Ténébreux : du souffle, de l’originalité, une ambition, une trilogie qui s’annonce sous les meilleurs auspices
- Écrit par : Sylvie Gagnère
Par Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Paul Tanasin est un jeune New-Yorkais, hanté par des images d’un univers fantastique et violent, qu’il prend pour des hallucinations. Une jeune fille que personne d’autre ne voit lui parle, comme une amie ? une sœur ? Il comprend son erreur quand un chevalier tente de le décapiter en pleine séance chez son psy. Ses visions sont de prophéties venues de Mirandus, un monde où il est destiné à devenir un redoutable destructeur, le Ténébreux, l’ennemi de la Lumière, qui va tout réduire en cendres.
Ce qui frappe d’abord dans cette BD, c’est le changement de perspective : d’ordinaire, nous suivons plutôt un·e élu·e appelé·e à sauver un royaume. Ici, Paul Tanasin est celui que le Récit attend pour le ravager.
Brandon Sanderson pour le concept, Jackson Lanzing et Collin Kelly pour l’adaptation, Nathan Gooden pour l’illustration et Michael Russel pour les couleurs : le combo est prometteur pour ce qui s’annonce comme une trilogie.
La prophétie est une sorte de prison, où chacun connaît sa place et s’y conforme. Sauf Paul, qui refuse d’entrer dans la case prévue pour lui, faisant dérailler le fil de l’histoire.
L’attachement à ce personnage est au cœur de la narration. Comme lui, nous sommes au départ désorientés, pris dans un tourbillon d’images, de paroles, de ruptures. Nous comprenons peu à peu, en même temps que lui, les liens entre New York et Mirandus, en sautant d’un monde à l’autre. Une fois arrivée à Mirandus, l’histoire devient un peu plus claire, sans perdre en intensité. Le rythme s’accélère et nous balance les révélations en rafale. Deux réalités, une prophétie, des rapports familiaux complexes, plusieurs factions, des personnages nombreux, beaucoup d’action, le contenu est très (trop ?) dense dans ce premier tome. Le lecteur ressent parfois l’envie de s’arrêter, de souffler, de fouiller un événement ou un protagoniste. Pourtant, il reste accroché à l’histoire, dont la profondeur saute aux yeux.
Nathan Gooden nous propose un dessin aux allures classiques, réaliste quand il illustre New York, plus gothique pour Mirandus. Le découpage est d’une précision chirurgicale et s’adapte au récit, devenant trouble pour accompagner les hésitations, et claquant dans les moments forts. L’expressivité des visages donne vie aux protagonistes, accentuée par les couleurs chaudes et souvent sombres (tout en demeurant lisibles) de Kurt Michael Russel.
Ténébreux fait de son méchant un héros complexe, qu’on a envie de mieux comprendre, offre un monde aux règles originales, que l’on a besoin d’approfondir. Une fois refermé ce premier tome, il nous tarde une seule chose : lire la suite !
Ténébreux
Auteur : Brandon Sanderson
Adaptateurs : Jackson Lanzing et Collin Kelly
Illustrateur : Nathan Gooden
Coloriste : Kurt Michael Russel
Traducteur : Sébastien Guillot
Éditions : Le Livre de Poche
Collection : Graphic
Parution : 16 septembre 2026
Prix : 22,90 €






