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Jean Zay l’homme complet : la probité et l’intelligence assassinées

  • Écrit par : Christian Kazandjian

Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ Jean Zay l’homme complet , un texte adapté, pour un seul comédien, du journal de captivité d’un homme au destin exceptionnel.

Jean Zay fut ministre radical, entre 1936 et 1939, dans le gouvernement issu du Front populaire, de l’Education nationale et des Beaux-Arts. Son dévouement à la République et aux citoyens, jalonne son passage d’avancées civilisationnelles d’importance, dans le domaine de la vie publique et l’éducation (scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans, éducation physique, création de l’ENA et du CNRS), de la culture (théâtres subventionnés, développement du cinéma, Festival de Cannes). C’est cet avocat, franc-maçon, républicain dans l’âme, qui sera victime des campagnes antisémites des ligues factieuses, avant d’être condamné à la prison « sans limite de durée » par le régime de Vichy. Interné une première fois le 20 août 1940, il sera lâchement assassiné par trois membres de la Milice, le 20 juin 1944. La pièce Jean Zay, l’homme complet, embrasse ces quatre années de détention, décrite dans son journal Souvenirs et solitude. Tout est dit dans le titre même de l’ouvrage. Jean Zay revient sur les années d’avant-guerre, les espoirs qu’avait fait naître la Front populaire, puis la guerre. Quant à la solitude, qui ronge petit à petit la force de vivre, il en décrypte les effets délétères et les combats qu’elle nécessite pour la vaincre ; on s’attache alors à un rayon de soleil, à un oiseau qui vient picorer les miettes d’un maigre repas, aux plantes chétives qu’on a réussi à faire pousser sur la terre durcie par les pas de la promenade, dans la cour aux hauts murs. De ce texte transpire une belle humanité et une grande force de vie.

Simplicité et humanité

Seul en scène, Xavier Béja à qui on doit l’adaptation, dépeint avec justesse et conviction la figure d’un homme exceptionnel dans sa simplicité, son humanité. L’économie de moyens pour le décor : une chaise, une table avec quelques livres, enrichit le propos et ajoute à l’immense solitude qui accable le prisonnier, sans parvenir à le briser comme, certainement, l’espéraient ses ennemis. Les murs nus, sur lesquels sont projetées des images Pathé de l’époque, jalonnent le monologue, ravivent utilement la mémoire. Le condamné égrène la routine quotidienne où chaque minute d’activité physique et intellectuelle est une victoire remportée contre la machine à broyer les individus, à les anéantir moralement. Belle leçon de courage et de lucidité, deux traits de caractère ayant accompagné Jean Zay, durant toute son existence.

Culture en danger

Est-ce cette force morale qui poussa le pouvoir à l’assassiner –il avait quarante ans- et à cacher son cadavre dans une grotte ? Car, pour les fascistes d’alors, l’intelligence, la culture se présentaient comme des dangers à abattre, coûte que coûte afin d’imposer leur propre récit. Mais, cela a-t-il changé, partout dans le monde, jadis et jusqu’à aujourd’hui : il n’est que de penser, comment, dans  l’ombre des gouvernements autoritaires, agissaient et agissent Milice pétainiste, Escadrons de la mort, Triple AAA, paramilitaires, Loups gris et autres bandes stipendiées. Exactions qui n’épargnent pas les démocraties. A l’écoute de la voix de Jean Zay, on se prend à se rappeler ce qui fit de la France un phare en matière sociale et démocratique. Et ce que cet héritage a d’universel et de fragile. Un texte poignant, un spectacle essentiel en ces temps troublés.    

Jean Zay l’homme complet
Adaptation et jeu : Xavier Béja
Mise en scène : Michel Cochet

Dates et lieux des représentations :
- Jusqu’au 16 février 2027 au Théâtre Essaïon, Paris 4e (01.42.78.46.42.) Les mardis à 19 heures.    


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