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Pour la fin du sexisme ! : une wonder woman du féminisme 2.0 prône la sororité solidaire..

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Essais, société et bien-être Mis à jour : vendredi 25 octobre 2019 11:09 Affichages : 2054

AngeliquePar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Sujet brûlant s'il en est, la question du sexisme, et du féminisme (deux termes galvaudés de nos jours), est mise à toutes les sauces, et cristallise les crispations dans les medias, depuis l'automne 2017, qui a vu éclater le scandale Harvey Weinstein, soulevé par des journalistes, des actrices et acteurs d'Hollywood. L'affaire a pris une ampleur internationale, via le mouvement #MeToo, off et on line. Mais où en sommes-nous en France ? Dirigeante fondatrice du groupe Iliad, Angélique Gérard dresse un état des lieux du mouvement féministe 2.0, en tant que « femme de pouvoir », et suggère quelques pistes de réconciliations réalisables à court et moyen terme, ce, dans tous les milieux socio-professionnels. Pour résumer, elle propose de changer de paradigme.
Son prénom, Angélique, la prédestinait à devenir une des bizness-angels (et mentor d'entrepreneuses) les plus influentes du moment. A priori, elle avait déjà tout pour elle : l'argent, la beauté, l'amour, la santé, des enfants, des projets et du pouvoir (elle dirige le secteur Relation Client chez Free, soit 7000 personnes sous sa responsabilité). Classée première au classement Choiseul, en 2015, des « 100 leaders économiques de demain » (succédant ainsi à Emmanuel Macron), elle est décorée, en 2017, de l'insigne de chevalier de l'ordre national du Mérite. Alors pourquoi prendre le temps (elle qui dort déjà très peu, court tous les matins pour entretenir sa forme, travaille énormément) d'écrire un (énième ?) livre sur la question du sexisme ? Parce qu'elle en a ressenti l'envie, et le besoin, à un moment charnière de sa carrière et de sa vie de femme : « Mon éveil à la cause des femmes – et ma place dans ce contexte – a été tardif, confesse-t-elle, en avant-propos de son livre intitulé Pour la fin du sexisme ! . C'est par hasard, à l'occasion d'une interview il y a quelques années, que j'ai pris conscience du rôle que je pourrais jouer pour faire bouger les choses à mon échelle : « Que faites-vous pour les femmes ?, avait interrogé la journaliste. Je ne voyais pas en quoi j'étais légitime et comment je pouvais aider. Mais cet épisode a allumé une étincelle en moi. »
En effet, aussi étrange que cela puisse paraître (aux soixanthuitards surtout), il est courant d'entendre dans la bouche de jeunes-femmes, milleniums et/ou plus âgées : « Je ne suis pas féministe mais... ». Cette phrase, qui se veut rassurante, rappelle le fameux : « Je ne suis pas raciste mais... » et donne une idée du travail qu'il reste à faire pour faire bouger les mentalités. Notamment le postulat selon lequel une femme qui revendique le droit à la parité est forcément agressive, bref une descendante de sorcières (mal-aimée et mal b...), quand ce n'est pas carrément une lesbienne : « On ne devrait pas dire : « Je suis féministe » mais « je suis une féministe » (parmi la richesse des autres) », suggère Angélique Gérard.
Elle rappelle ce que fut la lutte des femmes pour leur émancipation (le combat contre le sexisme rejoint celui contre toute forme de discrimination). Cette partie pédagogique, voire socio-historique, du livre est passionnante car très instructive pour qui ne connait pas la « courte » histoire du mouvement féminisme, si l'on considère que tout a vraiment commencé en Angleterre, avec le combat des suffragettes (1912), qui ouvrit la voie (et les voix) au grand mouvement des années 70. Même s'il ne faut pas oublier le siècle des Lumières et la Révolution : « Ce sexe autrefois méprisable et respecté est devenu (...) respectable et méprisé », disait Olympe de Gouge... avant d'être décapitée.
« À partir de ce formidable élan pour l'égalité, on a assisté à une nouvelle prise de conscience des dysfonctionnements du système patriarcal, explique Angélique Gérard, et la machine s'est à nouveau emballée : tout ce qui touche à la vie des femmes a refait surface. La place de la femme au travail, son abonnement au plafond de verre et son cortège de conditions, l'égalité salariale et l'équité à l'embauche, la mixité des métiers, les lois et les notions de quotas, de discrimination positive, de libertés et de parité. La question du leadership au féminin également, des carrières et du management. La parentalité, les questionnements liés à la maternité et à la paternité, les congés et les modes de garde. Et, comme une suite parfaitement logique, tout ce qui touche au couple, à la charge mentale et aux équilibres de vie. »
Dès les premières pages de son livre, Angélique Gérard aborde la question de la « sororité » (car il y a des divergences chez les féministes, radicales et/ou libérales) : « Cette bonne vieille amie qui ouvre beaucoup de portes à qui sait les trouver, à force de bienveillance et d'ouverture d'esprit (...) C'est la conjugaison de nos forces qui sera déterminante, tant que l'inégalité existera. » On ne peut être plus clair. Il faut déjà que les femmes s'entendent entre-elles (mouvements féministes et catégories sociales) pour mener la bataille de la parité, loin d'être gagnée (elle donne de nombreux chiffres statistiques), avec les hommes, et non contre eux, comme le rappelait l'américaine Betty Friedan : « Lorsque les femmes ne vivront pas seulement à travers leur mari ou leurs enfants, les hommes n'auront plus peur de l'amour ni de la force des femmes et n'auront plus besoin de la faiblesse de l'autre pour être sûrs de leur propre masculinité. » En mettant l'accent sur la notion de « sororité » (bien que chaque femme soit unique, il ne s'agit pas d'uniformiser), cette fraternité entre femmes-sœurs, unies pour affronter leur mise en minorité face à la domination masculine (les hommes sont tout simplement plus nombreux au sommet du pouvoir), l'autrice apporte quelque chose de nouveau au schmilblick (les femmes sont parfois leurs pires ennemies : il existe des femmes misogynes). A part dans le monde politique (Simone Veil, Edith Cresson, il y a des années, Ségolène Royal, Anne Hidalgo et Marlène Schiappa plus récemment), peu de femmes de pouvoir ont osé évoquer le sexisme (voire le harcèlement sexuel) dans le monde du travail (62 % des femmes disent avoir subi des pressions d'un supérieur hiérarchique et 34 % ont été victimes de harcèlement sexuel).
« En tant que femme, on essaie de faire partie de la meute et, en définitive, on n'est jamais dedans », regrette Angélique. L'union faisant la force, les femmes ont tout intérêt à s'entraider, se soutenir non pas pour dominer mais pour imposer la parité. Car les inégalités salariales perdurent : les hommes touchent en moyenne 23 % de plus que les femmes. Et plus on s'élève dans la hiérarchie plus l'écart augmente : sur les 57 PDG et présidents du conseil des entreprises du CAC 40, on ne compte que 2 femmes dirigeantes d'entreprise : « Si l'on avance dans notre émancipation, qu'est-ce que cela apportera aux hommes également, à la société tout entière ? », demande-t-elle. Poser la question, c'est y répondre : « C'est cela qu'il faut exposer en premier. Pour réveiller à nouveau cette attention portée aux combats, non pas des femmes, mais d'une société qui mute. Que la suppression du patriarcat n'est pas issue d'un sombre projet visant à le remplacer arbitrairement par le matriarcat, mais d'un désir profond de faciliter la vie de tous. »
Pour la fin du sexisme ! (sous-titré Le féminisme à l'ère post #MeToo) est une manière d'essai, mâtiné de biographie, puisqu'Angélique Gérard s'appuie non seulement sur de nombreux témoignages (de hautes dirigeantes et syndicalistes), le tout saupoudré des citations d'intellectuelles, humoristes, et sages comme Françoise Giroux, Desproges et Gandhi, mais également sur son propre vécu d'entrepreneuse pour étayer ses propos. Son livre n'est pas un énième ouvrage sur le développement personnel, et le dépassement de soi ; bien qu'elle donne quelques conseils, sans injonctions, pour « réussir » à se réaliser, se trouver soi-même. Elle expose, raconte, relate, explique et propose humblement, en se référant à son expérience, voire ses propres difficultés et interrogations. Elle sait ce que c'est que d'être une femme (blonde et jolie) dans un monde du travail (capitaliste, ultralibéral) dominé par les hommes (en compétition), et donc toujours assujetti à la dictature du patriarcat. D'autant plus qu'atteindre la parité générait plus de 2 000 milliards d'euros de PIB supplémentaires en Europe, d'ici 2025, d'après une étude publiée par les Echos.
« Nous sommes à un tournant (...), conclue Angélique Gérard. Il faut construire un monde nouveau pour nos enfants (...) Tout se joue très tôt dans l'éducation. ». Ainsi, il faut revoir la conception de la virilité : qu'est-ce qu'être un homme, au XXIe siècle ? Des hommes souffrent aussi de sexisme et même de violence conjugale. Ce n'est pas un hasard si cette dirigeante d'une grande entreprise termine par ces mots : « Humains de tous les pays, unissez-vous ! », qui renvoie à la doctrine marxiste sur le prolétariat : « Nous représentons 52 % de la population mondiale (les femmes ndla), accomplissons 66 % du travail mondial et produisons 50 % de la nourriture, mais ne percevons que 10 % des revenus (...) Selon le Forum économique mondial, les femmes gagnent en moyenne 63 % des salaires des hommes. » Femmes oppressées, unissez-vous ! Tel est son message. Car, comme le disait Victor Hugo : « Quand tout se fait petit, femmes vous restez grandes. ». Angélique, présidente !

Pour la fin du sexisme ! Le féminisme à l'ère post #MeToo
Editions : Eyrolles
Autrice : Angélique Gérard
Préface de Patrick Poivre d'Arvor
332 pages
Prix : 18 € Editions : Eyrolles
Parution : 31 octobre 2019

Venez rencontrer Angélique Gérard à la librairie Eyrolles à l'occasion de la parution de son livre " Pour la fin du sexismes !". Rendez-vous le jeudi 7 novembre 2019!