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Nage libre : un lucide chant de liberté

  • Écrit par : Christian Kazandjian

nage libre Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ "Nage libre" embrasse, entre humour et profondeur, le destin de trois championnes de natation autrichiennes juives, contraintes à l’exil en 1936, de retour à Vienne 59 ans plus tard.

Vienne 1936-1995. Après une parenthèse de 59 ans, trois femmes retrouvent la capitale autrichienne où elles sont nées. Rachel, Esther et Hannah, trois anciennes championnes de natation ont convergé vers les lieux de leur jeunesse, depuis les Etats-Unis, Israël et l’Argentine, où elles ont émigré de force, pourchassées par les nazis. Il faut dire que ces trois sportives de haut niveau issues du célèbre club juif Hakoah ont refusé de participer aux Jeux olympiques de Berlin, jeux que la réalisatrice allemande, proche du pouvoir nazi, Leni Riefenstahl, dans Les dieux du stade, la fête de la beauté, a glorifié au bénéfice de la « race aryenne ».
Les trois amies, à l’invitation de la municipalité viennoise qui doit les réhabiliter, leur restituant les médailles et titres annulés alors, se retrouvent dans le cabaret l’Enfer. Là, les émouvantes retrouvailles réveillent un passé de joie et de douleur, ainsi que de petites mesquineries que le temps n’a pas effacées. Chacune s’exprime parfois dans sa nouvelle langue, entrecoupées de la langue maternelle. Champagne et pâtisseries scellent une amitié retrouvée, sous le regard de l’énigmatique Lust, directeur du cabaret, tout à la fois monsieur Loyal, Candide, et gaffeur à l’occasion. Les trois vieilles dames, prises d’une nostalgie que l’air de la ville attise, tout comme les chansons et musiques qui renaissent en elles, évoquent cette époque terrible qui a fait d’elles, aujourd’hui, des étrangères, dans le pays où elles sont nées, tout comme au temps de l’anschluss. Respirant l’air de leur ville, elles retrouvent la pétulance, l’humour, la tendresse, parfois teintée de vacheries, que l’exil n’a pas annihilés. Elles sont, à nouveau, des championnes, des femmes libres.

Le cabaret, scène du monde

Le cabaret, sert de décor, de fil conducteur et de révélateur. On y jouit des plaisirs de la table, on y danse, on y chante, on s’y livre à la satire et à la subversion comme il est de tradition. Un rideau tendu évoque le théâtre, mais également une nappe d’eau, la piscine des exploits des trois championnes ou l’océan et la mer qu’elles durent franchir dans leur fuite. Il devient écran où sont projetées les images, en noir et blanc, de la jeunesse d’antan, de cette jeunesse que Rachel, Esther et Hannah revivent à l’heure de la remise, par Monsieur Lust, de leur médaille volée, ou le temps d’une chanson ou d’une valse.

Inspirée de faits réels, la pièce "Nage libre", écrite et mise en scène par Lisa Wurmser, éclaire le destin de trois femmes prises dans les nasses d’une histoire tragique qui ensanglanta et fractura l’Europe durant la Seconde guerre mondiale. Les comédiens : Francine Bergé, Bernadette Le Saché, Flore Lefebvre des Noëttes et Nicolas Struve, se livrent, avec une belle énergie et une fine justesse dans ce spectacle, tout de nuances et de force, où la musique tient un rôle de déclencheur d’histoire et de nostalgie. Trente ans après les faits relatés par la pièce - période relativement apaisée-, de lourdes menaces émanant des démons qui plongèrent le monde dans l’horreur, planent sur l’humanité. L’oublier, c’est s’exposer à leur brutal réveil. "Nage libre", prenant le parti de l’humour et la dérision, non exempte de lucidité, contribue, opportunément, à nous le rappeler.

Nage libre

Texte et mise en scène : Lisa Wurmser
Avec Francine Bergé, Bernadette Le Saché, Flore Lefebvre des Noëttes et Nicolas Struve
Musique : Eric Slabiak
Musiciens Bande-originale : Eric Slabiak, Yuri Shraibman et Ivica Bogdanic
Lumière : Philippe Sazerat
Costumes : Marie Pawlotsky
Scénographie : Floriane Benetti
Chant : Anne Fischer
Chorégraphie : Gilles Nicolas
Dramaturgie : Daniel Berlioux
Création vidéo : Mathias Cloos
Chanteuse film : Yzoula
Son : Stéphanie Gibert
Production : Théâtre de la Véranda

Dates et lieux des représentations:

- Jusqu’au 31 mai 2026 (relâche les 21 et 22) au Studio Hébertot, Paris 17e (01.42.93.13.04.),.


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