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Biographie : Bianciotti ou l’élégance incarnée

  • Écrit par : Guillaume Chérel

elegance Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ René de Ceccatty, ami de longue date de l'écrivain franco-argentin d'origine italienne Hector Bianciotti (1930-2012), se souvient d’un homme « altier, mais d’une exquise courtoisie, raffiné jusqu’à la préciosité, au regard bleu perçant, dont la manière presque dansante de se déplacer, à l’aisance surjouée (« En fait, je suis intimidé par moi », lui confia-t-il un jour).

L’auteur de ces lignes confirme. De manière désintéressé, il m’avait gentiment reçu, à mes débuts dans le journalisme, au début des années 90, dans son minuscule bureau d’éditeur chez Gallimard. Je me souviens de son élégance (costume-cravate, coupe de cheveux soignée), de ses gestes délicats, et de son éloquence diplomatique. Il y avait une photo du général de Gaulle sur son bureau. A la fin de l’entretien, il m’avait renvoyé sur Angelo Rinaldi, auteur comme lui, qui officiait comme critique littéraire redouté… au Figaro où le contact avait été plus froid et m'avait fait tourner vers l’Humanité.

Écrivain, critique littéraire et éditeur, infatigable lecteur et découvreur de talents, Hector Bianciotti (1930-2012) a marqué de son empreinte la vie des lettres françaises. Auteur d’une œuvre foisonnante où le personnel ouvre toujours sur l’universel, il est élu en 1996 à l’Académie, dont il partagera les bancs avec son compagnon… Angelo Rinaldi. Ces deux-là sont emblématiques d’une époque révolue. Celle où un autre « couple », composé du duo François Nourrissier et Bernard Pivot, régnait sur le landernau germanopratin. Si l’on voulait entrer dans la carrière, il était de bon ton d’être adoubé - plus que « pistonné - « par certaines personnalités influentes, comme Philippe Sollers ou Jean Dormesson.

Ceci dit pour rappeler le contexte aux plus jeunes. Pas de téléphone portable. Les réseaux dits « sociaux » se faisaient de visu, in situ. Rien ne semblait pourtant prédestiner ce fils de paysans argentins à revêtir un jour l’habit vert – ni même, d’ailleurs, à dédier sa vie aux livres. Né sur l’autre rive de l’Atlantique, le jeune Bianciotti se voulait d’abord prêtre, avant de partir pour l’Europe afin de tenter une première carrière d’acteur, sans succès. Ce n’est que plus tard, à partir de 1961, que viendront l’installation en France, la littérature, le journalisme puis, progressivement, la reconnaissance et les honneurs.

René de Ceccatty, auteur de nombreux romans, essais et biographies, dont Pasolini (Folio), Alberto Moravia (Flammarion) et Elsa Morante, une vie pour la littérature (Tallandier), est l’un des rares à (encore) pouvoir raconter avec autant de rigueur que de sensibilité, son amitié de près de trente ans avec Hector Bianciotti lui a donné accès à de nombreux témoignages ainsi qu’aux archives de l’écrivain. Il en a exhumé un florilège de textes rares ou inédits, rassemblés en fin d’ouvrage, qui viennent compléter idéalement cette biographie magistrale, intitulée : « Les trois vies d’Hector Bianciotti » (prix Transfuge de la biographie 2026).

Depuis son enfance pauvre en Argentine (1930–1955), son passage, difficile, de survie dans la précarité, en Italie et en Espagne (1955–1960), et puis sa vie d’auteur, en France, à Paris (1960–2012), mais aussi comme journaliste : « J’ai survécu grâce à l’amitié, lui avait-il confié », à la manière du roumain Panaït Istrati (qui écrit en Français également). « Ma vie a été très difficile, réellement, mais j’ai été sauvé, à diverses reprises, et en divers endroits, par l’amitié de plusieurs. D’individu à individu, il peut, vraiment, y avoir de l’estime, de la fidélité, tout ce qui est de l’ordre de l’amitié, une profonde solidarité ». Rétrospectivement, ceci explique sans doute pourquoi il m’avait reçu dans son bureau, sous les toits de la rue Sébastien Bottin… C’est le moment de lire, ou relire, les trois volumes de l’œuvre d’un écrivain en passe d’être oublié : « Ce que la nuit raconte aux jours » (1992), « Le pas si lent de l’amour » (1995) et « Comme la trace de l’oiseau dans l’air » (1999).

Les trois vies d’Hector Bianciotti
Editions : Séguier
Auteur : René de Ceccatty
592 pages 
Parution :
Prix : 25, 90 €


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