« Les amours en fuite » : le western déjanté de l’irlandais Barry
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ « Les amours en fuite », de l’irlandais Kevin Barry est un western barré. Nous sommes à Butte, dans le Montana de la fin du 19° siècle. Tom Rourke, 29 ans, fait tout pour éviter les membres de sa communauté irlandaise.
Il a assez de problèmes comme ça : dettes, alcool, opium, bagarres… Il gagne péniblement sa vie comme écrivain public, et comme assistant photographe. C'est dans l'atelier de ce dernier qu'il rencontre Polly Gillespie, une jeune femme qui vient de conclure un mariage par correspondance avec un capitaine venu chercher fortune dans l’Ouest. Ils tombent amoureux au premier regard et prennent la fuite, non sans avoir volé de l’argent et mis le feu à une partie de la ville. Le couple adultère n’a d’autre choix… que de s'enfuir en volant un cheval. Bref, ils les accumulent. S’ensuit une folle cavalcade, façon Bonnie and Clyde au Far West car le mari trompé a engagé trois tueurs (des Cornouailles) pour les traquer.
Le style d’écriture peut-être est déstabilisant, au début, car empreint de poésie, comme tout écrivain d’origine irlandaise qui se respecte. De là le comparer à Cormac McCarthy, n’exagérons pas. Kevin Barry est beaucoup plus barré, disions-nous, parce drôle. Loin d’être un héros sans foi ni loi, le jeune Tom est un idéaliste bien trop romantique pour ce monde de brutes épaisses. Les deux tourtereaux sont lucides sur le sort qui leur est réservé, mais au point où ils en sont : plus rien à perdre. La cavale parait perdue d'avance mais ils ont de la ressource. Leur force, c’est l’amour (en hiver). Le titre original est d’ailleurs : « The heart in winter ».
Né à Limerick, Kevin Barry (56 ans) est l’auteur de romans et de recueils de nouvelles qui ont été récompensés par des prix littéraires irlandais et britanniques. Sa plume est originale parce que Rock & Roll. Tom Rourke boit du whisky, se bat, et compose des ballades mélancoliques dans des tavernes, tel un troubadour néo-punk sous acide. Il donne une idée fidèle de ce que devait être ce monde sauvage, pendant la conquête de l’Ouest. Un grand bordel, arbitré par les armes à feu, où la poésie, l’art et l’amour, avaient rarement leur place. La vie trépidante de Tom Rourke semble vouée à l’échec, mais comme le disait Jack London, il préfère être un « superbe météore, chacun de ses atomes brillant d’un magnifique éclat, plutôt qu’une planète endormie. » Il a compris que la fonction propre de l’homme est de vivre (intensément), non d’exister (bonnement). Il n’entend pas gâcher ses jours à tenter de prolonger sa vie. Il veut bruler tout son temps.
Kevin Barry livre un western moderne, plein de bruit et de fureur, de fuites éperdues, dans la forêt, où le couple se colle, sous un toit couvert d’étoiles (« le ciel tenait en partie lieu de toit à la cabane ce qui donnait à l'aventure des airs hors la loi »), pour ne pas mourir de froid. C’est la passion, et une soif de liberté, qui les guide pour résister face à la folie de primitifs assoiffés de violence. Les amoureux ne peuvent que l’emporter : morts ou vifs, même brièvement, ils ont été libres.
Les amours en fuite
Editions : Métailié, Bibliothèque anglo-saxonne.
Auteur : Kevin Barry
Traduit de l’anglais (Irlande) par Carine Chichereau
192 pages
Prix : 18 €
Parution : 3 avril 2026






