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Théâtre : Nuits blanches pour âmes en peine...

  • Écrit par : Christian Kazandjian

nuits blanches Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ Adaptée de la nouvelle de Dostoïevski, la pièce Les Nuits blanches explore les promesses et désillusions de l’amour.

Fiodor Dostoïevski (1821-1881), a 27 ans quand il écrit Les Nuits blanches. L’auteur de L’Idiot, Crime et Châtiment, Les Frères Karamazov, romans qui en feront un classique de la littérature mondiale, n’est qu’un jeune écrivain, criblé de dettes (il est un joueur compulsif), raillé par la société moscovite. On sent, déjà, dans cette nouvelle, le fil conducteur de toute une œuvre marquée par les échecs, les désillusions, la solitude, la recherche désespérée de l’amour et du bonheur.
Lui, n’est qu’un morne fonctionnaire, solitaire, rêveur, timide et timoré, venu de la campagne à Pétersbourg. Elle, Nastenka, est pétulante, avide de bonheur, après une vie morne, accrochée au jupes d’une aïeule atrabilaire. Leur rencontre, fortuite, les rapproche, alors que tout les différencie, sauf, peut-être, leur fragilité et leur manque d’assurance. Ils ont besoin de s’épancher auprès de quelqu’un qui les comprendrait, ou, à tout le moins, les écouterait avec bienveillance. La jeune femme attend l’homme qu’elle aime, qui lui a promis de l’épouser, mais tarde à la rejoindre. Lui, bien qu’il s’en défende, tombe follement amoureux, de cette femme pleine de vie, si dissemblable et son double pourtant. Il en trahit, cependant leur confiance réciproque. Amitié et amour se confondent, s’entrechoquent, s’opposent provoquant espoirs et désillusions. D’hésitations, en quiproquos, de maladresses en confessions sincères, la rencontre débouche sur une issue que tout laisse deviner, mais que les protagonistes, dans leur naïveté et leur besoin d’amour, n’imaginent pas, ou refusent d’envisager.

Une comédie grinçante

Adaptation fidèle pour la scène de la nouvelle Les Nuits blanches, la pièce, dans sa concision, déroule cette comédie de mœurs, avec force et finesse. Le mariage de l’eau (lui) et le feu (Nastenka) produit une comédie grinçante dont les personnages émeuvent par leur fragile et profonde humanité. Ronan Rivière est épatant en grand dadais, lunaire et maladroit ; Laura Chetrit pète les flammes, tout en exposant les blessures et les doutes de Nastenka. La présence d’un pianiste (Olivier Mazal), interprétant des pièces de Rachmaninov, souligne, en écho, les pensées et sentiments des personnages, les tensions ou apaisements des situations. Le décor, un quai d’une station de métro, ou d’une gare, lieu emblématique d’attente, la lumière bleue et froide dispensée par un néon, un unique réverbère, dressent le paysage de la solitude dans laquelle évoluent ces deux êtres en quête d’amour et qui, de ce fait, peuvent se montrer, parfois, injustes, cyniques et calculateurs.
La confrontation, bien servie par la mise en scène et le jeu des comédiens, donne un spectacle drôle, cruel par instants, où l’on se régale d’entendre la langue de Dostoïevski qui sait sa faire lyrique, châtiée, triviale et populaire. Une comédie acide où s’expriment toutes les nuances des sentiments humains, bienveillance, compassion, désirs, faiblesses et lâchetés, chers à Dostoïevski. Une parfaite réussite.

Les Nuits blanches de Dostoïevski

D’après l’oeuvre de Dostoïevski
Mise en scène : Ronan Rivière
Avec Laura Chetrit et Ronan Rivière
Piano : Olivier Mazal
Musique : Sergueï Rachmaninov
Décor : Antoine Milian 
Lumières : Sébastien Husson
Costumes : Corinne Rossi 
Production : Voix des plumes

Dates et lieux des représentations:

Jusqu'au 5 avril 2026 au Théâtre classique Lucernaire, Paris 6e (01.45.44.57.34.)


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