littérature et politique font chemin commun dans « Croire », cousin d’écrits d’Hannah Arendt et Joan Didion.

« Croire »
Auteure : Justine Augier
Editions : Actes Sud

 

 

 

 

 

 

donzeli« Et par le pouvoir d’un mot » de Xavier Donzelli
En 1942 à Alger, dans la revue « Fontaine » paraît « Liberté ». Un poème écrit par Paul Eluard (1895- 1952), on lit : « Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie / Je suis né pour te connaître / Pour te nommer ». Soixante et onze plus tard, professeur de français puis collaborateur d’un magazine d’histoire, Xavier Donzelli en a fait le héros de son premier roman, « Et par le pouvoir d’un mot ». Depuis de nombreuses années, il vibre au poème d’Eluard. Il a cherché dans des fonds d’archives, trouvé nombre de petites histoires noyées dans la Grande Histoire, puis retracé l’itinéraire du poème, de sa création à sa parution puis dans la plaquette « Poésie et Vérité 1942 » à Paris avant de devenir l’un des textes emblématiques de la Résistance, pendant la Seconde Guerre mondiale…

« Et par le pouvoir d’un mot »
Auteur : Xavier Donzelli
Editions : Seghers

 

 

enriquez« Les Dangers de fumer au lit » de Mariana Enriquez
Un surnom à faire frémir : la « papesse de l’enfer ». Que l’auteure argentine Mariana Enriquez confirme avec « Les Dangers de fumer au lit », son troisième et nouveau livre enfin traduit en français mais paru originellement à Buenos Aires en 2009. En 2021, elle avait épaté les lecteurs francophones avec « Notre part de nuit », et la voilà de retour dans les rayons des librairies avec un recueil de nouvelles. Au hasard des pages, une fillette qui déterre des os dans un jardin, une femme qui fantasme sexuellement autour du cœur d’un homme cardiaque, le fantôme d’un nourrisson qui flotte en décomposition ou encore deux jeunes fans qui dévorent une rockstar suicidée… Bienvenue dans le monde fantastique de Mariana Enriquez, petite sœur littéraire de Stephen King et cousine d’Edgar A. Poe et David Cronenberg…

« Les Dangers de fumer au lit »
Auteure : Mariana Enriquez
Editions du Sous-Sol

 

 

 

gallen« Ce que Majella n’aimait pas » de Michelle Gallen
Direction l’Irlande du Nord. Une jeune femme, Majella O’Neill, la vingtaine, bosse six jours sur sept au Fish’and Chips, s’offre un verre le dimanche soir… Le reste du temps, elle est dans sa chambre d’enfant chez sa mère qui ne fait que boire sur le canapé, y regarde en boucle des épisodes de la série télé Dallas… C’est une drôle de vie que raconte Michelle Gallen dans son premier roman, « Ce que Majella n'aimait pas ». Un texte aussi ravageur que poétique avec cette femme « un peu forte » qui rythme ses jours (et ses nuits ?) en dressant des listes de ce qu’elle aime et n’aime pas faire… Ainsi, en sept chapitres pour les sept jours de la semaine, on découvre la liste (très courte) de ses dix thématiques « vraiment intéressantes ». Un seul mot pour ce que Majella n’aime pas : « tous les autres »…

« Ce que Majella n’aimait pas »
Auteure : Michelle Gallen
Editions : Joëlle Losfeld

 

 

 

misham« Un simple enquêteur » de Dror Mishani
En bon spécialiste de l’histoire du roman policier, Dror Mishani en connaît toutes les subtilités, toutes les ficelles et tous les ressorts. Auteur israélien de 47 ans, il ne manque pas, depuis 2011, d’y recourir pour ses propres romans. Ainsi, on le retrouve en maître du genre avec « Un simple enquêteur », la nouvelle et quatrième enquête de son personnage récurrent, Avraham Avraham. A 44 ans, voilà un flic las de son job, il s’est marié récemment et été nommé commissaire. Il rêve de belles et grandes enquêtes sur des affaires importantes. Peut-être est-ce le cas quand il choisit, entre deux enquêtes, celle sur la disparition d’un touriste qu’on retrouve noyé sur la plage. Il a un passeport suisse, un israélien et de multiples identités. La rumeur dit que le Mossad… Avraham tient sa grande enquête. Du moins, le croit-il…

« Un simple enquêteur »
Auteur : Dror Mishani
Editions : Série Noire / Gallimard

 

 

 

harlem« Harlem Shuffle » de Colson Whitehead
Rien moins que l’un des beaux et grands romans de cette rentrée d’hiver 2023 ! L’auteur, Colson Whiethead, Américain de 53 ans, est un des quatre seuls écrivains à avoir reçu deux fois le prix Pulitzer de la fiction. Il est aussi un des rares à passer, avec élégance, d’un genre littéraire à l’autre- à preuve, son nouveau roman, « Harlem Shuffle ». Un modèle de « roman noir ». Avec, pour décor dans les années 1960, le quartier de Harlem à New York. Il y a là Carney, « pas un voyou, juste un peu filou » qui passe ses journées à récupérer de l’électro-ménager et du mobilier qu’il revend dans son magasin, sans se soucier de la provenance des objets. Précision : le père de Carney est un voyou bien connu dans Harlem et son cousin Freddie fricote avec le monde du crime. Et cette remarque de l’auteur : les rancoeurs et les vengeances font tourner la ville…

« Harlem Shuffle »
Auteur : Colson Whitehead
Editions : Albin Michel

 

malkaPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / C’est la rentrée littéraire d’hiver- suite et pas fin ! Au programme et sur les rayons des librairies, d’ici la fin de ce janvier 2023, pas moins de 517 romans, récits et recueils de poésie. Dans une deuxième sélection, en toute subjectivité, Lagrandeparade en a sélectionné sept aussi sensationnels qu’indispensables… Bonne lecture à toutes et tous !

Lire la suite : Romans et récits : sept nouveaux livres pour une rentrée d’hiver

GroffPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / C’est la rentrée littéraire d’hiver ! Au programme et sur les rayons des librairies, d’ici la fin de ce janvier 2023, pas moins de 517 romans, récits et recueils de poésie. Dans une première sélection, en toute subjectivité, Lagrandeparade en a sélectionné sept aussi sensationnels qu’indispensables… Bonne lecture à toutes et tous !

Lire la suite : Romans et récits : sept livres pour une rentrée

coePar Serge Bressan - Lagrandeparade.com/ Trois suggestions de lecture pour une semaine : d’abord, on commence avec notre « envoyé spécial permanent » outre-Manche, le toujours impeccable Jonathan Coe ; ensuite, on enchaîne avec un auteur qui n’a pas son pareil pour enchanter les mots, l’agile Denis Grozdanovitch, et enfin, on se glisse dans une réédition d’un texte paru en 1996 dans les traces d’un couple ausculté par l’éternelle Françoise Sagan. Bonne lecture !

Lire la suite : Une semaine de lecture avec Jonathan Coe, Denis Grozdanovitch et Françoise Sagan

lindaPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Trois suggestions de lecture pour une semaine : d’abord, on commence par le roman aussi vertigineux qu’envoûtant d’une impeccable écrivaine suédoise ; ensuite, on enchaîne avec un « dictionnaire amoureux » consacré à la bêtise- et il y a à dire et écrire !, et enfin, on se marche et skie dans les traces d’un aventurier de l’extrême qui enchaîne les best-sellers. Bonne lecture !

Lire la suite : Une semaine de lecture avec Linda Boström Knausgård, François Rollin et Sylvain Tesson

devillersPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Trois suggestions de lecture pour une semaine : d’abord, on commence par un récit aussi ignominieux qu’inimaginable mais pourtant vrai écrit par la femme de radio Sonia Devillers ; ensuite, on enchaîne avec le livre posthume de John le Carré, maître du roman d’espionnage, et enfin, on se glisse dans un aussi pétillant qu’émouvant texte empli d’éclats de vie par l’homme de ciné et théâtre Denis Podalydès. Bonne lecture !

Lire la suite : Une semaine de lecture avec Sonia Devillers, John le Carré et Denis Podalydès

franzenPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Trois suggestions de lecture pour une semaine : d’abord, on commence par le sixième et nouveau roman d’un des meilleurs écrivains nord-américains du moment ; ensuite, on enchaîne avec l’évocation d’un arrière-grand-père qui avait refusé de reconnaître son fil à la naissance et l’avait abandonné, et enfin, on se glisse dans un émouvant texte d’amour pour une mère, femme puissante et insoumise. Bonne lecture !

Lire la suite : Une semaine de lecture avec Jonathan Franzen, Claudie Gallay et Félicité Herzog

bordasPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Trois suggestions de lecture pour une semaine : d’abord, on commence par un texte magnifique mêlant autobiographie et évocation du grand écrivain italien Carlo Emilio Gadda ; ensuite, on enchaîne avec l’évocation du génie du post-impressionnisme se penchant, à la fin de sa vie, sur son passé, et enfin, on se glisse dans une vie ponctuée par dix-sept chansons pour un délicieux « song book ». Bonne lecture !

Lire la suite : Une semaine de lecture avec Philippe Bordas, Zoé Valdés et Carole Zalberg

banksPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Trois suggestions de lecture pour une semaine : d’abord, on commence l’un des meilleurs écrivains américains contemporains ; ensuite, on enchaîne avec le septième et nouveau roman d’un auteur aussi réputé pour ses pièces de théâtre, et enfin, on se glisse dans le très beau texte d’une plasticienne qui offre là son deuxième et magnifique roman. Bonne lecture !

Lire la suite : Une semaine de lecture avec Russell Banks, Antoine Rault et Gabriella Zalapi

vent mauvaisPar Serge Bressan - Lagrandeparade.com / Trois suggestions de lecture pour une semaine : d’abord, on commence LA fresque de cette rentrée littéraire d’août-septembre 2022, direction l’Algérie ; ensuite, on file aux Pays-Bas, précisément à Amsterdam pour une nuit dans la Maison d’Anne Frank, et enfin, on se glisse dans les pas d’un chat sacrément curieux et observateurs dans les rues de Moscou. Bonne lecture !

Lire la suite : Une semaine de lecture avec Kaouther Adimi, Lola Lafon et Grigori Sloujitel

selectionPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / En cette rentrée où paraissent pas moins de 490 romans d’ici la fin octobre, une troisième sélection de cinq romans indispensables, dont un texte-événement avec Catherine MIllet. Bonne lecture !


CATHERINE MILLET : « Commencements »

Une confidence : « Je publie effectivement mon quatrième livre autobiographique mais les quatre récits ont des points de départ différents ». Une autre : « Je me suis prise en otage ». Pour ce qui constitue un des événements de la rentrée littéraire d’été 2022, à savoir « Commencements », 320 pages bien denses, Catherine Millet a plongé dans deux malles où elle garde tout de sa vie. Dans un récent entretien, elle expliquait avoir souhaité raconter « la période où je commence à entrer dans la vie professionnelle, ce qui correspond aux débuts de ce qu’on appelle l’art contemporain, la fin des années soixante, le début des années 1970. Relater l’entrecroisement des deux relevait du défi, mais c’était amusant d’essayer de comprendre comment la jeune femme sans bagage que j’étais s’était glissée dans une époque où les artistes eux-mêmes réinventaient leur pratique ». Celle qui fut révélée en 2001 au grand public par son premier texte autobiographique, « La vie sexuelle de Catherine M. », est née en 1948 à Bois-Colombes (alors, Seine-et-Oise, aujourd’hui Hauts-de-Seine) en 1948, fille d’un directeur d'auto-école et d’une secrétaire. Enfance, adolescence- vie ordinaire… Dans un café, quatre garçons préparent une revue de poésie, l’adolescente les regarde, n’ose les approcher, ils deviendront amis. Avec l’un d’entre eux qui deviendra un célèbre galeriste, elle commence une vie de couple. Il y aura la création d’« art press », la revue indispensable consacrée à l’art contemporain et qui existe toujours. Il y aura aussi Mai-68 à Paris- aveu de Catherine M ; « Je suis passée à côté de Mai-68 » ; l’émergence de SoHo à New York et, dans le monde, de cet art qu’on appellera « art contemporain ». Avec « Commencements », d’une écriture quasi clinique et froide, Catherine Millet poursuit une introspection sentimentale, sexuelle et intellectuelle. Un texte indispensable.

Commencements
Auteure : Catherine Millet
Editions : Flammarion
322 pages
Prix : 20 €

Catherine Millet : condition féminine, plaisir, désir…

 

MURIEL BARBERY : « Une heure de ferveur »

Le roman de la délicatesse… et de l’amour. En écho à son précédent texte- « Une rose seule », 2020, Muriel Barbery nous glisse, en cette rentrée d’été 2022, « Une heure de ferveur ». Avec les mots de la romancière, on se retrouve à Kyoto, là où vivait Hanu Ueno- le père décédé de Rose. Magicienne (ce que l’on sait depuis « L’Elégance du hérisson », 2006), Muriel Barbery remonte l’histoire de ce Japonais, donc père de Rose et marchand d’art contemporain. Il a aimé follement une Française ; enceinte, elle est rentrée en France et n’a jamais voulu que Hanu voit sa fille Rose. Cette fille qui a occupé son esprit, son imaginaire durant tant d’années, jusqu’à sa mort. Pour lui, Rose était une fleur parmi les fleurs des jardins qu’il appréciait par-dessus tout. Une fois encore avec cet homme tout habité par la beauté et l’autre, l’auteure signe là un roman d’une élégance rare…

Une heure de ferveur
Auteure : Muriel Barbery
Editions : Actes Sud
256 pages
Prix : 20,50 €

 

LIONEL DUROY : « Disparaître »

On ouvre sur une histoire de famille, on boucle avec un voyage à vélo. Avec « Disparaître », Lionel Duroy- romancier hautement fréquentable sans succomber au « roman fragmenté », offre à son héros Augustin, 70 ans, l’occasion lors d’un repas au restaurant d’annoncer à sa famille que, là, c’est décidé, il file à Stalingrad… à vélo, sans préciser le sens de cette expédition à deux roues. Disparaître, finir sa vie, « mourir, si vous préférez ». Retour à son domicile, il prépare la machine, « un vieux Singer ». Cap sur l’est. Valbonne puis Bucarest, Ljubljana, Zagreb, Belgrade… après avoir voyagé à travers paysages, souvenirs, littérature (Malaparte, Istrati ou encore Botez) et Histoire, disparaîtra-t-il à Stalingrad ? Disparaître, c’est délicieusement triste, follement mélancolique, furieusement romantique…

Disparaître
Auteur : Lionel Duroy
Editions : Mialet- Barrault
304 pages
Prix : 20 €

 

GUILLAUME PERILHOU : « Ils vont tuer vos fils »

Plus sombre que jamais, Lou Reed chantait en 1974 « Kill Your Sons »… Une chanson qui inspire le titre et le premier roman de Guillaume Perilhou : « Ils vont tuer vos fils »- assurément l’un des meilleurs premiers romans de cette rentrée d’été 2022. Guillaume a 15 ans, l’âge du mal de vivre… Comme on dit, c’est un ado perturbé- et il y a de quoi. Sa mère, enfant, a été violée par son père. Le narrateur, lui, décide de porter plainte contre son père pour agression sexuelle quand il était petit enfant. Le roman est le récit chez le juge, entretien qui va se terminer en explosion de violence- conséquence : retour à l’HP où, depuis quelque temps, il est interné… Sur ce thème pas vraiment nouveau (le mal être adolescent et la quête d’identité), à coup de saynètes étourdissantes, Perilhou signe un livre cinglant, bouleversant. Une belle réussite…

Ils vont tuer vos fils
Auteur : Guillaume Perilhou
Editions : L’Observatoire
162 pages
Prix : 17 €

 

MARIEKE LUCAS RIJNEVELD : « Mon bel animal »

La sensation des lettres néerlandaises. Et aussi un des événements de cette rentrée d’été 2022 pour l’édition française. A 31 ans, se revendiquant non genré et non binaire, Marieke Lucas Rijneveld a publié quatre livres (deux romans, deux recueils de poésie) dont deux traduits en français : « Qui sème le vent » (2020, lauréat de l’International Booker Prize 2020) et « Mon bel animal », un roman partiellement autobiographique qui se glisse dans les pas de « Lolita » de Nabokov. Dans la campagne néerlandaise, un été étouffant et la menace de grippe bovine… Un vétérinaire, 49 ans, se rapproche d’une jeune fille, 14 ans. Dans son journal, l’homme raconte la relation qu’il va entretenir avec la jeune fille. Dans ces pages d’un lyrisme glaçant, résonne la voix du prédateur. Le récit de cette relation est à sens unique- celui de l’homme. C’est sensible et érotique…

Mon bel animal
Auteur.e. : Marieke Lucas Rijneveld
Editions : Buchet-Chastel
418 pages
Prix : 23 €

SelectionPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / En cette rentrée où paraissent pas moins de 490 romans d’ici la fin octobre, une deuxième sélection de cinq romans indispensables, dont un immense coup de cœur avec l’Américaine Toni Morrison. Bonne lecture !


Toni MORRISON : « Récitatif »

Elle fut une écrivaine libre et révoltée. Parée de nombreux prix, dont un Pulitzer (1988) et un Nobel de littérature (1993)- elle fut la première Afro-américaine à être distinguée par l’Académie suédoise.
Née Chloe Ardelia Wofford le 18 février 1931 à Lorain, Ohio, Toni Morrison est morte le 5 août 2019 à New York- elle avait 88 ans. Au fil de sa vie, elle a écrit des romans indispensables et une seule « novella » qui nous arrive, en cette rentrée littéraire d’été 2022. Le titre, tout simple : « Récitatif »- pour un livre écrit en 1983 et court, une petite centaine de pages, avec en prime une formidable postface signée Zadie Smith, l’écrivaine britannique elle aussi libre et engagée. Dans ce texte XXS, Toni Morrison joue avec lectrices et lecteurs, les emmenant sur des pistes incertaines- où est le blanc ? le noir ? « Récitatif », c’est le livre de la couleur cachée. En effet, sortant de ce livre, on est incapable de dire avec assurance qui est qui : la romancière, tout au long des pages, glisse des détails qui peuvent laisser croire que… mais vite, d’autres surgissent pour entretenir l’interrogation. Oui, qui est qui ? Deux gamines de 8 ans, Twyla et Roberta, se rencontrent dans un orphelinat et sont inséparables pendant quatre mois, à l’écart du groupe des grandes aux comportements de monstres. La mère de Twyla aime danser toute la nuit, celle de Roberta est plutôt BCBG… On lit : « On se comportait comme des sœurs séparées depuis bien trop longtemps. Ces quatre mois brefs n’étaient rien dans le temps. Peut-être que c’était la chose elle-même : juste le fait d’être là, ensemble. Deux petites filles qui savaient ce que personne d’autre au monde ne savait : comment ne pas poser de questions ». Des années plus tard, devenues femmes, les deux se rencontrent par hasard. L’une est heureuse de ces retrouvailles- elle est alors serveuse ; l’autre laisse paraître quelque gêne- elle est « bien mariée » dans l’upper class. Qui est la blanche ? la noire ? Toni Morrison sait mieux que quiconque que, lorsqu’on évoque la race, la mémoire est une donnée difficile à manier. Avec « Récitatif », elle met au grand jour les travers et les préjugés d’une société confrontée à un mal profond. En quelques pages, l’air de rien, jouant en permanence avec le non-dit et le sous-entendu, ce court texte est un monument de la littérature de combat contre le racisme. L’immense coup de cœur de cette rentrée d’été 2022.

Récitatif
Auteure : Toni Morisson
Editions : Christian Bourgois
110 pages
Prix : 14 €

Laurent GAUDÉ : « Chien 51 »

En Fregoli des lettres, Laurent Gaudé n’a jamais hésité à varier les plaisirs et, donc, les formes littéraires. A preuve : lui le romancier et dramaturge s’offre, cette fois avec « Chien 51 », un détour dans le genre « anticipation sur fond d’enquête policière ». Comme disent les savants ou les prétentieux, Chien 51 est une dystopie, ce récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'il est impossible de lui échapper. Avec Gaudé, on se glisse donc dans les pas du flic grec Zem Sparak, on débarque dans une salle sombre, au troisième étage d’une boîte de nuit fréquentée du quartier RedQ- quasiment le QG de Zem. Défoncé à la technologie Okios, il retrouve l’Athènes de sa jeunesse, alors que son pays n’existe plus. A présent, Zem est un « chien », un policier placardisé dont le job est de fouiller la zone 3 de Magnapole sous les pluies acides et la chaleur écrasante. A la levée du jour, dans ce quartier abandonné, on retrouve un corps ouvert le long du sternum- Zem doit sortir de son renoncement et, sous la direction de l’inspectrice de la zone 2, il retourne au boulot et enquête. Avec le mystère du consortium GoldTex qui se pointe dès qu’un pays est en faillite. Un roman de haut vol, dans le monde halluciné de demain.

Chien 51
Auteur : Laurent Gaudé
Editions : Actes Sud
304 pages
Prix : 22 €

ALAIN MABANCKOU : « Le commerce des Allongés »

Depuis un moment, il se faisait attendre. Il est de retour, après des voyages en Amérique du sud et en Afrique, des séjours dans les universités américaines. Alain Mabanckou ne tient pas en place. Mais trouve le temps d’écrire. Et nous offre, en cette rentrée, « Le commerce des Allongés ». Un bel et foisonnant roman pour un retour au pays, à la terre natale, à Pointe-Noire. Et nous voilà, lectrices et lecteurs, embarqués dans un conte, dans une fable politico-sociale. Oui, quand il est inspiré (ce qui n’a pas toujours été le cas, avouons-le), Mabanckou est un magnifique conteur. Ainsi, il sait mieux que quiconque mettre en scène les aventures de Liwa Ewakingaï, un jeune Congolais dont le nom signifie « qui défie la mort », Ce soir-là, il s’était fait beau comme un dieu, nœud papillon, pantalon pattes d’eph’ dans l’espoir de conquérir en discothèque une belle ; ce soir-là, il est mort… Quelques jours plus tard, au cimetière du « Frère-Lachaise »- le cimetière des pauvres de la ville, il fait la découverte de la vie. A Pointe-Noire, les morts sont très humains- il y a un DRH, un musicien de rock ou encore la Femme-Corbeau. Dans ce « Commerce des Allongés », Alain Mabanckou rappelle avec élégance et allégresse que, même dans la mort, perdure la lutte des classes. Un texte salutaire.

Le commerce des Allongés
Auteur : Alain Mabanckou
Editions : Seuil
304 pages
Prix : 19,50 €

Du même auteur:

"Rumeurs d’Amérique" d’Alain Mabanckou : une autobiographie américaine…

Les cigognes sont immortelles : Alain Mabanckou, retour au pays…

 

KARL MARLANTES : « Faire bientôt éclater la terre »

Une certitude : voici LA fresque historique et familiale de cette rentrée littéraire de l’été 2022. Après « Retour à Matterhorn » (2012) et « Partir à la guerre » (2013), l’auteur américain Karl Marlantes nous revient, à 77 ans, avec « Faire bientôt éclater la terre »- roman XXL de 608 pages. Au fil des pages, c’est un voyage entre la fin du 19ème siècle (1891) et une bonne partie du 20ème (jusqu’en 1969) de Finlande jusqu’aux Etats-Unis. C’est aussi une plongée dans la diaspora finlandaise, avec les deux frères Ilmari et Matti et la sœur Aino. Alors qu’il était menacé par la conscription dans l’armée russe, l’aîné, Ilmari, a fui le pays- direction l’Amérique, il arrive dans l’Oregon et se retrouve à travailler avec les bûcherons finlandais. Face au pouvoir russe puis aux patrons forestiers américains, Matti, lui, découvre l’engagement politique, tandis que Aino, personnage central du roman tout en impétuosité, va organiser les bases d’un syndicat et mener des grèves violemment réprimées. Contraints à quitter leur terre natale, les frères et sœur ont rêvé l’Amérique, terre des possibles. Ils et elle ont tenté de faire éclater la terre promesse de jours meilleurs. Avec ce nouveau roman, Karl Marlantes rend hommage à ces héros du tout-possible, et offre un chant à la gloire d’une forêt ravagée par la folie humaine…

Faire bientôt éclater la terre
Auteur : Karl Marlantes
Editions : Calmann-Lévy
608 pages
Prix : 24,50 €

SALLY ROONEY : « Où es-tu, monde admirable ? »

Outre-Manche, c’est l’unanimité : à 31 ans, Sally Rooney est la plus belle sensation des lettres irlandaises du moment. Après les très remarqués « Conversations entre amis » (2019) et « Normal People » (2021), la voici de retour en librairies avec « Où es-tu, monde admirable ? » Un texte entre roman et échanges épistolaires (à la mode d’aujourd’hui, c’est-à-dire une correspondance par e-mails !). Jeune romancière, la trentaine, Alice a quitté Dublin après un succès étourdissant- direction, un village irlandais, et fait connaissance de Felix sur un site de rencontres. De son côté, Eileen- la meilleure amie d’Alice, demeure à Dublin où elle travaille pour un magazine littéraire, et retrouve Simon, un ami d’enfance. Malgré l’éloignement, les deux jeunes femmes échangent chaque jour. Tout est sujet de conversation : le sexe, l’amour, l’argent, l’amitié, la politique… et surtout, ce monde qui fut admirable et qui ne tourne plus rond avec inégalités, injustices et violence. Comment croire en des lendemains qui chanteraient quand la catastrophe paraît inéluctable ? Que restera-t-il de la beauté du monde quand on sera passé à l’âge adulte ? Sally Rooney signe, là, un texte terriblement lucide, follement incandescent et qui sonne si diablement juste.

Où es-tu, monde admirable ?
Auteure : Sally Rooney
Editions : L’Olivier
384 pages
Prix : 23,50 €

« Conversations entre amis » de Sally Rooney : le roman de la génération désenchantée

donnadieu

Par Serge Bressan - Lagrandeparade.com / En cette rentrée où paraissent pas moins de 490 romans d’ici la fin octobre, une première sélection de cinq romans indispensables. Bonne lecture !

Lire la suite : C’est la rentrée avec… Joffrine Donnadieu, Tessa Hadley, Marcus Malte, Jean-Claude Mourlevat et...


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