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« La roseraie de Garabed : un destin arménien » : un ouvrage qui fait devoir de mémoire

  • Écrit par : Guillaume Chérel

roseraiePar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ « Que l'identité arménienne continue de fleurir dans les cœurs, les gestes et les mots », écrit Corinne Zarzavatdjian, autrice de « La Roseraie de Garabed » (sous-titré « Un destin arménien »). Une quête entreprise dans un précédent roman (son premier), « Rose de Diarkébir (« Une passion arménienne »), publié en 2023, au Presses de la Cité, dans lequel la comédienne racontait l’histoire, entre 1894 et 1896, d’une actrice, prénommée Rose, courageuse, et résistante. Le tout est doublé d’une déclaration d’amour à la France, terre d’asile (illustrée par la grande Sarah Bernardt). C’était déjà une fresque familiale, au souffle oriental, qui racontait les prémisses du génocide arménien, par les Turcs, commencé bien avant 1915.

Nous sommes au début du XXe siècle, entre 1908 et 1910. La famille de tailleurs Hagopian vit, à Paris, dans un grand appartement aux allures de ruches en effervescence (grands-parents, enfants et les petits-enfants vivent sous le même toit), au milieu d’étoffes multicolores et de machines à coudre. C’est l’époque du « J’accuse », d’Emile Zola, en pleine « affaire » Dreyfus.

Cette famille arménienne a quitté Diarbékir, au moment des massacres perpétrés entre 1894 et 1896, relatés dans le premier récit historique. Forcés d'abandonner leurs terres, leurs maisons, leurs amis, leurs morts, ils ont dû fuir les massacres. Sauf la fameuse Rose qui, pourchassée par les troupes du sultan, a fini par être emprisonnée dans la geôle d'Anemas, à Constantinople : « Personne ne sait si la lumière brûlera jusqu’à demain », dit un proverbe arménien. Depuis dix ans, un bandeau noir drape sa photographie, mais l'espoir demeure. Peut-être est-elle encore en vie.

Inconsolable, Garabed, son grand-père, demande à son fils, Haïk, de partir à sa recherche. Est-elle morte dans la prison d`Anemas ? A-t-elle été enlevée par une famille turque ? Autant de questions auxquelles Haïk devra trouver des réponses lors de son voyage. Ce dernier est tiraillé entre l'évidence (personne ne sort vivant d'Anemas) et l'amour pour sa fille. Après tout, si elle s'est sacrifiée pour ses proches, et pour son peuple, il a le devoir de suivre son exemple. Le périple, commencé à Marseille, quai de la Joliette, sera suivi par la famille, via les lettres qu’il leur écrit. C’est une véritable odyssée qui l’attend, car il doit traverser des pays écartelés entre Orient et Occident, dans lesquels Chrétiens et communauté arménienne subissent l'oppression et la violence des musulmans. Il doit se montrer discret, au cas où la jeune femme serait toujours aux mains du sultan (bientôt chassé par un certain Enver Pacha).

Le récit historique de Corinne Zarzavatdjian est semé de citations emblématiques : « On n’enseigne ni ce que l’on veut, ni ce que l’on sait, mais ce que l’on est. » (Jean Jaurès). Elle nous rappelle que les atrocités à l’encontre des arméniens a commencé entre 1894 et 1896. Et qu’ils ont continué, en 1909, lors des massacres d'Adana, suivi de l’enlèvements de femmes arméniennes, forcées de vivre dans des familles turques, et de se plier à leurs règles : « La musique c’est du bruit qui pense », disait Victor Hugo.

Cette quête éperdue d`un père, revenue sur sa terre perdue, à ses risques et périls, pour retrouver sa fille disparue dans les geôles de l`Empire ottoman, frôle le roman d’aventures, façon Marco Polo (« Le Livre des merveilles »). Mais il manque le souffle picaresque. Ses qualités sont différentes : « Un tapis, c’est une marche sur le chemin de l’éternité », dit un autre proverbe arménien. « Ne l’appelait-on pas « l’homme qui lit dans les tapis ? », écrit-elle du grand-père. On est ici dans un style de narration classique, tout en finesse, à la lenteur orientale, méditerranéenne. Façon Naguib Mahfouz, le grand écrivain égyptien, voire Panaït Istrati, le roumain, et Orhan Pamuk, cet auteur turc, autre grand narrateur, qui n’en pense pas moins – comme on le sait -, courageusement, sur le sort qui fut réservé aux arméniens, comme aux Kurdes aujourd’hui encore.

Corinne Zarzavatdjian a voulu relater des évènements méconnus de l’histoire du peuple arménien (les massacres « hamidiens » et ceux d’Adana), pendant lesquels des membres de sa famille sont morts. A travers les Hagopian, elle rend hommage à toutes les femmes tombées dans l’oubli. Pas étonnant que ses romans utilisent le nom de « Rose ». Ses mots continueront longtemps de fleurir la mémoire de l’identité arménienne. Elle fait partie dorénavant partie de la culture à la française, comme un certain Charles (Aznavour) et bien d’autres artistes originaires d’Asie, du Caucase et d’Europe. Sacré beau mélange.

La roseraie de Garabed : un destin arménien
Editions : Les Presses de la Cité
Autrice : Corinne Zarzavatdjian
347 pages
Prix : 22, 90 €
Parution : 15 janvier 2026


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