« Les enfants de la foudre » : le dernier des Mohicans
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Pour son entrée dans la collection « La Noire », de Gallimard, il y a trois ans Pierre Pelot revenait à ses premières amours, le western, genre qu’il aborda souvent quand il écrivait des livres à la louche (né en 1945, dans les Vosges, qu’il n’a pas quitté, on lui attribue près de 200 romans publiés, dont « L’Été en pente douce » et « C’est ainsi que les hommes vivent » entre autres). « Loin en amont du ciel » en disait long sur son projet. Renouer avec l’époque lointaine où il jouait aux cowboys et aux Indiens avec ses copains, dans une ancienne carrière (surnommée le « Wyoming »), à l’écart du village de Saint-Maurice, pas très loin de Remiremont. C’est là qu’il a fait construire sa maison, où il vit toujours, et écrit beaucoup, toujours aujourd’hui.
Pierre Pelot n’a jamais lâché la main de l’enfant qu’il était, pour paraphraser Cervantes. Le voilà de retour avec : « Les enfants de la foudre », écrit dans la même veine, mais en plus « chiadé » que dans sa période Pulp Fiction, poche de série B (dite « littérature populaire »), écrit en moins de temps chaque ouvrage, pour gagner sa croûte. Si Stéfanie Delestré, son éditrice, se fend d’un texte de présentation, ce n’est pas pour rien. En rappelant qu’il avait déjà abordé la période de la guerre de Sécession, consacrée à Dylan Stark, un lieutenant sudiste, métis et déserteur, elle souligne que Pelot y décrivait le racisme, l’esclavage, ainsi que le déchirement d’une nation en train de naître dans la violence. Le fait que Pelot soit publié dans la Noire, collection en marge de la Série Noire, ce n’est pas seulement parce qu’il n’est pas question de polar. La collection créée par Patrick Raynal, en 1992, dans un grand format et non en poche, à l’époque, a publié de grandes plumes, telles James Crumley, Raymond Chandler (of course !), mais aussi Herry Crews, Manchette, Dantec, Brown, Guinzburg (et son inénarrable « Envoie-moi au ciel, Scottie ! », Charyn, Palahniuk et Cormac McCarthy, récemment disparu. C’est à ce dernier que le style d’écriture (western) de Pelot fait penser. Ce qui n’est pas un mince compliment.
« Les enfants de la foudre » est donc placé à hauteur de gamins soldats confrontés aux horreurs de la guerre, en 1864. A Jaspierstown, à la frontière entre le Missouri et l'Arkansas, alors qu’ils « jouaient » à s’affronter, chaque bande se réclamant d'une armée (confédérés ou unionistes), une horde d'outlaws débarque pour les violenter. Dylan Stark, qui sait que la guerre est tout sauf un jeu, va leur venir en aide. Pierre Pelot nous régale à nouveau en laissant libre cours à son appétit de mots, des plus gouleyants aux plus épicés (ses dialogues valent leur pesant de peanuts). Tout en distillant des clins d’œil au grand Mark Twain (un des personnages s’appelle Huckleberry « Flint »), dont l’annonce de sa mort fut très « exagérée », comme on le sait (récemment encore son compatriote écrivain, Percival Everett, lui rendait hommage dans son roman « James »). Pour en revenir au bourreau de travail qu’est Pierre Pelot – qui ne se mesure qu’à lui-même – les aficionados s’y retrouveront malgré la pléthore de personnages, et de narrateurs (journaliste, protagoniste, auteur, on ne sait pas toujours qui est aux manettes) bringuebalés dans une époque tourmentée et sanglante. Ça vous rappelle quelque chose ? Quoiqu’il en soit, gloire à Pelot, le plus américain des vosgiens.
Les enfants de la foudre
Editions : Gallimard La Noire
Auteur : Pierre Pelot
248 pages
Prix :18€
Parution : 1 octobre 2026
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