7 rue des alouettes : une jolie ode aux liens humains qui se tissent
- Écrit par : Xavier Paquet
Par Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Un espace peu meublé, quelque peu froid mais fonctionnel, des chaises empilées, un coin cuisine que l’on devine, une table. Une moquette bleu canard, une porte en plexiglas trouble. Tout respire un bureau administratif déserté depuis de nombreuses années. Pourtant derrière ces codes vintage et rétro, une réalité intemporelle : la solitude.
Fourni par l’administration, ce local accueille le dispositif TUCS (Tous Unis Contre la Solitude), un lieu de rencontres sans accompagnement où les âmes esseulées viennent se rencontrer et se parler. Derrière cette salle de quartier très ordinaire, un refuge va se créer pour nos cinq personnages qui, en s’apprivoisant et s’ouvrant au fur et à mesure du temps, vont en faire leur refuge et leur cocon salutaire.
Sybille, victime d’une relation toxique, Leil, maman solo, Aurélien, en conflit avec son père, Sylvie, en couple mais si seule, et Patrick, l’éternel célibataire. Cinq personnages de milieux différents, des traits de caractère plus ou moins affirmés, mais un point commun : une forme d’isolement social.
La force de cette jolie création c’est cette capacité à faire émerger progressivement les liens et l’évolution de leurs relations, leur ouverture au monde et à eux-mêmes. Méfiants au départ, ils s’apprivoisent petit à petit, se découvrent, se questionnent, s’invectivent, s’apprécient : c’est toute la beauté de la relation humaine qui se construit sous nos yeux.
Le jeu des comédiens est très juste, sensible et précis : chaque mouvement, chaque rictus, chaque regard est une information nouvelle que l’autre décrypte, intègre. Avec beaucoup de pudeur et de douceur, ils incarnent des caractères tantôt feutrés, tantôt volcaniques dans leur rapport et le récit de leur histoire. L’écriture très contemporaine joue beaucoup avec un faux rythme qui donne le tempo de la confidence, des hésitations, des mots qu’on fait sortir peu à peu : elle donne aussi beaucoup de place aux silences pour faire vivre l’intensité des rapports. Le décor figé permet de mettre en lumière la fragilité des échanges et la fébrilité qui régit la rencontre avec l’autre. Pourtant le travail sur la lumière sublime l’évolution intérieure de leurs échanges et de leur collectif : une baie vitrée éclairée apporte beaucoup de subtilité à l’ensemble.
« 7 rue des Alouettes », référence à l’adresse de cette salle de quartier, refuge dérisoire des âmes esseulées qui, ensemble, vont en faire un espace partagé, un cocon commun. Dans ce lieu anodin au départ, foyer convivial à la fin, la solidarité s’exprime à plein, l’entraide s’active quand les blessures et les espoirs s’éveillent.
Jolie ode aux liens qui se tissent, la pièce confronte avec finesse notre propre solitude et le regard sur celle des autres et notre capacité à l’intégrer et à dialoguer avec elle.
7 rue des Alouettes
Écriture et mise en scène : Élodie Guibert
Jeu : Marine Behar, Roma Blanchard, Alex Crestey, Antoine Mazauric et Savannah Rol
Création musique et régie son : Romain de Ferron
Création lumière et régie générale : Hugo Hamman
Régie lumière : Sirine Ben El Rhazi
Décor Conception : Élodie Guibert et de Hugo Hamman.
Construction décor : Atelier de construction de La Comédie de Saint-Etienne - CDN
Costumes : Élodie Guibert
Regard corporel : Kerrie Szuch
Dates et lieux des représentations :
- Du 2 au au 24 février 2026 au Théâtre de Belleville - PARIS - Le site du théâtre ICI






