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Kant tu ne sais plus quoi faire il reste la philo : Marie Robert, un guide pour le bien-vivre

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Essais, société et bien-être Mis à jour : dimanche 22 avril 2018 21:46 Affichages : 1889

robertPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Il est de ces livres qui surgissent, là, un jour, sans prévenir. Par exemple, on passe quatre heures dans un grand magasin bleu et jaune, on se retrouve avec tout plein de cartons, des modes d’emploi et autres guides d’utilisation qui se révèlent, au final, autrement plus ardus que l’apprentissage du mandarin. On se pose, on s’interroge : « qu’est-ce qui pourrait bien me sortir de là ? » On imagine s’allonger sur un lit au nom de Viking, attraper une bouteille de vodka. C’est là que, soudain, surgit la figure de Spinoza, philosophe néerlandais (1632-1677). C’est aussi ce qui est arrivé à Marie Robert, 32 ans, professeure de français et de philosophie et directrice pédagogique adjointe des écoles Athéna Montessori. Alors, elle s’est lancée dans l’écriture d’un guide du bien-vivre, avec l’aide de philosophes essentiels- c’est un livre format poche joliment titré "Kant tu ne sais plus quoi il reste la philo".

Ces temps-ci, la philosophie est très tendance. Chaque chaîne télé, chaque radio, chaque hebdomadaire a son philosophe et en fait son consultant ou éditorialiste- de Luc Ferry à Michel Onfray en passant par Raphaël Enthoven ou encore André Comte-Sponville, le philosophe médiatique a réponse à tout. Et, astucieuse, Marie Robert est entrée dans la danse. Mais elle, elle s’inspire, s’interroge sur la vraie vie. La vie quotidienne de vrais gens, pas ces questions qui, si souvent, paraissent fumeuses. Pour ce « guide du bien-vivre » qu’elle a découpé en douze chapitres, elle a convoqué, par ordre d’apparition, Spinoza, Aristote, Nietzche, Epicure, Platon, Pascal, Levinas, Heidegger, Kant, Bergson, Wittgenstein ou encore l’Anglais John Stuart Mill, auteur de L’Utilitarisme (1861)… Bref, que du lourd pour accompagner Marie Robert !
Dans un avant-propos alerte, l’auteure précise : « Il me paraissait essentiel de sortir la philosophie des bibliothèques pour la replacer au cœur de nos soirées, de nos rencontres, de notre travail et surtout de notre quotidien ». Et d’ajouter : « Descendre la philosophie de son piédestal, c’est aussi lui rendre hommage, et faire en sorte que ce savoir si précieux devienne familier, afin qu’à la prochaine crise, au lieu de paniquer, on invite Aristote, Platon ou Kant à prendre un café dans notre salon »… Et c’est ainsi que Marie Robert a retenu douze situations de la vie qui va, une par chapitre. On retrouve Spinoza chez Ikea, on y évoque le désir et ses contrariétés. Il y a aussi Aristote pour croire en l’Espérance, Nietzche pour évoquer le dépassement de soi, Platon à l’heure du speed dating pour connaître les vertiges de l’amour, Pascal pour apprendre à botoxer le Temps, Heidegger pour survivre à la Mort de son chien et ne pas manger les dernières croquettes ou encore Wittgenstein pour saisir les notions de Culture et Diversité quand on rencontre, la première fois, ses beaux-parents…
Avec malice et humour, Marie Robert utilise le même procédé pour chaque chapitre : énoncé de la situation (ou du problème), ce qu’en dit le philosophe, quelques lignes sur ledit philosophe, son livre-anti-crise et un encadré « philo rescue » en trois points… Le tout est emballé avec une sacrée dose d’humour, qui peut faire déclarer à Marie Robert que, par exemple, « Spinoza est punk… », lui qui allie structure mathématique, éthique de la joie et nature divinisée ! Et c’est ainsi que, sous l’œil bienveillant et amusé (voire, amusant) de Kant et ses copains philosophes, Marie Robert est grande. Parce qu’elle refait de la philo « ce qu’elle sait être depuis des millénaires, c’est-à-dire non pas une théorie abstraite, prétentieuse et ardue, mais une sagesse qui nous fait du bien ».

Kant tu ne sais plus quoi faire il reste la philo
Auteur : Marie Robert
Editions : Flammarion / Versilio
Parution : 4 avril 2018
Prix : 16,90 €