Les filles aux mains jaunes : quatre actrices remarquables pour une pièce entre rires et larmes, qui célèbre la sororité et la lutte
- Écrit par : Sylvie Gagnère
Par Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ 1er août 1914, l’ordre de mobilisation tombe. Les hommes partent à la guerre, la fleur au fusil. Leurs femmes, leurs mères les accompagnent à la gare, certaines que cela ne durera pas. Mais la guerre s’installe, et l’armée a besoin d’obus. Les usines recrutent les réformés, les trop jeunes, et enfin les femmes.
Jeanne, Rose, Julie et Louise sont d’horizons différents, ont des vies très dissemblables : le travail à l’atelier va les rassembler. Jeanne est la plus âgée. Son homme et ses deux fils sont au front. Julie devient veuve trop vite, elle qui ne rêve que d’amour. Rose, la gentille naïve, découvre les suffragettes, et se forge une conscience politique, au contact de Louise, « coquelicot », fleur sauvage et libre, journaliste et militante. Quatre femmes qui nous livrent leurs joies, leurs espoirs, leurs tristesses, leurs drames, quatre femmes dont le courage nous émeut, qui font preuve d’une solidarité à la mesure du travail harassant auquel elles sont contraintes. Les « filles aux mains jaunes », ce sont ces ouvrières qui manipulent à mains nues la poudre et respirent la poussière qui les tue à petit feu.
Ces quatre femmes, dans la chaleur et la dureté de la tâche, vont apprendre qu’elles ne sont pas seules. Que l’union peut permettre d’avoir de la force, d’obtenir plus d’égalité (« à travail égal, salaire égal », scandent-elles). Louise la militante va les bousculer, bousculer leurs habitudes, leurs certitudes et les amener à s’interroger sur leurs droits et leur émancipation. Les chaussures ferrées sont interdites dans l’usine parce qu’une simple étincelle peut tout faire sauter. C’est un autre genre d’étincelle qui s’allume, celle de la lutte, du goût de la liberté, celle du féminisme.
Si cette pièce se déroule au début du vingtième siècle, elle est d’une modernité remarquable : le féminisme est toujours un combat nécessaire, les droits des femmes sont partout remis en question, les violences sexuelles et sexistes continuent à détruire des vies. Les filles aux mains jaunes propose une réponse qui reste d’actualité : la lutte, la solidarité, la sororité.
La mise en scène est très épurée, elle passe par le son et la lumière pour suggérer les lieux et les ambiances. Quelques caisses de bois suffisent pour les apartés au public, ou le discours enflammé de Louise.
Les actrices sont remarquables de justesse et d’énergie. Le rythme de la pièce est soutenu, avec des dialogues particulièrement bien écrits qui font mouche. Ces femmes viennent du peuple, leur langue est simple mais forte, et les comédiennes s’en emparent avec une gourmandise et une sensibilité qui nous emporte.
Entre émotion, rires et larmes, elles nous prennent par la main pour les accompagner dans ce morceau d’histoire qui est aussi notre avenir.
Les filles aux mains jaunes
Auteur : Michel Bellier
Metteur en scène : Alexander Liebe
Costumes : Rose Merle et Alicia Rousseau
Production : La compagnie du Suspens
Avec : Love Bowman, Nolwen Cosmao, Alicia Rousseau et Lucile Roux-Baucher
Durée : 1 h 30Dates et lieux des représentations :
-Du 2 au 27 septembre 2026, du mercredi au samedi à 19h, les dimanches à 15h au Théâtre La Scène Libre – 75010 Paris






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