La Bataille du Glyphosate : la pieuvre Monsanto sème son poison Roundup
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Le « glyphosate », principe actif du célèbre Roundup de Monsanto (société américaine, à l’origine), est le désherbant le plus utilisé au monde, depuis le milieu des années 70. Pourtant, en 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) alerte sur son danger pour l`homme. Les études s`accumulent, dénonçant également sa toxicité pour la biodiversité. En 2017, l`Europe envisage de l`interdire. Mais, coup de théâtre, en 2023, malgré la promesse du président Macron, son autorisation est renouvelée pour dix ans (sic !).
La journaliste d’investigation Aurore Gorius a mené l'enquête au cœur d`un système d'influence redoutable, des fameux « Monsanto Papers » (racheté par le groupe allemand Bayer, en juin 2018, pour 63 milliards d’euros), aux coulisses des institutions européennes. Le récit graphique, réalisé grâce aux dessins de David Lopez, par ailleurs « storyboardeur » (ça se voit), fait froid dans le dos tant le cynisme est manifeste. En trois chapitres, le duo fait un état des lieux de l'agriculture productiviste, des lobbys au Parlement européen, et du monde scientifique, pour comprendre les influences qui viennent nuire à la santé publique. Comme ce fut le cas pour l’industrie du tabac… Les stratégies de communication, basées sur le lobbying, n’ont d’autre but que d'augmenter les profits d'entreprises multinationales, comme Bayer/Monsanto, BASF, etc. Ce, au détriment de l'équilibre et de la bonne santé du monde vivant dans sa diversité.
Dès son lancement, à la fin des années 1950, la construction européenne a étroitement associé les industriels, sous prétexte de mieux comprendre les tenants et les aboutissants (au départ, il était question de nourrir la population après la guerre). Les hauts fonctionnaires de la Commission (européenne) ont poussé les grands groupes privés à se regrouper dans des organisations toujours plus vastes, et plus puissantes, afin de créer un entourage influent avec lequel ils pourraient « dialoguer ». Et ainsi asseoir leur pouvoir. Sans faire de politique, Aurore Gorius décrit les arcanes de cette gigantesque escroquerie à travers les yeux d’un assistant stagiaire au Parlement européen. Lequel commence par demander pourquoi il y a tant de lobbyistes autorisés à entrer dans l’enceinte, parfois sans badge reconnaissable.
La Commission a organisé le marché unique et en libéralisant les échanges commerciaux dans une relation directe avec les entreprises. La « Table ronde des industriels européens » (ERT) est un exemple emblématique de ces regroupements puissants. Il s’agit d’un club de patrons de multinationales qui influencent les lois dans chaque pays membre du Parlement européen. Exemple parlant, l’Allemagne a voté pour l’arrêt de l’interdiction du glyphosate détenu par Bayer, société allemande : « Les multinationales de la chimie comme Monsanto ou Bayer sont représentées par l'un des lobbys les plus puissants à Bruxelles, le Conseil européen de l'industrie chimique (Cefic) ». Il en existe plus de 10 000 de ce type rien qu'à Bruxelles. Cela montre l'étendue des tentacules de la pieuvre qui propose des postes généreusement rémunérés dans le privé à de nombreux parlementaires, parmi les plus connu.e.s, en fin mandat. Il en va de même avec les scientifiques dont les travaux sont « dirigés » dans la direction qui les arrange. CQFD.
La journaliste s’est entretenu avec de nombreux protagonistes comme José Bové, paysan syndicaliste, Corinne Lepage, ex-ministre de la transition économique, parmi les plus connus, et bien d’autres, qui expliquent comme cela fonctionne. Pour le coup, il s’agit bien d’un système bien huilé qui fait fi de la démocratie et du vivant, répétons-le, dans son ensemble. Le but étant de s’enrichir sans penser aux conséquences pour notre santé et l’écologie. C’est glaçant. L’ouvrage donne une idée très claire des enjeux non seulement pour l’avenir mais ici et maintenant. Le pire, c’est que ce sont les écologistes qui sont montrés du doigt par des agriculteurs manipulés.
Chez le même éditeur (collection Zones), signalons la parution de « Propaganda : l’art de manipuler l’opinion », de Françoise Ruscak (scénario) et Maxime Belloche (dessin et couleurs), basé sur le les théories d’Edward Bernays, pionnier de la propagande politique et de l’industrie des relations publiques, publié… en 1928. Rappelons que « nous » avions voté « non » au traité de Maastricht, signé malgré la volonté du peuple, le 7 février 1992, entré en vigueur le 1er novembre 1993. C’est l’acte fondateur de l’Union européenne (du libre marché sans foi ni loi). Aujourd’hui, l’indignation légitime doit laisser place à l’action. Ça tombe bien, on vote dans quelques mois… L’occasion de se mobiliser à nouveau.
La Bataille du Glyphosate
Editions : Steinkis
Auteurs : Aurore Gorius et David Lopez
148 pages
Prix : 22, 50 €
Parution : 17 septembre 2026






