L’arche ou le dernier rêve d’Iris : un premier roman prometteur, doté d’un univers soigné et aux thématiques actuelles
- Écrit par : Sylvie Gagnère
Par Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Sur la Terre dévastée, les sols sont grignotés par les océans, les fleuves, les mers. L’eau monte inexorablement et engloutit îles et continents. Une majeure partie de la population survit dans les Marcheuses, des villes tentaculaires que des robots déplacent sans cesse au fil de l’avancée liquide. Leur unique objectif est de s’éloigner du littoral.
Une prestigieuse école d’ingénieurs s’efforce d’inventer des solutions avant la disparition des dernières terres. Ses élèves sont tous issus des plus grandes familles, les plus riches aussi. Tous, sauf Noé, le boursier littoreux, lui qui a vu sa mère et sa sœur emportées par la maladie et l’océan. Brillant, trustant le haut du classement chaque année, mais ostracisé en raison de ses origines. Il cherche un moyen de sauver l’humanité, en lui permettant de migrer sur une autre planète. Lorsque son chemin croise celui d’Iris, qui travaille sur une approche troublante des rêves, il accepte de collaborer avec elle, pour, peut-être, franchir les frontières du possible ?
Au crédit de ce roman young adult ? Une belle imagination et un univers qui fait écho à l’écoanxiété actuelle. Un environnement qui devient invivable, de plus en plus vite, une technologie qui nous échappe et ne réussit pas à faire de miracle. Dans L’arche ou le dernier rêve d’Iris, la montée des eaux est inéluctable, même la retarder est maintenant impossible. Les conséquences sont terribles : maladies, destructions, espèces végétales et animales ravagées ou proliférant de façon anarchique. L’humain peine à survivre, enfin, surtout les pauvres... Pour l’instant, les riches et les puissants s’en sortent assez bien, tout en refusant de tendre la main aux autres, les « littoreux ». Ça vous rappelle quelque chose ? Ce n’est sans doute pas un hasard. Élodie Chardon met également en garde contre l’utilisation irraisonnée des machines, des nouvelles technologies, et de la nécessaire réflexion sur la manière dont elles appliquent à la lettre les consignes. Au passage, elle invite aussi à s’intéresser aux puces, qui facilitent la vie, mais sont surtout un outil de contrôle de la population... Ces thématiques ne sont pas neuves, mais l’autrice les aborde dans un univers qui possède une belle originalité et un background robuste.
Au crédit toujours ? Ses personnages. Solides et bien ancrés : Noé, le paria tout juste toléré, harcelé, incapable de comprendre et d’accepter des relations humaines pacifiées, hanté par son passé ; Iris, la petite fille de riche broyée par une surexposition médiatique, complètement addict à une drogue qui permet de « voiler » le présent ; Gustave, le salaud, stupide et arrogant, mais fortuné, prêt à tout pour briller ; Aristide, enfin, pas le héros, et pourtant, le personnage le plus fort à mon sens : un dandy élégant et joyeux, qui cache ses fêlures, sa peur de l’abandon, sa différence... C’est un protagoniste nuancé, qui évolue tout au long du récit, et auquel on s’attache vraiment. La fin du roman, très réussie, qui refuse de céder à la facilité, n’en est que plus amère...
En sus, l’écriture est soignée, poétique, les descriptions sont travaillées et offrent la possibilité de s’immerger entièrement dans l’histoire.
On pourra regretter quelques maladresses : une intrigue convenue, une place un chouïa envahissante accordée à la romance et aux états d’âme qu’elle provoque, des personnages parfois archétypaux. Autant de « défauts » d’une jeune autrice qui ne sauraient cacher les réelles qualités dont elle fait preuve.
Ce premier roman propose une fin douce-amère, où les injustices ne sont pas réparées, où l’espoir est au mieux en demi-teinte, mais qui incite à réfléchir et à se poser des questions. Que demander de plus à la littérature ?
L’arche ou le dernier rêve d’Iris
Autrice : Élodie Chardon
Éditions : Hachette romans
Parution : 16 septembre 2026
Prix : 20 €






