« Specimen » : Ombre et lumière à Marseille...
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Pauline Clavière, autrice de « Specimen » (son quatrième roman), a plusieurs vies, voire plusieurs personnalités. Dans sa vie professionnelle (sous les feux de la rampe, dans la lumière du miroir aux alouettes), elle est journaliste à la télé (« La clique », Canal +). Dans l’ombre, elle écrit des livres sombres et inquiétants. Quant à sa vie privée… Elle restera privée ici.
Un indice, tout de même. La narratrice est romancière, comme elle, vit dans la cité phocéenne, que l’écrivaine connait bien (elle a fait ses études à Aix). Bref, elle y vit avec son mari, Alex, et leur petit garçon, âgé de deux ans, Lucas. A la recherche d'une nounou pour son enfant, une amie lui donne les coordonnées d’une certaine Mina, laquelle lui confie qu'elle a un fils de 18 ans, Raphaël, disparu depuis plusieurs semaines en laissant derrière lui un carnet de notes. Le contenu de celui-ci réveille en elle un drame, enfoui depuis vingt-cinq ans. La disparition de sa meilleure amie, Clara, restée à ce jour inexpliquée.
Qu'est-ce-qui relie cette vieille histoire au jeune Rafaël ? Ta ta tiiiin ! Suspense. Vous le saurez en lisant ce « page-turner » déjà acheté, pour une adaptation filmée par une société de production (RT Features, du brésilien Rodrigo Teixeira (Call me by you name, 2017) et « Je suis toujours là », Oscar du meilleur film 2025). Mais revenons à la partie sombre de cet être lumineux (Pauline Clavière). L’un de ses premiers romans se passait en prison. Cette fois, elle s’attaque à la « pédocriminalité » et la question qui en découle : jusqu’où iriez-vous pour protéger votre enfant ?
Dans une autre maison que Grasset, et écrit par une étrangère (anglosaxonne ou scandinave), on aurait classé cette œuvre littéraire dans le genre « thriller ». Pas étonnant que Maxime Chattam, auteur de best-sellers, en fasse la promo : « Rarement la fin d’un roman m'aura à ce point surpris et donné envie immédiate de le relire ».
Mais revenons au titre : « Specimen » (individu qui donne une idée de l’espèce à laquelle il appartient… Unité qui donne une idée du tout. Ou exemplaire d’un document.). Bref, un individu étrange, ou un document, sortant du lot (pas forcément pour de bonnes raisons). « Specimen » aborde de nombreuses questions brulantes : que faisons-nous pour protéger nos enfants des monstres (masculins pour la grande majorité) qui les guettent ? Quelle est notre part de responsabilité ? Et quand allons-nous prendre des mesures drastiques pour stopper les dérives des réseaux sociaux ? Sous prétexte de liberté d’expression… De bizness plutôt (car les GAFA se gavent). Que pouvons-nous faire, individuellement, face aux géants du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, sans oublier TikTok etc), que nous utilisons nous-mêmes ? Comment empêcher nos enfants d'être exposés de plus en plus tôt à des images hyper sexualisées inadaptées à leur jeune âge ? Sans oublier adolescents en manque de repère pour se construire ?
Le style de narration employée par Pauline Clavière est subtil. En utilisant le carnet, à l’écriture est soignée, la calligraphie appliquée, elle rend le récit plus dérangeant encore. L’auteur savait-il qu’il serait lu ? Le désirait-il ? Mina vit seule. Pas de père, pas de repère… Mais en même temps, le danger vient souvent d’eux. Des hommes, des mâles, quoi. Qu’est devenue son amie d’enfance ? Passé et présent se confondent avec l’histoire de Rafaël. Ce « drôle » de spécimen. Pauline Claviere livre un roman dérangeant, déstabilisant, prenant, écrit dans un style fluide, sans effets de plumes inutiles, ni effets d’annonces destinés à séduire le lecteur amateur de lecture-plaisir. Ça fonctionne. C’est un bon roman noir, avec du sens.
Specimen
Editions : Grasset
Auteure : Pauline Clavière
416 pages
Prix : 24 €
Parution : 11 mars 2026






