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« Les invisibles » : "Toi qui entre ici, abandonne tout espoir"....R.J Ellory signe une traque obsédante!

  • Écrit par : Guillaume Chérel

invisiblesPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ R.J Ellory (61 ans) fait partie de ces écrivains anglosaxons parfois davantage lus chez nous, en France, que dans leur pays, comme ce fut le cas pour Jim Harrison, et aujourd’hui Douglas Kennedy (américain de New-York) et Iain Levison, d’origine écossaise, qui a longtemps vécu aux Etats-Unis.

Mais ne l’appelez pas James ! R.J Ellory n’a pas grand-chose à voir avec son presque homonyme américain : Ellroy (James, auteur du « Dahlia Noir », entre autres, très ancré à Los Angeles). D’autant plus que lui, Ellory, est anglais (de Birmingham) et charmant, bien que taiseux. Il préfère s’exprimer sur le papier, dans ses polars épais (publiés chez Sonatine), et en musique (Roger Jon, alias R.J, chante, et joue de la guitare, avec son groupe des Whiskey Poets…).

Maintenant que les présentations sont faites, passons aux choses sérieuses. Nous somme en 1975, à Syracuse, État de New-York. Rachel Hoff man, nouvelle recrue de la police locale, est appelée sur sa première scène de crime : une institutrice vient d'être assassinée à Ulysses, une petite ville tranquille qui vient de subir une inondation faisant sept victimes. La huitième, jeune femme de 23 ans, est retrouvée dans son lit, avec un message plié dans la main droite, sur lequel on peut lire : « TOI QUI ENTRE ICI, ABANDONNE TOUT ESPOIR ».

Tiré de « L’Enfer », cette phrase célèbre de Dante (« La Divine Comédie ») marque le début d'une série d'homicides à laquelle Rachel va être intimement mêlée, car ce mystérieux assassin va l’obséder toute sa carrière de flic. Cinq ans plus tard, alors que l'affaire semble close, une nouvelle vague d'assassinats frappe New York, étonnamment similaires aux premiers. Rachel, qui s'apprête à rejoindre l'unité d'analyse comportementale du FBI, ignore encore qu'il lui faudra plus d'une décennie, avec nombre d'autres meurtres à la clé, pour (peut-être) résoudre cette enquête très personnelle qui, peu à peu, va virer à l'obsession, à la paranoïa, et la mener aux confins de la folie, puisque le criminel la nargue. Il a toujours un coup d'avance… ça vous rappelle quelque chose ?

Les amateurs de thrillers mettant en scène des serial-killers diaboliques en auront pour leur argent, sur 550 pages de rebondissements, entrecoupés de réflexions philosophiques sur la vie et la survie, pour échapper à la violence et la folie du monde « rempli de gens qui aspirent à des choses que jamais ils n'accompliront. Ils se mentent à eux-mêmes, comme ils mentent à tout le monde. Ce que vous faites est précieux, rares sont ceux qui peuvent en dire autant. Vous ferez de votre mieux à votre niveau. Et voilà. C'est tout ce qu'on peut exiger de soi-même. Si ça vous apparaît comme un devoir, alors en effet vous n'avez pas le choix. Vous serez les seuls à savoir ce que vous avez fait tout ce que vous avez pu. »

C’est l’histoire d’une traque obsédante qui, année après année, dévore l'existence de l’héroïne d’un R. J. Ellory qui nous entraîne dans un voyage au bout de l'enfer, digne de « Seul le silence » et d'« Une saison pour les ombres », ses précédents ouvrages (repris en Livre de Poche, comme « Everglades »). On y retrouve son humanité, et son sens de la construction narrative, faite de flash-backs savamment positionnés entre les chapitres : « Tout être humain marche sur une corde raide tendue entre la naissance et la mort, écrit Ellory. Tôt ou tard, il tombe inéluctablement, soit d’une perte d’équilibre (santé), soit d’un saut délibéré (mental), soit du fait d’une tierce personne… ».

L’héroïne de R.J Ellory pense que le « normal » n'existe pas. Qu'on est tous fous, chacun a sa façon. Que personne ne comprend vraiment l'esprit humain, ce qui motive les gens, ce qui les pousse à faire ce qu'ils font. Que la psychologie se fonde en grande partie sur des opinions personnelles, opinions qui sont fortement influencées par les aspects irrationnels de la personnalité. Elle est confrontée à un psychopathe que est partout. Et nulle part à la fois. Comme le diable : « Qui lutte contre des monstres doit veiller à ne pas devenir lui-même un monstre », disait Nietzsche. Rachel finira par trouver son paradis, après être passée par l’enfer et le purgatoire. R.J Ellory, auteur de romans noirs efficaces, sans effets de plume inutiles, l’a rendu immortelle. Ici et maintenant, c’est une valeur sûre qui ne cesse de se bonifier. Sans en rajouter dans le sensationnel, ni jouer les durs-à-cuir (hard-boiled). Suivez mon regard…

Les invisibles
Editions : Sonatine
Auteur : R.J Ellory
Traduit de l’anglais par Etienne Gomez
541 pages
Prix : 24, 50 €
Parution: 2 avril 2026

Des adaptations en bd du même auteur : 

Vendetta : une remarquable adaptation du polar passionnant de R-J Ellory

Seul le silence : un thriller graphique glacial, captivant et bouleversant !

 

 


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