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Sopro : un plaidoyer sensible et un hommage vibrant, de l’ombre à la lumière

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : jeudi 5 décembre 2019 12:08 Affichages : 1059

SoproPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Un jour, le directeur d’un théâtre a invité à prendre un café une souffleuse de son établissement, à l'ouvrage depuis 41 ans dans ces murs. Et il a confié à ce pilier de l’ombre qu’il aimerait écrire une pièce sur elle et son métier. Comment peut-on imaginer, et accepter, quand on a toujours habité l’obscurité d’apparaître sous les feux de la rampe?

« Je ne suis pas faite pour être vue », « je viens de l’ombre. Je n’aime pas trop me montrer », « ma fierté est que personne ne sache que j’existe », lui répond-elle, pragmatique. Malgré ses réticences et ses inquiétudes, le directeur insiste : «  je vais écrire une pièce pour toi ». Une pièce pour ce métier en train de disparaître et pourtant si symbolique de la fragilité et de la mise en danger troublante des acteurs au théâtre. Le souffleur, n’est-ce pas ce sauveteur qui s’accroche au souffle de l’acteur jusqu’à la dernière réplique? Cet être discret qui fait le relais entre « la berge de la réalité et celle de la fiction », qui sait « nager dans le courant des mots »?
Dans une scénographie de rideaux flottant au vent, romantique et intemporelle, où, ça et là, pointent quelques herbes folles traversant le plancher, Tiago Rodriguez nous invite à un moment de théâtre à l’authenticité puissante, à la sensibilité tangible et à l’intelligence magistrale. Remarquable dramaturge, il compose une pièce dont chaque étape ( de sa genèse à sa concrétisation au plateau...jusqu'au soir de la représentation) se précise sous nos yeux et où le présent et le passé, les acteurs et les personnages, les oublis et les réminiscences de souvenirs, s’entremêlent en rhizomes inséparables.

Il y a toujours des phrases qui nous restent des pièces.

 

Les comédiens présents sur scène sont à saluer pour la justesse de leur jeu; le théâtre de Tiago Rodriguez est toujours lumineux parce qu’il pose sur le plateau des émotions tenues et sincères, des visages et des corps émouvants par leur naturel et leur pudeur. Aucun artifice si ce n’est les mots pour rendre justice au théâtre. Aucune fioriture si ce n’est la présence investie des comédiens et leur imprégnation expressive de l’essence philosophique du texte formulé.

Au théâtre, nous respirons le même air depuis des siècles. Nous racontons les mêmes histoires.

Rendre hommage, dans cet espace presque vide, où les chants résonnent comme dans une cathédrale, à la «respiration, la mémoire et les poumons du théâtre », à une « espèce en voix d’extinction » - cette discrète « pièce de la machine », cette « ombre qui se déplace dans l’obscurité » et qui incarne «  l’ombre d’un murmure qui traverse l’éther de la scène », c'est aussi rendre hommage au théâtre tout entier. Comme le métier de souffleur, le théâtre, peut-être, est voué à l'agonie mais ce spectacle se veut aussi une merveilleuse manière de se battre contre cette réalité avec des fantômes et du vivant. Cette femme qui, à l’âge de cinq ans, dans la cabine du souffleur, a vu son premier spectacle de théâtre et qui a « senti le plateau brûler sous le bout de ses doigts », par son témoignage, rappelle la nécessité du théâtre et sa nature tragique intrinsèque qui nous donne « la sensation que nous sommes enchaînés au présent ». 

La discrétion du souffleur doit être proportionnelle à l’indiscrétion des acteurs.

Certaines minutes sont délicieusement drôles comme l’épisode de l’acteur Vachinine qui « assassinait tous les auteurs qui croisaient sa route » ou encore la fin espiègle qui tarde à s'imposer... d’autres étreignent le coeur où la directrice fait ses adieux à son amant inconstant. Tout est théâtre. Tout est vie.

Mise en abîme pertinente, Sopro s'avère tout à la fois l'occasion exquise de croiser des classiques (Les trois soeurs, L’avare, Bérénice, Antigone…) par bribes et au gré des souvenirs de la souffleuse narratrice, un hommage touchant à tous les artisans de l’ombre du théâtre, une promenade grisante dans ce lieu magique où les histoires des coulisses et celles des pièces se répondent et une invitation à profiter « des choses tant qu’elles existent », à jouir de cette parenthèse en suspension qu'est la représentation où le « doute » s'impose dans chaque silence,  et à « préserver les lieux » où « nous voyons pour la première fois ». Etymologiquement, le mot théâtre, en grec, signifie « l’acte de regarder » mais aussi « l’objet de contemplation ». L’espace d’une représentation, la souffleuse de Sopro syncrétise les deux acceptions du terme.

Cristina Vidal pense que dans la vie, comme au théâtre, « il y a un script où tout est marqué » : Tiago Rodriguez lui donne l’occasion fabuleuse de compléter dans la lumière un monologue resté inachevé.

Le théâtre reprend vie parce que tu te promènes sur le parquet.

Sopro? Une pièce à l’humanité bouleversante...où les sourires savent pleurer, le parquet se jonche de fleurs imaginaires que l’on a effeuillées il y a longtemps, les odeurs des bouquets transpercent encore la porte des loges des disparus, les phrases qu’on aimerait souffler pour tout changer peuvent être formulées, les fantômes du théâtre dansent dans les courants d’air. 18 minutes et 23 secondes. 7 vers. Rideau. Un immense bravo!

Sopro
De Tiago Rodrigues – Teatro nacional D. Maria II
Avec : Cristina Vidal, Beatriz Brás, Isabel Abreu, Marco Mendonça, Romeu Costa et Beatriz Maia
Scénographie et lumières : Thomas Walgrave
Costumes : Aldina Jesus
Son : Pedro Costa
Assistant à la mise en scène : Catarina Rôlo Salgueiro
Régie lumières : Daniel Varela
Texte publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs
Traduction : Thomas Resendes
Surtitres : Rita Mendes
Production exécutive : Rita Forjaz
Assistante production : Joana Costa Santos
Production Teatro Nacional D. Maria II (Lisbonne) • coproduction : ExtraPôle Provence-Alpes-Côte d’Azur ; Festival d’Avignon ; Théâtre de la Bastille ; La Criée, Théâtre national de Marseille ; Le Parvis, Scène nationale Tarbes Pyrénées ; Festival Terres de Paroles Seine-Maritime – Normandie ; théâtre Garonne, Scène européenne ; Teatro Viriato • avec le soutien de l’Onda

Dates et lieux des représentations:
- Les 4 et 6 décembre 2019 au Théâtre des 13 Vents - Montpellier ( 34)

tiagoDu même auteur et metteur en scène: 

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