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Chanson bretonne : J.M.G. Le Clézio évoque ses souvenirs intimes

Écrit par Félix Brun Mis à jour : vendredi 17 avril 2020 09:54 Affichages : 1018

chanson bretonnePar Félix Brun - Lagrandeparade.com/ JMG le Clézio replonge dans son enfance avec ces deux contes autobiographiques, qui se situent à des âges différents de l’auteur. Deux récits, deux témoignages des souvenirs qui ont marqué, forgé, façonné ce garçon qui sera plus tard Prix Nobel de Littérature.

Chanson bretonne est une ode à la Bretagne, au pays bigouden, à Sainte-Marine où l’écrivain a passé de nombreux séjours, ses vacances scolaires. Avec un fond de musique celtique et de vents du large, Le Clézio se remémore cette Bretagne authentique du temps où les supermarchés, les carrefours giratoires et tant de choses n’existaient pas…

Je crois que c’est cette musique qui porte l’éternité de ce lieu. Le monde a changé, c’est entendu, il a remplacé ses coutumes et ses costumes, il a un peu oublié sa langue. Mais si quelqu’un joue du biniou, là, un soir, dans la lande, dans le vent et la pluie, loin des maisons pour ne pas faire aboyer les chiens, tout ce qu’on a cru disparu reviendra.

Il n’y a pas de regret dans l’esprit de l’auteur, pas de tristesse… "La nostalgie n’est pas un sentiment honorable. Elle est une faiblesse, une crispation qui distille l’amertume. Cette incapacité empêche de voir ce qui existe, elle renvoie au passé, alors que le présent est la seule vérité." Ses racines de granit, de lande et d’océan se ressourcent dans les récifs des pointes du Raz, de Luguenez, de Kastel Koz, de Kermeur… "comme une chanson bretonne, un peu entêtée et monotone […], ou de celles, j’imagine, que mes ancêtres ont répétées jadis en frappant la terre du pied, dans la chaleur des fêtes de nuit, avec le fond sonore aigrelet du biniou et de la bombarde, et que le vent a emportées."

« L’enfant et la guerre » est l’évocation de souvenirs et d’images plus lointains. Le Clézio est né en 1940, et il va traverser la guerre à Nice et dans la vallée de la Vésubie auprès de ses grands-parents de sa mère et de son frère : il rapporte ici ce qu’il a appris de cette période, et quelques réminiscences de faits marquants. « Les enfants devinent l’imaginaire. Ils l’aiment parce qu’il est parfois délicieux d’avoir peur. Pour l’enfant que j’étais dans la guerre, ce n’était pas une histoire de loups ou de sorcières. C’était une peur sans visage, sans nom, sans histoire. » Le Clézio décline une réflexion profonde sur la situation de l’enfant dans la guerre, la peur, la faim, la privation de liberté… "Dans une guerre les enfants ne savent rien de la réalité, ils écoutent des mots, ils construisent leurs histoires."… "On était là, on a vécu cela, mais ça n’a pris de sens que par ce qu’on a appris par les autres, plus tard (trop tard) ?" 
Un délicieux moment de lecture ; deux contes émouvants, intimistes et sincères ; une écriture magnifique, prenante, envoûtante.

Chanson bretonne. L’enfant et la guerre
Auteur : J.M.G. Le Clézio
Editions : Gallimard
Date de parution : 12 mars 2020
Prix : 16,50€