« Des femmes comme les autres » : des brodeuses sur le fil
- Écrit par : Romain Rougé
Par Romain Rougé - Lagrandeparade.com/ Le dernier long métrage de Dominique Cabrera a fait partie de la sélection officielle du 48e Cinémed. Un film unique par son atmosphère et son propos qui prend le temps de brosser le portrait de « vieilles dames » que la société met de côté, tourné entièrement à Montpellier.
La maman de la cinéaste fait de la broderie et vit dans la capitale héraultaise. D’où cette idée. « Si ça ne me passionnait pas au départ, je m’y suis intéressée quand j’ai compris qu’en brodant, ma mère racontait des histoires », nous dit Dominique Cabrera en présentant son film à la sensibilité exacerbée et assumée.
Ces « vieilles dames », ce sont les poignantes (et inénarrables !) Simone (Hélène Vincent) et Jeanine (Yolande Moreau) : elles vivent sur le même pallier, sont amies, brodeuses et semblent un peu perdues dans un monde qui les ignore. Un jour, prisonnières de leurs non-dits, la communication est même rompue entre elles. Elles finiront pourtant par faire œuvre commune (via la parole ou l’art) et leurs actions prendront de la valeur, particulièrement pour les personnes qui les entourent. « Ces femmes ne sont pas riches, n’ont pas de haute valeur sociale ou marchande, ce sont des femmes avec une valeur humaniste qui transforment la réalité en brodant. Elles font quelque chose de beau avec le tissu, elles tissent l’humanité », commente la réalisatrice.
Des humains comme les autres
Pour autant, il ne s’agit pas de s’apitoyer sur l’isolement d’une femme âgée, « un continent ignoré » selon Cabrera qui va plutôt filmer des moments de douleur et de détresse malaisants mais nécessaires car finalement, ces instants de profonde solitude sont vécus par le commun des mortels. « Je n’ai pas eu l’impression de filmer des vieilles femmes en détresse. Il était important pour moi de ne pas surdramatiser des situations ni montrer une course absurde pour rester jeune », ajoute-t-elle. Et effectivement, c’est sûrement là que le film montre toute son honnêteté et son intelligence.
Puis entre ces deux personnages, il y a de vraies brodeuses (issues d’un atelier montpelliérain) ou des gens comme les autres (un épicier arménien, un jeune homme sur un banc…) qui apparaissent dans des séquences courtes et pleines de sensibilité. La poésie du quotidien. Là encore, Dominique Cabrera souligne la valeur intrinsèque de tout être humain, essentiel rien que dans sa présence. « Reconnaître que les personnes ont de la valeur, tout simplement parce qu’elles existent (et non pas parce qu’elles collectionnent des likes) est vital. Et ça, c’est aussi une valeur de la Méditerranée : les êtres comptent. »
Une ville pas comme les autres
Entièrement tourné à Montpellier dans des décors réels, Dominique Cabrera va surtout filmer la périphérie de la ville, reconnaissable par ses trams customisés. Elle y intègre même les travaux « énormes ! » de la ligne 5 qui, selon elle, « matérialisent le chaos intérieur des deux personnages ». La cinéaste « qui se souvient de la place de l’œuf quand elle n’était pas piétonne ! », ne pouvait rêver mieux comme lieu de tournage, tant elle qualifie son rapport à Montpellier « d’intime et personnel ».
« La ville est montrée telle que les Montpelliérains la voient et même si elle n’est pas citée, c’est un lieu aussi réel que les personnages. Aucune ville ne m’inspire vraiment mais à Montpellier, il y a une réelle mixité sociale, beaucoup de gens différents qui se croisent et qui évoluent dans l’écrin d’une architecture classique mêlée au contemporain. Pour les cinéastes, c’est une matière cinématographique idéale, je n’aurais pas pu tourner ce film ailleurs qu’ici. »
Des femmes comme les autres
De : Dominique Cabrera
Avec Hélène Vincent, Yolande Moreau, Eva Huault, Isabelle Lafon, Véronique Ruggia
Sortie en salles en France : 14 avril 2027
Film découvert en avant-première au Festival Cinemed - Cliquez ici!






