Dans les poches : Jean Hatzfeld / Théodore Monod et Maximilien Dauber / Zadie Smith / Jan Stocklassa

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Dans les poches Mis à jour : jeudi 23 janvier 2020 22:55 Affichages : 663

mètreDans les poches de Serge Bressan - Lagrandeparade.com /

« Deux mètres dix » de Jean Hatzfeld

Dans une première vie professionnelle, Jean Hatzfeld fut journaliste. Il commença à raconter, dans un quotidien de libération, le sport. La geste sportive. Ensuite, il fut grand reporter, couvrant ainsi de nombreux conflits à travers le monde (entre autres, en ex-Yougoslavie et au Rwanda). Et puis, il est passé à l’écriture format XXL. Romans, récits… En août 2018, il publiait un roman, « Deux mètres dix », avec le sport en fond de décor. Avec Hatzfeld, le sport n’est pas le prétexte à l’écriture de l’épique, genre sueur et exploits. Toujours, il sait en saisir et rapporter la dimension humaine, sociale, culturelle, même historique. Ainsi, avec « Deux mètres dix », beau roman avec quatre personnages principaux, quatre sportifs de très haut niveau dans une période qui court des Jeux olympiques de 1980 à Moscou à aujourd’hui : deux haltérophiles (un Américain et un Kirghize), deux sauteuses en hauteur (une Américaine, une Kirghize). Un texte où se mêlent admiration et détestation, guerre froide et vies cabossées d’après le sport…

Deux mètres dix
Auteur: Jean Hatzfeld
Editions : Folio / Gallimard
Parution : 9 janvier 2020
Prix : 7,50 €

arthaud« Le Vieil Homme et la petite fleur » de Théodore Monod et Maximilien Dauber

La réédition d’un livre délicieux paru en 2010. Deux auteurs pour « Le vieil Homme et la petite fleur » : Maxime Dauber, photographe et réalisateur ciné, et Théodore Monod, décédé en 2000 à à 98 ans, membre de l’Académie des Sciences, zoologiste, botaniste, géographe, géologue, archéologue, préhistorien, anthropologue, linguiste et écologiste de la première heure. Tout au long de sa vie, Monod a dénoncé les actions et l’inconséquence de l’homme qui bouleverse, qui anéantit les équilibres naturels. Monod, ce fut aussi un « marcheur du désert » africain. Ainsi, en 1940, il va en expédition dans le Sud de la Lybie et y découvre une plante d’un genre nouveau- un spécimen unique qui la communauté scientifique baptise « Monodiella flexuosa ». Elle cache ses secrets dans l’herbier du Museum. Et puis, à l’aube de sa vie- il a alors 94 ans, Monod part avec Dauber et une équipe au Tibesti pour tenter de retrouver cette « Monodiella flexuosa ». Les voilà partis en une expédition aventureuse, les décors désertiques donnent le vertige, Monod une fois encore vit sa passion pour le désert. Pourtant, que de contraintes et de tracasseries pour cet ultime voyage en désert : contraintes physiques, terrain miné, entrée frauduleuse en Libye… « Le Vieil Homme et la petite fleur », c’est le récit de cette dernière expédition : Maxime Dauber écrit dans ses moindres détails ce voyage qui a commencé un jeudi 24 octobre et s’est achevé un vendredi 22 novembre, et y glisse des commentaires « en direct » et des souvenirs de 1940 de Théodore Monod. Lequel avait coutume de dire et répéter : « Il n’y a pas de joie plus grande que de parvenir à saisir une partie du mystère du monde ». A méditer encore et encore…

 

Le Vieil Homme et la petite fleur
Auteur : Théodore Monod et Maximilien Dauber
Editions : Arthaud Poche
Parution : 8 janvier 2020
Prix : 7,90 €

zadie« Swing Time » de Zadie Smith

« Nous avions exactement la même couleur de peau- à croire que nous avions été fabriquées dans le même tissu marron clair, nos taches de rousseur se concentraient aux mêmes endroits, et nous avions la même taille », on lit puis on plonge dans le roman. Le cinquième en VF de la star des lettres britanniques, la lumineuse Zadie Smith- 43 ans, née dans la banlieue londonienne, célèbre dès son premier roman, « Sourires de loup » (2001). Et avec ce texte paru en août 2018 en VF et simplement titré « Swing Time », elle a frappé à nouveau un grand coup. C’est bien « un roman d’apprentissage et de désillusion », assure l’éditeur français. C’est tout ça, et c’est aussi beaucoup plus, beaucoup mieux avec cette histoire de deux petites filles métisses qui ont grandi ensemble, amies- l’une avec un père noir et une mère blanche, l’autre avec un père blanc et une mère noire. Maîtresse dans l’art de construire un roman, Zadie Smith place « Swing Time » dans la Londres des années 1980. Les deux fillettes chantent et dansent. L’une, la narratrice, brillante en études, devient l’assistante d’une star de la pop mondiale et l’accompagne dans un projet en Afrique. L’autre est devenue danseuse mais connaîtra la misère- elle en fera le moteur de sa vie et en nourrira sa soif de vengeance et de pouvoir. Dans ce roman de l’écrivaine britannique, on peut pointer quelques touches de parenté avec « L’Amie prodigieuse » de l’Italienne Elena Ferrante. On peut, mais avec Zadie Smith, c’est l’ode à la littérature de l’intime. Dans « Swing Time », il y a aussi et encore les thèmes chers à Zadie Smith : le métissage, le racisme, l’identité, la célébrité,... Il y a aussi et toujours une pointe d’humour et beaucoup d’humanité.

 

Swing Time
Auteur : Zadie Smith
Traduit par Emmanuelle et Philippe Aronson
Editions : Folio / Gallimard
Parution : 3 janvier 2020
Prix : 9,10 €

stieg« La folle enquête de Stieg Larsson » de Jan Stocklassa

Très vite, on est prévenu : « Trente pages de ce livre sont directement de la main de Stieg [Larsson]- articles, lettres, mémorandums. Beaucoup de dialogues ont été retranscrits mot pour mot, d’autres romancés à partir des documents trouvés dans les archives de Stieg et de plus d’une centaine d’entretiens ». Une précision apportée par Jan Stocklassa, 54 ans, journaliste suédois et auteur de « La folle enquête de Stieg Larsson ». Tout commence le 28 février 1986 dans une rue de Stockholm. En soirée, après être allés au cinéma, le Premier ministre Olof Palme et son épouse rentrent à leur domicile, à pied. Un inconnu s’approche, il a un Smith & Wesson, il tire à bout portant. Olof Palme est tué. A l’époque, Stieg Larsson a 31 ans et est journaliste-graphiste à la grande agence de presse TT, bien loin de l’écrivain de la saga « Millenium ». Il s’intéresse à l’extrême-droite suédoise dont il est un des rares à connaître et comprendre les rouages et pressent la montée dans son pays. Larsson se lance dans une « folle enquête » sur l’assassinat du Premier ministre suédois. Une enquête difficile qui va le mener sur des pistes qui se révèlent culs-de-sac et impasses. Il laissera tomber, abandonnera les recherches… En mars 2013, Jan Stocklassa- un temps architecte, reprend l’enquête laissée en plan par Stieg Larsson, dont il découvre les archives dans un entrepôt de Stockholm et que personne n’avait jusqu’alors consultées. Méticuleusement, Stocklassa reprend la folle enquête de Stieg Larsson. En se plongeant dans cette montagne d’archives et ne craignant pas de se mettre en situation dans le récit, Jan Stocklassa a trouvé la piste sur laquelle Stieg Larsson travaillait. Une piste qui mène à l’Afrique du sud, cette Afrique du sud de l’avant-Mandela et de l’apartheid. Une piste avec des noms des commanditaires de l’assassinat, des organisateurs, des intermédiaires et même de celui qui aurait tiré avec le Smith & Wesson- d’après Stocklassa, un sympathisant des idées de l’extrême droite… Oui, « La folle enquête de Stieg Larsson » est aussi un formidable thriller sur fond politico-économique…

La folle enquête de Stieg Larsson
Auteur : Jan Stocklassa
Traduit par Julien Lapeyre de Cabanes
Editions : J’ai Lu
Parution : 15 janvier 2020
Prix : 8,20 €