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Reine de Beauté : un thriller haletant au coeur des névroses de la société puritaine américaine

Écrit par Delphine Caudal Catégorie : Polars Mis à jour : jeudi 18 juin 2020 21:10 Affichages : 260

Reine de beautéPar Delphine Caudal - Lagrandeparade.com/ « Quand ma demi-sœur, Jenny, est morte assassinée, l’affaire a fait la une de tous les médias -les médias nationaux, pas juste le petit journal du coin qui noircissait ses pages avec des caractères ridiculement gros- ». « A mes yeux, elle n’était que l’incarnation de ce que mon père aurait voulu que je sois, et donc mon ennemie naturelle. Peut-être qu’il n’était pas trop tard pour apprendre à la connaître. Il fallait bien que quelqu’un le fasse ».

Amy K. Green dépose ici son premier roman Reine de Beauté dans lequel elle parvient à créer avec finesse une atmosphère noire, inquiétante et mystérieuse. Le récit plonge ses lecteurs dans les tourments d’une adolescente, traitant ouvertement les questionnements les plus tabous de cet « âge ingrat ». L’auteure soigne le portrait de chacun des personnages, décrivant avec un goût prononcé pour la noirceur les dérives et défauts tous les êtres qui ont gravité autour de la jeune victime.

Jenny Kennedy, retrouvée morte à l’orée d’un bois, est la petite « Reine de Beauté » de 13 ans qui ne voulait plus sillonner les routes du pays pour participer aux concours de miss. C’était une jeune fille appréciée, avec de bons résultats scolaires. Entre une mère oppressive et alcoolique, un père absent et menteur, et une sœur pleine de rancœur… On se rend bien vite compte que cette dernière n’avait que très peu de chance de s’épanouir dans ce monde de faux-semblants et de violence psychologique… Sa seule chance de vivre une vie paisible était de s’enfuir. Ce qu’elle n’a pas pu faire.

L’auteure construit son récit autour des deux demi-sœurs Kennedy : Jenny et Virginia. Virginia Kennedy, la narratrice, issue du premier mariage de Calvin Kennedy, a 26 ans lors du décès de sa cadette. En proie à de nombreux tourments, torturée et rebelle, elle enchaîne les petits boulots et n'aspire à aucun projet personnel. Elle a toujours été, aux yeux de son père et de sa belle-mère, la honte de la famille, à qui Jenny ne devait surtout pas ressembler.

Ce n’est qu’à l’assassinat de sa demi-sœur, que Virginia trouve la force de faire un point sur sa vie, et va tenter de se délester de ses démons en enquêtant sur le meurtre. Une tentative pour déculpabiliser de son manque d’amour ? Une envie de rendre justice à une enfant que personne n’a pris le soin de protéger ? Ou un besoin purement égoïste afin d’amorcer une nouvelle vie sans concurrente ? Elle aussi cache de lourds secrets qu’il serait suicidaire de dévoiler…

« Je ne suis pas allée au cimetière. Ma réaction était égoïste, mais Jenny ne le saurait jamais […] Je suis revenue chez moi, dans mon petit appartement, où je pouvais faire semblant qu’il n’était rien arrivé à Jenny ni à moi, qu’il n’était rien arrivé dans le monde. Où je pouvais me faire croire que je n’étais pas une loque ni une sœur indigne ».

En compagnie de cette galerie de personnages dénués d’empathie, paraissant tous plus égoïstes les uns des autres, le lecteur s'enfonce avec un vif intérêt dans cette réflexion grinçante sur la bonne société puritaine américaine. Dans la lignée de La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, un thriller noir haletant, original dans sa narration, où le lecteur découvrira les vertigineuses profondeurs de la jalousie et de la cruauté.

Une première très réussie !

Reine de Beauté
Autrice : Amy K.Green
Editions : Belfond Noir
Traduit de l’américain par Sarah Tardy
Parution : 28 mai 2020
Prix: 19,90€