Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne : une dystopie dont l’actualité fait froid dans le dos, portée par des personnages attachants
- Écrit par : Sylvie Gagnère
Par Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ 2033-2043, la décennie terrible. La population mondiale a été réduite de moitié, à cause des épidémies, de la montée des eaux, des guerres et de l’exposition aux radiations nucléaires. Au sein de la Fédération Européenne, le Vieux Continent a choisi la sobriété pure et dure, l’égalité de tou·tes, et le bannissement absolu de toute forme de violence. Né d’un mouvement écologiste radical, les Bonobos, un courant politique puissant (Refondation) a pris les rênes et proposé cette alternative viable et civilisée pour les survivants. Ou plutôt une partie des survivants, ceux qui vivent du bon côté des murs et des miradors. Parce que, dehors, l’utopie est beaucoup moins rose... Et dedans, un référendum d’initiative populaire vient de rétablir la peine de mort, à la surprise de la Présidente de la Fédération, Agnès Cœur. Pour contrebalancer cette décision qu’elle désapprouve, elle fixe que toute condamnation devra être endossée par les citoyens, un tirage au sort désignera donc le bourreau parmi eux.
Quand Ada Veen, 17 ans, comprend que c’est elle qui a été nommée, son monde bascule. Fille de la vice-gouverneure, aux ambitions affichées, elle a grandi sans jamais remettre en question le système. Militante assumée des Pionnières, elle va soudain appréhender la différence entre théorie et pratique et affronter la réalité de la peine de mort.
Accompagnée de Jason, son amoureux, elle décide de fuir vers le Portugal, où perdure une République Libertaire, où la Douceur est la règle.
Dans ce roman profondément politique, où le populisme et vertement critiqué, tout comme les utopies qui deviennent dangereuses quand elles prétendent s’imposer à tou·tes. Son propos n’est toutefois pas simpliste : après tout, dans le contexte de la décennie terrible, les choix qui ont été faits n’étaient pas forcément les plus mauvais. Mais lorsque se mettent en place la délation, l’endoctrinement, la chasse aux sorcières contre celles et ceux qui ne se conforment pas complètement, on glisse de l’utopie à la dystopie, sans même que les fondateurices du système, armé·es de leurs bonnes intentions, ne s’en rendent compte. L’auteur dénonce également l’aveuglement de celleux qui laissent à leur porte – littéralement – les autres, pour pouvoir profiter de leur vie respectable, en oubliant la violence, la pauvreté, la misère qui existe derrière les murs et les barbelés.
Le salut, nous explique Jérôme Leroy, vient de la poésie, des livres, de la culture. C’est cet amour des mots qui guide Jason et va entraîner les deux jeunes gens dans une fuite vers le Portugal, où toute propriété privée a été abolie, où l’argent n’est plus qu’un souvenir.
Romance adolescente, récit d’une révolte contre la dictature, analyse politique et considérations philosophiques, aventure trépidante, ce roman est tout cela à la fois. Destiné aux ados, il séduira également les plus grands, grâce à un rythme soutenu, une réflexion approfondie et des personnages puissants. Et parce qu’il rappelle que les rêves se payent souvent au prix le plus élevé...
Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne
Auteur : Jérôme Leroy
Éditions : Pocket
Parution : 16 octobre 2025
Prix : 9 €
À partir de 14 ans






