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Quitter Paris : quand les bobos ont des envies de campagne

  • Écrit par Julie Cadilhac

CarolinePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/Allez hop, c'est parti, Mademoiselle Caroline, son Homme et ses enfants font le grand saut! Direction la Haute-Savoie! Ils quittent la capitale ! Imaginez donc l'angoisse ! Plus de sushis, de films en VO, de métro, de pain frais, de McDo du dimanche soir, de talons hauts! Des sacrifices terribles à faire pour avoir par contre une maison, un jardin, une chambre par enfant, de la neige en hiver et le lac d'Annecy l'été. 

Disons-le tout de go : les premières pages pourraient faire grincer les dents de tout individu n'étant pas originaire de la grande Paname. Mademoiselle Caroline sort en effet la grosse machinerie de tout ce qu'on déteste quand on est provincial en véhiculant à qui mieux mieux des clichés énormes, à savoir que dans les montagnes non loin d'Annecy, on est inintelligible ( du fait de l'accent et des expressions rurales qui s'emploient à tout va), qu'on n'y mange que des produits du terroir , qu'on ne peut voir que des block busters américains et que l'accordéon est la seule référence musicale fiable ( la Scène nationale d'Annecy, le festival international du film d'animation, ça compte pour des prunes quoi...) et que le chic, ben, là-haut c'est inimaginable et que d'ailleurs ça n'effleure pas une seconde les habitants du cru. Alors bon, hein, bien sûr que ceux qui vivent dans un chalet, quelque part paumé dans un hameau montagnard ont peu l'occasion - et l'envie - de sortir le noeud pap' et les escarpins...mais de là à en faire des décervelés incultes!

Mais bon voilà, après quelques minutes de lecture rageuses, on constate tout de même que Mademoiselle Caroline a un formidable sens de l'(auto)dérision et de la mise en scène et que le récit de son expérience de parisienne déboussolée qui tente de survivre en dehors de la civilisation est amusant malgré tout car elle ne se montre pas elle non plus sous son meilleur jour. Si l'on est un peu désarçonné sur le chapitre concernant les régulières réunions sextoys et sur la confidence de la réaction - pour le moins scandaleuse - d'une agent de service qui prive un enfant à la cantine pour un règlement de comptes envers la mère de ce dernier, on apprécie surtout lorsqu'elle parle simplement des galères du quotidien ( être obligé d'avoir le frigo toujours rempli car pas de supermarché de proximité ouvert tout le temps, l'épisode du ski avec des anglais, les planches " tout dépend de là où l'on se place"etc...).

Tout ça pour dire qu'on avait préféré (de loin) son travail par exemple sur "La différence invisible", témoignage d'une jeune femme touchée par le syndrome d'Asperger mais... "Quitter Paris", c'est l'ouvrage marrant et léger à offrir à vos potes bobos, qu'ils hésitent - ou pas - à aller s'encanailler en province. Histoire de convaincre peut-être la subjectivité chevillée à l'âme des trop gâtés de la capitale que de vivre les bottes dans la boue mais le nez dans les étoiles, avec la rugosité du climat et des habitants mais l'authenticité des rapports, c'est une sacrée expérience que certains, comme Mademoiselle Caroline, finissent par adorer. L'exode citadin est en marche!

Quitter Paris
Editions: Delcourt
Auteur: Mademoiselle Caroline
Parution: 8 mars 2017
Prix : 18,95€

La différence invisible : le syndrome d'Asperger en lumière

 

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