Pas de souci ....ou quand s’affrontent les égos : une fable drôle et lucide en forme de parabole dystopique qui interroge les rapports humains
- Écrit par : Christian Kazandjian
Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ Deux potes, ou plutôt deux amis, se retrouvent dans une salle de sports pour une partie de Mif-Müf un sport à la mode.
Les longs préparatifs pour s’équiper de protections donnent l’occasion d’échanges sur leur famille respective et notamment les enfants. Voici deux quadras, l’un un peu enveloppé et bon vivant, l’autre sec et partisan d’une vie saine, écoresponsable, avec toutefois quelques anicroches, deux amis bien dans leur époque, en apparence, bien en famille et en société, qui s’apprécient et se fréquentent depuis des années. Et, tout à coup, un mot, mal ou trop bien interprété, concernant l’épouse ou l’un des enfants, ou le choix des vacances et des menus, allume une d’étincelle qui va déclencher un conflit ouvert. De formules de plus en plus acerbes et blessantes, la joute va se transformer en un combat physique, d’abord selon les règles du sport, puis en affrontements brutaux. C’est que les égos de ces deux mâles, leur virilité même, ont été touchés, moqués, dégradés. Le seul exutoire, dès lors, réside dans la violence. La voix off qui dirige le match, sous couvert d’apaisement, exacerbe les sentiments des adversaires, poussés, ainsi, au combat comme deux gladiateurs modernes. Le drame qu’on sentait sourdre depuis l’extérieur, se matérialise sur le terrain de jeu, alors transformé en arène sanglante. La complicité initiale se dégrade, au gré des révélations concernant tensions et griefs longtemps tus au nom de l’amitié, jusqu’à déclencher un affrontement bestial, primal.
Burlesque et lucide
Pas de souci se présente comme une fable dystopique, comme on dit aujourd’hui, sur un futur, de fait, pas si lointain. Les individus sont dotés de puce dans le cerveau qui dispense de tout autre appareil de communication : on appelle un proche, on sélectionne une chanson, une photographie, d’un clic sur la tempe. Les concurrents du Mif-Müf, quasi déshumanisés, se transforment, en quelque sorte, eux-mêmes, en pions du jeu vidéo. Pour traiter d’un sujet aussi épineux, Solal Bouloudnine, Maxime Mikolajczak et Olivier Veillon, co-auteurs du texte, ont fait le choix du burlesque et du grand-guignolesque, sans sacrifier à une critique grinçante des dérives de nos sociétés : culte de l’hédonisme, de la virilité, ode à la méritocratie, incitation à la consommation, intrusion envahissante de la publicité, affaiblissement de la pensée critique. On rit beaucoup dans ce spectacle. On ne peut que saluer la performance des deux comédiens sur le plateau, débitant le texte en cascade dans des répliques dignes des grands duos comiques ; sans oublier la débauche d’énergie déployée dans une pratique sportive des plus exigeantes. Une comédie âpre, lucide, divertissante cependant, qui révèle quelques traits complexes des rapports humains et les orientations délétères de nos sociétés en crise.
Pas de souci
Jeu et écriture : Solal Bouloudnine & Maxime Mikolajczak
Mise en scène et écriture : Olivier Veillon
Création lumière et son, régie : François Duguest et Vinciane de Mulder
Costumes : Sophie Benoit
Création vidéo : Solal Bouloudnine
Avec les voix d‘Anne Steffens, Lyn Thibault, Mikaëlle Fratissier, Ezra et Noah Bouloudnine, Olivier Veillon
Cascades : David Grolleau
Conseillère scénographie : Floriane Benetti
Régie générale : Vinciane de Mulder
Dates et lieux des représentations:
Jusqu'au 13 février 2026 - Maison des Métallos, Paris 11e (01.47.00.25.20.)
- Le 26 février 2026 au Théâtre du Rempart ( 11, rue du Rempart – 21140 Semur-en-Auxois) - 03 80 97 01 11






