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« Tant qu’il y aura des brebis » : parler pour de vrai

  • Écrit par : Bertrand Hess

Par Bertrand Hess - Lagrandeparade.com/ Ce dimanche après-midi, nous sommes arrivés en famille à La Chèvre Verte, chèvrerie d’Autrepierre. C’est ici que le Théâtre Ça Respire Encore, créé à Nancy en 2006 et désormais installé à Reillon, en Meurthe-et-Moselle, a choisi d’accueillir Tant qu’il y aura des brebis, de la compagnie La Dernière Baleine.

Nous sommes venus écouter une histoire de laine, de moutons, de tondeurs et de tondeuses, assis sur des gradins de bois, dans un hangar ouvert sur la campagne.
Sous les pieds des comédiens, la poussière se soulève et traverse les rayons du soleil. Et en quelques secondes, Arthur Amard et Maybie Vareilles nous attrapent. Nous déplacent. Nous racontent leurs rencontres avec ces hommes et ces femmes qui parcourent les campagnes, passant de ferme en ferme pour débarrasser les brebis de leur laine. Dans une adresse d’une précision absolue, ils créent immédiatement entre eux et nous un lien puissant, vivant. Nous sommes là. Ils sont là. Ils dansent, sautent, courent. Ils nous parlent pour de vrai. Ils se transforment en moutons… et nous rions. Beaucoup. Et derrière les brebis, derrière la tonte, c’est progressivement tout un monde qui apparaît. Celui de la ruralité, des petites exploitations face aux structures immenses, de la maîtrise de ses propres moyens de production. Celui des savoir-faire qui se transmettent de corps en corps et dont on se demande parfois s’ils existeront encore demain.
Celui, aussi, de notre rapport aux animaux. De cette relation dont nous nous sommes progressivement éloignés et qui appartient pourtant à une histoire immense : celle de notre compagnonnage avec le vivant, de l’élevage, de l’agriculture, de tout ce qui a construit nos sociétés et continue, très concrètement, de les nourrir.

Tant qu’il y aura des brebis ne cherche jamais à résoudre ces contradictions. Et c’est ce qui rend le spectacle passionnant.
Il écoute. Il laisse parler. Il fait entendre celles et ceux qui travaillent. Et derrière ce métier dont nous ne savions presque rien une heure auparavant surgissent des questions politiques essentielles. Le spectacle se garde bien d’y apporter des réponses. Il fait beaucoup mieux. Il les rend sensibles. Et cette simplicité ramène peut-être le théâtre à sa forme la plus ancienne et la plus précieuse : quelqu’un s’avance devant d’autres et dit : « J’ai quelque chose à vous raconter. »
La mise en scène de Léa Carton de Grammont et le regard chorégraphique de Cécile Laloy offrent un espace d’une grande liberté aux deux magnifiques interprètes qui nous guident en cet après-midi de la fin d’un été qui n’en finit pas. Tant qu’il y aura ainsi des femmes et des hommes capables de venir au-devant des autres, avec cette nécessité de transmettre quelque chose du monde qu’ils ont vu, il y aura du théâtre. Et ce dimanche après-midi, sous un hangar de Meurthe-et-Moselle, il y en avait. Beaucoup. Et du très beau.

Tant qu’il y aura des brebis

Compagnie : La Dernière Baleine

Avec Arthur Amard et Maybie Vareilles

Mise en scène : Léa Carton de Grammont

Regard chorégraphique : Cécile Laloy
Création
Lumière : Anne-Sophie Mage


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