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« Une femme d’aujourd’hui » : la trajectoire féministe de Robert Guédiguian 

  • Écrit par : Romain Rougé

Par Romain Rougé - Lagrandeparade.com/ Le nouveau long-métrage iodé, combatif et résilient du cinéaste marseillais a été projeté en avant-première au 48e Cinémed. De passage à Montpellier, Robert Guédiguian évoque un film plus féministe qu’à l’accoutumée, porté par la convaincante Marilou Aussilloux.

« J’ai toujours été en avance sur mon époque », blague Robert Guédiguian quand on lui demande s’il s’agit bien d’un film féministe. Si le cinéaste méditerranéen offre à Marilou Aussilloux un rôle puissant et émouvant, il n’évite pas quelques écueils du regard masculin, notamment dans un dénouement un peu attendu (certain.es dirons même un peu naïf). Mais le réalisateur (qui a co-écrit le film avec un autre homme, Serge Valletti) persiste et signe : « Un homme peut écrire pour une femme », affirme-t-il. « À l’instar de Flaubert qui a dit ‘Mme Bovary, c’est moi’, l’écriture doit primer sur le genre de l’auteur. » 

« Une femme d’aujourd’hui » c’est donc Juliette (Marilou Aussilloux), trentenaire transportée par le flot d’une brillante carrière et d’une vie personnelle frétillante sans (trop) d’attaches. Pourtant, on perçoit rapidement un isolement inexplicable, une tristesse latente en elle, à peine palpable jusqu’à l’événement qui la fera tanguer. C’est là la force du film, cette écriture tout en nuances du personnage et l’interprétation d’Assiloux : sa personnalité à la fois pétillante, grave et troublante nous mènera à reconstituer un puzzle aux mille pièces traumatiques. « On comprend mieux les gens quand on connait leur vie », explique le cinéaste qui affirme naviguer contre « toutes les formes de domination ». 

En effet, Guédiguian parle ici de violences, dans les rapports hommes-femmes, envers les immigrés, en entreprise... « L’exploitation structure notre monde et pour les femmes, c’est la double peine », renchérit-il, « au travail, en général, ce ne sont pas les stagiaires qui violent les patrons ! ». Chez Guédiguian, que cela soit subtil (La Villa) ou très appuyé (Gloria Mundi), ni l’être humain ni les combats qu’ils mènent sont laissés de côté : « La déshumaniation de la victime de violences est ce que Grégoire Colbert disait des mécanismes psychologique et philosophique dans un génocide : on nie l’humanité de l’autre. Et dans mes films, j’aime que les luttes convergent, qu’ils soient toujours une caisse de résonnance aux questionnements de notre époque. » 

Optimisme désespéré

Pour pallier la noirceur de ce monde, Robert est clair, il « ne veut pas que ses films se terminent mal ! ». « Je suis un optimiste désespéré, je me soigne en faisant des films ! » Ces « petites issues », ces « fenêtres » comme il les appelle, sont là pour montrer que la magie peut opérer quand on s’y attend le moins ou, comme chez Juliette, lorsqu’on apprend à se connaitre ou qu’on découvre des ressources / des dons (professionnels ou personnels) jusqu’alors insoupçonnés. « L’espoir peut être protéiforme, on résout plus de problèmes avec le cœur qu’avec la raison, c’est pourquoi il est essentiel de garder notre sensibilité, de s’écouter. » 

Cette sensibilité, le cinéaste d’origine arménienne l’exprime aussi à travers la Méditerranée, omniprésente dans son œuvre. « Une femme d’aujourd’hui » ne fait pas exception, le film étant partagé entre les ports de Marseille et d’Alger qui se répondent tel un miroir. « La mer a toujours été là. Petit, je vivais dans un appartement qui donnait sur la Méditerranée, c’était la misère avec vue ! D’avoir la mer devant soi, c’est des futurs possibles : elle était pour moi un écran de cinéma. »

Comme ses personnages traversés par des traumatismes, Robert Guédiguian préfère finalement savourer une trajectoire plutôt qu’une victoire. « À travers le personnage de Juliette, je dis au monde que la vie vaut mieux que tout. La lutte continuera toujours, je ne crois pas au miracle. L’art de vivre, c’est l’art du combat. » 

Une femme d’aujourd’hui
Réalisation : Robert Guédiguian 
Scénario & dialogues Robert Guédiguian et Serge Valletti
Avec : Marilou Aussilloux, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Grégoire Leprince-Ringuet, Gérard Meylan, Robinson Stévenin, Patrick Bonnel 

Sortie en salles en France : Le 21 octobre 2026 
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=De3Am0hSQu8

Film découvert en avant-première au Festival montpelliérain CINEMED - Cliquez ici ! 

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