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« Légère comme une enclume » : la grande « dedeuche » à l’esprit libre

  • Écrit par : Guillaume Chérel

Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Zelba est née ex-RFA, en 1973. Ce détail a son importance, pour se mettre dans le ton de son humour pince sans rire.

Au début de sa nouvelle BD, elle raconte les blagues sur ses origines allemandes (elle a un léger accent), de la part de collègues autrices de BD, qui se croyaient drôles, et cool, alors qu’elles étaient lourdement discriminatoires… Dans « Légère comme une enclume », cette grande blonde, sans chaussures noires mais aux yeux clairs, raconte sa vie professionnelle, et personnelle, entre autres, avec subtilité. 
Elle raconte, par exemple, comment, à ses débuts, il y a quinze ans, sur les salons de BD, elle était confrontée à une majorité d’hommes, plus ou moins âgés, qui la snobait parce qu’elle ne connaissait pas les « classiques » du 8e art (elle les surnomme les « tintinophiles »). Quel soulagement de voir débarquer des jeunes femmes de talent, et drôles, avec qui elle a pu enfin parler de leurs préoccupations communes, sans pérorer sur l’esthétisme (ah ! la fameuse « ligne claire »). Bref, de la vie ordinaire d’intello-précaire. Et comment, inconsciemment, elle se dépréciait elle-même, en n’osant pas négocier ses contrats d’édition. On appelle ça le syndrome de l’imposteur.e. Si les femmes doutent d’elles-mêmes, plus que les hommes, c’est parce qu’elle sont conditionnées dans ce sens, dès leur plus jeune âge.   
Depuis qu’elle a signé chez Futuropolis, en 2019, Zelba est enfin considérée, et respectée, en tant qu’artiste d’importance. Mais si elle ose se mettre à nu, littéralement, dans ses ouvrages, ce n’est pas parce qu’elle est impudique. C’est tout simplement parce qu’elle s’est (enfin) émancipée du patriarcat (sans compter qu’en Allemagne, on peut pratiquer le nudisme dans certains parcs et jardins en ville). Elle a vécu une époque où on enseignait que c’étaient les mâles qui devaient mener la danse. Son propre père - qu’elle aime malgré tout -, était misogyne et surtout homophobe. Il vient d’une autre génération. D’une autre éducation. C’est ce qu’elle raconte, entre autres, dans cet album en forme de journal intime ouvert à tous, sans tabou. 
Impossible de résumer les thématiques de ce recueil de trente-cinq histoires, d`une à quinze pages, déjà évoquées sur ses réseaux (sociaux), que Zelba a redessinées pour l’occasion (elle y a ajouté des récits inédits réalisés pour l`occasion), tellement elles sont riches et variées. Ses planches, aux « lignes noires », pour le coup, ressemblent à des « posts » (Instagram) sur les sujets les plus intimes : le désir féminin, la pause pipi (elle est obsédée par la propreté des lunettes de ch…, sauf quand elle a trop bu de schnaps !), son sex-toy favori, ses fantasmes, en faisant fi du « male gaze ». Il faut dire qu’elle a la chance, et l’intelligence, d’avoir un compagnon complice et compréhensif. Son secret pour préserver leur amour ? Elle l’oblige à l’appeler : « ma femme, cet être merveilleux ». Il a fini par le croire, suggère-t-elle.
En abordant, avec plus ou moins de légèreté, des sujets graves qui nous concernent toutes et tous (la violence faite aux femmes, l"engagement face au changement climatique, la xénophobie, la montée de l’extrême droite…), Zelba non seulement s’exprime et se défoule, mais elle nous distrait tout en nous faisant réfléchir. C’est non seulement pétillant, mais percutant, perclus de bon sens. Ses dessins sont au diapason de sa manière d’être (faussement naïve mais ultrasensible). Zelba est lucide. Elle ne craint plus de s’exprimer, librement, une fois seule avec elle-même, sur le papier : « Ci-git, la preuve que pour mourir un peu moins stupide, il aurait mieux valu rester vivante ». Ce sera son épitaphe (pour rire). Ainsi, elle n’aura pas vécu pour rien, dixit. 
Avec « Légère comme un enclume », Zelba poursuit une œuvre personnelle avec pour objet des sujets qui on du sens, comme ce fut le cas pour le droit à mourir dans la dignité (« Mes mauvaises filles ») et « Une bouteille à la mer », avec la navigatrice Isabelle Autissier, sur la préservation des océans. Décidément, la femme est l’avenir de la BD (entre autres, une fois encore).

Légère comme une enclume
Editions : Futuropolis
Auteur : Zelba
160 pages 
Prix : 20 €


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