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George Sand & Marie d’Agoult : sonate pour un amour passionné

  • Écrit par : Christian Kazandjian

Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ L’échange épistolaire entre deux femmes libres, en amours et en société, sur fond d’œuvres de leurs amants, Chopin et Liszt.

George Sand, Marie d’Agout, deux femmes que leur destin, leurs engagements ont rapproché, ont entretenu pendant dix ans, une amitié quasi amoureuse, faite de ruptures et de retrouvailles, comme l’atteste leur correspondance foisonnante, riche littérairement. C’est que toutes deux écrivent, avec des fortunes diverses : l’œuvre de George Sand a rapidement éclipsé celle de Marie d’Agoult, aujourd’hui, oubliée. En plus de l’écriture, d’autres éléments plaidaient en leur rapprochement. Féministes, républicaines dans une France monarchiste puis impériale (George Sand s’opposera toutefois, souvent véhémentement, aux acteurs de la Commune de Paris de 1871), elles sont des habituées des salons littéraires et des mondanités. Elles y ont entretenu de nombreuses liaisons amoureuses, à la suite de leurs déboires et drames conjugaux, dont les plus durables et fructueuses furent, pour deux monstres sacrées de la musique : pour George Sand, Frederik Chopin et pour Marie d’Agoult, Franz Liszt. Unies par une relation d’admiration mutuelle, non exempte de critique acerbes, elles mourront à trois mois d’intervalle en 1876.

Pied de nez à la société

La pièce George Sand & Marie d’Agoult, donnée à l’occasion des 150 ans de leur disparition, s’attache à enrichir le portrait de deux femmes ayant fait le choix, dans un monde masculin, de vivre leur vie de femmes, indifférentes aux critiques afferant à leur liberté. Prendre des pseudonymes masculins pour leurs écrits, - George Sand pour Aurore Dupin et Daniel Stern pour Marie d’Agoult-, résonne comme un défi, tout comme leur engagement politique, pied de nez à leur milieu de petite et moyenne noblesse. Leur correspondance éclaire sur le destin de deux femmes d’exception, concernant la famille, la maternité, l’amour, la création, la liberté comme instrument brisant le carcan d’une société patriarcale. La pièce adaptée théâtralement et musicalement par Ophélie Humbertclaude (Marie d’Agoult), au violoncelle, avec la complicité de Juliane Coizet (George Sand) au piano, est une sonate pour deux âmes aux destins liés. L’interprétation d’œuvres de Liszt et Chopin, ravive la présence et la place dans le panthéon de la musique des deux figures essentielles de la musique.  

Attirance-répulsion

La mise en scène, dans un décor d’intérieur bourgeois feutré, joue de la simplicité, donnant au texte et à la musique la place centrale. La justesse de ton et de jeu des deux comédiennes-musiciennes y contribuent efficacement. La bougie qui se consume lentement, les changements de tenue, toujours dans les tons clairs, de Marie d’Agoult, contrastant avec la tenue masculine sombre de George Sand, balisent le temps -dix années- qui s’écoule. Les extraits d’œuvres de Liszt et Chopin, superbement exécutés par les deux comédiennes, accentuent, dans leur souffle, apaisé ou furieux, les états d’âme des deux femmes dans ce sentiment complexe d’attirance-répulsion, amour et haine, qui a jalonné leur relation. Une bel appel à revisiter l’univers de deux compositeurs d’exception, d’une écrivaine consacrée, à l’œuvre protéiforme, et, peut-être, de découvrir la figure d’une Marie d’Agoult que le spectacle donne à mieux connaître.

George Sand & Marie d’Agoult
Adaptation théâtrale et musicale : Ophélie Humbertclaude
Avec Juliane Coizet (piano) et Ophélie Humbertclaude (violoncelle)
Dates et lieux des représentations:
- jusqu’au 15 novembre 2026, les samedis à 17h et les dimanches à 19h au Théâtre de Nesle, Paris 6e (01.46.34.61.04.), 

  


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