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Les sœurs démentes d’Esi : formidablement original, magnifiquement écrit, un roman à ne surtout pas manquer !

  • Écrit par : Sylvie Gagnère

soeursPar Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Deux sœurs, Myung et Laleh, sont les gardiennes de la baleine-univers de Babel. Elles explorent ses innombrables chambres, vivent dans l’abondance et l’innocence, se racontent des histoires et vénèrent la Grande Wisa, leur créatrice. Pour Laleh, c’est suffisant. Elle s’épanouit en écoutant le chant de la baleine et dans l’amour de sa sœur. Pour Myung, qui n’entend pas ce chant, ce n’est pas assez. Elle brûle de savoir s’il y a d’autres gens, quelque part, qui est la Grande Wisa et pourquoi les a-t-elle créées ? Myung choisit de partir, de quitter la baleine pour explorer la « mer noire » et ses innombrables îles aux formes changeantes.

Myung devient une voyageuse/découvreuse, qui remplit des carnets entiers de détails et de légendes, de dictons des marins qui supplient devant le danger « ne laisse pas les sœurs démentes m’emmener ».
Elle arrive sur l’île d’Ojda, une île au soleil peint, une île consciente, où seuls les Kilta peuvent vivre. En rêve, Laleh la rejoint sur Ojda, où l’on trouve tous les fantômes des Kilta des générations précédentes. Myung ne peut la voir, mais leur présence va amener Magali Kilta à raconter son histoire, et celle de Wisa, sa sœur disparue.

L’épopée relatée dans ce roman est complexe, difficile à résumer sans trop en dévoiler. Le temps et l’espace n’existent pas dans ce récit, qui se présente comme un puzzle déstructuré, se reconstruisant peu à peu devant nous. La narration est aussi originale que le sujet : elle multiplie les points de vue, les formes narratives, ajoute des articles, des extraits de journaux intimes, des rêves, des réflexions sur la spiritualité, la notion de folie, l’art. Les personnages semblent par moments être des reflets les uns des autres, le lecteur a parfois du mal à saisir leurs liens, mais ces derniers sont incroyablement forts. Le temps se mélange, revient en arrière, bondit en avant, tandis que l’espace n’est jamais figé et l’on ne sait plus très bien dans certains cas où l’on se trouve. Qu’importe !
Cela pourrait être complètement chaotique, c’est magnifique.

Si l’originalité est la première qualité des Sœurs démentes d’Esi, c’est loin d’être la seule. Les thématiques abordées sont fortes, et en premier lieu le lien sororal, présenté par Tashan Mehta comme le plus absolu, le plus puissant, le plus extraordinaire qui soit. La notion de folie est aussi omniprésente dans le récit, qu’elle inquiète ou qu’elle attire. L’autrice parle également de la création, du besoin viscéral de créer, de transformer le monde, de le découvrir, d’oser...
L’écriture est à la hauteur de l’ambition : parfaitement maîtrisée, lyrique et infiniment poétique, elle nous accompagne et nous guide tout au long de ce périple étrange et sublime. Elle réussit à nous offrir une immersion totale dans cet incroyable Babel.

Tashan Mehta a façonné un monde, un monde onirique, d’une formidable beauté, tissé d’amour et de chants, qui nous bouscule et nous questionne, nous fait rêver, nous émeut, nous pousse à nous interroger. La remarquable richesse de cet univers et la qualité de l’écriture en font un voyage spirituel et émotionnel, une découverte merveilleuse qui s’accroche au cœur et ne nous lâche plus.

Ne vous laissez surtout pas décourager par l’apparente étrangeté de ce récit, il mérite amplement que l’on y plonge, et que l’on s’abandonne à sa force et son originalité. La fin du roman est à cet égard impressionnante !

Les sœurs démentes d’Esi 
Autrice : Tashan Mehta
Éditions : Atalante
Parution : 5 février 2026
Prix : 24,50 €

 

 


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