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Phénomènes naturels : Séisme, version Jonathan Franzen…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : mercredi 28 février 2018 14:15 Affichages : 1508

franzenPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / En 2010, il avait eu droit à la « une » du prestigieux « Time Magazine »- photo pleine page avec le titre « The Great American Novelist ». Le grand romancier américain. Près de vingt ans plus tôt, à 32 ans, Jonathan Franzen avait publié son deuxième roman, « Strong Motion »- enfin, la VF est arrivée récemment sous le titre « Phénomènes naturels ». Naissance à Western Springs, Illinois en 1959 ; enfance en banlieue de Saint Louis, Missouri ; études au Swarthmore College, Pennsylvanie et à la Freie Universität de Berlin ; quelques années dans le laboratoire de sismologie à l'université Harvard, c’est Franzen, l’auteur des « Corrections » (2002), « La Vingt-Septième Ville » (2004), « Freedom » (2011) ou encore « Purity » (2016)- tous des textes de la première importance. Dans une récente interview, il a raconté la genèse de ces « Phénomènes naturels » : « Je vivais à l'époque à Boston depuis cinq ans et, pour gagner ma vie pendant que j'écrivais mon premier roman- « La Vingt-Septième Ville », je travaillais comme assistant de recherche dans un laboratoire de sismologie à Harvard. C'est comme ça que j'ai connu Boston et les tremblements de terre… » Et d’ajouter : « L’histoire de Phénomènes naturels s'est aussi ouverte à d'autres aspects qui m'intéressaient de plus en plus: la domination de la femme par l'homme- dont la domination de la nature est une métaphore-, l'apocalypse, la destruction de la nature et la façon dont la science, la religion et les médias gouvernent le monde actuel ».

Restaient alors à mettre en mots ces idées. Voilà donc Franzen lancé dans la narration de l’histoire de Louis Holland. Sa sœur Eileen, depuis l’école, a honte de lui : c’est une tête à claques- et il sera un jeune homme dont la passion est la radio. Il vient d’arriver dans la région de Boston. Sa vie n’a rien de formidable, c’est une banal song- il enchaîne les petits jobs, est engagé par une radio FM, ses relations avec sa famille sont pour le moins compliquées,… bref, Louis Holland est un homme ordinaire. Et puis, un jour, ça se bouscule dans sa vie- un séisme frappe Boston et sa région. Un petit séisme, avouons-le, puisque les autorités ne feront état que d’une seule victime. Mais attention ! la victime n’est pas n’importe qui, on apprend que c’est la grand-mère de Louis. C’était une sacrée bonne femme, la grand-mère qui avait virée « papesse new age », laissant une fortune estimée à 22 millions de dollars ! Evidemment, dans le clan Holland, ça va se déchirer, se bagarrer fort pour récupérer le magot de la grand-mère.
Vu ainsi, « Phénomènes naturels » a tout d’une bonne histoire de famille qui se déchire à cause du fric. Mais voilà, chez Franzen et dès son deuxième roman, le roman ne tourne jamais autour d’une seule histoire. Ainsi, dans ce « Phénomènes naturels », le lecteur va également être emmené, catapulté dans une affaire politique lorsqu’on découvre l’origine du séisme. Là, dans ce roman qui avait, à sa parution, suscité l’admiration de l’immense Stephen King, l’auteur fait apparaître Renée Seitchek- elle est sismologue à Harvard et va mener l’enquête avec, dans son sillage, Louis Holland. Tous deux vivent le grand amour. La sismologue est persuadée que les secousses sont la conséquence de forages secrets destinés à enfouir des déchets toxiques. Au roman familial, Franzen mêle un thriller politico-économico-écologique. Avec l’espoir de changer le monde- ou, pour le moins, faire bouger les lignes ? Mais Renée et Louis vont réaliser que « le monde avait peut-être autre chose à offrir que la crapulerie, la stupidité et l'injustice ». Et quand le couple Louis- Renée commence à battre de l’aile, Franzen fait surgir dans ces « Phénomènes naturels » une secte anti-avortement partie à la chasse aux profits, des lobbies financiers proches des fondamentalistes et encore des scientifiques sacrément naïfs.
Dans ce roman qu’on pourra qualifier « d’apprentissage », Jonathan Franzen montrait déjà qu’il savait manier aussi bien la drôlerie que le grinçant, tout en maîtrisant parfaitement une intrigue. Et aussi et encore que les romanciers créent « avec les romans des univers où l’on peut chercher un havre et trouver un sens profond. Nous sommes surtout, de plus en plus, les défenseurs d'une conception du monde dans sa dimension de tragédie morale. Notre tâche est de proposer une alternative aux simplifications et aux polarisations extrêmes du discours de la Toile... » 

Phénomènes naturels
Auteur : Jonathan Franzen
Editions : L’Olivier
Parution : 1er février 2018
Prix : 25 €