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Dans la foule : une émouvante adaptation pour un spectacle percutant

  • Écrit par Daniel Bresson

Dans la foulePar Daniel Bresson - Lagrandeparade.com/ Après les magnifiques versions théâtrales des romans Les Vivants et les Morts de Gérard Mordillat et Le Quatrième mur de Sorj Chalandon entre autres, Julien Bouffier a décidé de relever un nouveau défi en adaptant l’oeuvre éponyme de Laurent Mauvignier sur le drame du Stade de Heysel survenu le 29 Mai 1985 à l’occasion de la finale de la Coupe d’Europe de football entre Liverpool et Turin.


Dès les premiers instants de la pièce rythmés par l’hymne de la compétition revisité, un climat pesant s’installe. Entre la fumée et la lumière des projecteurs, une cage de but apparait au premier plan dont l’ombre envahit un écran transparent, une autre semble flotter dans l’air. Des loupiotes se faufilent dans cet univers presque irréel tels les survivants d’une guerre, où seule une plante subsiste comme le dernier vestige de la vie. Mais quelle guerre ? Comment un match de football peut-il basculer dans une tragédie imprimée à jamais dans nos esprits par les images de télévision, laissant 39 morts et 450 blessés et autant de vies brisées ? Les destins croisés des personnages vont petit à petit nous entraîner dans un crescendo d’émotions : Geoffrey Andrewson, venu de Liverpool est
happé par l’hooliganisme des ses deux frères qu’il subit sans le partager; Jeff et Tonino, deux supporters français de la Juventus ont volé leurs billets à un couple bruxellois, Gabriel et Virginie, condamnés malgré eux à rester hors du stade; Tana et Francesco, jeunes mariés italiens célèbrent leur lune de miel à l’occasion de cette rencontre. Leur voix résonne dans leur propre langue, accentuant pour le spectateur le lien au réel.

Julien Bouffier a fait le choix payant de n’utiliser que les mots du roman et de respecter l’écriture si particulière de Laurent Mauvignier en conservant les monologues. Les sous-titres, projetés dans des polices différentes, se collent aux acteurs comme une deuxième peau. Le travail de création lumière de Christian Pinaud est somptueux et participe amplement à magnifier le jeu des acteurs. La caméra de Laurent Roujol capte les regards des comédiens pour rentrer dans leur intimité. Elle nous rapproche de leur angoisse, de leur peur et de leur désespoir à travers les corps qui épousent les paroles, se tendent au fur et à mesure que le drame se dessine, se contorsionnent de douleur et de rage.
La musique de Jean-Christophe Sirven tantôt envoutante, tantôt saisissante, enveloppe le spectacle, épouse les sentiments, accompagne l’émotion. L’apport pertinent de quelques titres des années 80 contribue à mettre en valeur la chorégraphie d’Hélène Cathala. La scénographie est comme toujours avec Julien Bouffier (assisté d’Emmanuelle Debeusscher) remarquable. L’utilisation astucieuse des accessoires, tous reliés au football, comme des trois dimensions du plateau permet d’aspirer le spectateur, de l’intégrer à l’histoire des cinq personnages.
Le système de double-écran, où alternent les images réelles du match avec celles des acteurs, accentue la profondeur de la scène. Le metteur en scène se repose aussi sur cinq comédiens (qu’il qualifie lui même de Rolls-Royce !) avec des profils différents. Zachary Fall est formidable de justesse et de profondeur. Alex Selmane est un Jeff doux et sensible, avec une mention spéciale pour sa performance dans la scène ultime. Gregory Nardella avec sa voix grave campe un Tonino à la fois dur et sensible, Alexandre Michel donne au personnage de Gabriel une belle fragilité. Et Vanessa Liautey illumine le plateau tant sa présence comme sa voix sont charismatiques.
Comment ne pas être conquis par ces moments magiques du spectacle ! Comme Tana dans sa robe blanche, déchirée par la violence de la charge des anglais dans le stade, qui s’accroche au filet comme on s’accroche à la vie. Ou les corps qui tombent de la cage de but comme du mur de la  tribune Z, lentement, inexorablement, ou qui finissent écrasés par les poteaux pendant que sur l’écran défilent les images du but et de la joie de Platini tellement décalées.
On sort du théâtre bouleversé par ces cinq personnages partageant une même douleur, une blessure ouverte et par les paroles des anglais lors du procès répétant « I’m not guilty, je ne suis pas coupable » qui interrogent sur l’humain.
Un magnifique spectacle à découvrir.

Dans la foule

D’après le roman de Laurent Mauvignier

Adaptation et mise en scène : Julien Bouffier
Avec : Vanessa Liautey, Gregory Nardella, Alex Selmane, Zachary Fall, Alexandre Michel
Scénographie et régie plateau : Emmanuelle Debeusscher et Julien Bouffier

Création vidéo : Laurent Rojol et Julien Bouffier

Création musicale : Jean-Christophe Sirven

Création lumière : Christian Pinaud

Costumes : Cissou Winling

Travail chorégraphique : Hélène Cathala

Traduction et coaching : Karin Espinosa

Production/administration : Bruno Jacob

Photos : ©Marc Ginot

Coproduction : Le Printemps des Comédiens à Montpellier, Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine, Scène Nationale de Saint Quentin-en-Yvelines | Avec le soutien : Théâtre des 13 vents – CDN de Montpellier | Adesso e sempre est subventionnée par le Ministère de la Culture/DRAC Occitanie, la Région Occitanie, le département de l’Hérault, la Ville de Montpellier et la Spedidam

Dates et lieux des représentations :

- Au Printemps des Comédiens les 18, 19 et 20 juin 2021

- les 24 et 25 septembre 2021 au Théâtre Paris-Villette | 211 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris | Tel : 01 40 03 74 20


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