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« Le haut de la vague : Charmian et Jack London à Hawaï » : la parenthèse paisible de celui qui vécut aussi intensément qu'un météore

  • Écrit par : Guillaume Chérel

londonPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Jack London est surtout connu pour ses récits du Grand Nord, du Klondike et des forêts enneigées (« Construire un feu Â», « Croc-Blanc Â», « L’appel de la forêt Â»â€¦) mais il a écrit de nombreux récits inspirés du (Grand) Sud, grâce à son voyage à bord du Snark.

Bateau qu’il a fait construire spécialement, à San Francisco (il est né à Oakland, tout près, en 1876), pour voyager sept ans (c’était l’idée de départ, mais le périple ne durera que deux ans pour raisons de santé), avec sa deuxième femme, Charmian (ex-Kittredge), en qui il a trouvé la compagne parfaite. Sur une idée du dessinateur landais, amateur de surf, Thierry Murat, qui s’était distingué pour son adaptation du « Vieil homme et la mer Â», d’Hemingway, le bordelais Christophe Dabitch a scénarisé le passage du couple fusionnel à Hawaï, entre 1907 et 1916.

Suite à des mois de galère, lors de la conception du bateau, comme de la navigation, pour diverses raisons, les London ont vécu sur ces îles des mois plus paisibles, appréciant le calme serein de cette terre, la beauté des paysages, la mer, la douceur du climat et des habitants. Ils ont notamment découvert le surf. Métaphore parfaite de ce dont rêvait Jack, qui se voyait en demi-dieu, lorsqu’il créait des histoires inspirées de la réalité. Il est fasciné par la figure d’un surfeur, serein et détendu, qui ne s’oppose pas aux vagues mais utilise leur force pour se propulser, avancer, glisser. Go with the flow… Lui qui a passé sa courte vie à se battre, avec hargne, pour survivre, dans un monde de brutes (cf. « Martin Eden Â», « Le Loup des mers Â»â€¦).
Or donc, arrivés à Hawaï, les London vivent des moments d’apaisement, de rencontres et de créativité. Surtout Jack, qui s’est épuisé à écrire ses 1000 mots par jour, à bord du Snark, mais Charmian aussi, qui prenait des notes, lesquelles lui serviront à publier ses souvenirs avec Jack, après sa mort en 1916, à 40 ans seulement. Mais revenons à sa fascination pour cet homme - lui qui a (sur)vécu en perpétuel mouvement - en équilibre, débout, sur une planche en bois, glisser sur l’eau, apparemment sans effort. Apparemment… car lorsqu’il s’y essaie, d’abord avec une planche non adapté à son poids et à sa taille, il passe son temps à tomber, forcément, comme tout le monde au début. On ne saura jamais s’il a réussi à tenir debout, mais connaissant sa pugnacité, ça a pu arriver au moins une fois, quelques secondes… Brûlé par les rayons du soleil, il doit se reposer à l’ombre, entre deux cocktails chez les notables de l’île, à qui il explique qu’il entend leur prendre toutes leurs richesses (sic !) pour les redistribuer au peuple de l’abîme, dont il est issu.
Hawaï a marqué une période importante de son existence. Séduit, comme aimanté, il y revient pour de longues périodes, dont la dernière, peu de temps avant de mourir. C’est à cette époque qu’il découvre la psychanalyse, grâce aux écrits de Carl Gustav Jung qui vont le bouleverser. Il nommera ce pays la « terre de l`amour Â». Pas seulement parce qu’il a été bien accueilli par les locaux, mais parce que, chaque, fois, avec Charmian, il y a partagé des moments de paix et de complicité. Femme indépendante, boxeuse à ses heures, bonne cavalière, hors des carcans de son époque, Charmian va participer activement à la postérité de London, dont elle fut la secrétaire, avant qu’ils ne tombent amoureux.
C’est son « Ã¢me-sÅ“ur Â». sa confidente et plus grande supportrice. Il la surnomme « Mate woman Â» (compagne femme). Le récit de Christophe Dabitch s`inspire des écrits de London, répétons-le, mais également de ceux de Charmian, sans qui cette période de la vie de l’écrivain ne serait pas la même. Il n’évite aucun sujet : les doutes de Jack, son alcoolisme, ses contradictions, sa manie de s’autosoigner (en s’empoisonnant), et sa fascination pour la prétendue supériorité de la « race Â» blanche Â», basée sur l’observation de ce qu’il voit dans le contexte de l’époque.
Dans le style, direct, sans fioritures, de London, Christophe Dabitch s’adresse au lecteur pour remonter le fil de la fin de vie de cet auteur qui vécut intensément, comme un météore, plutôt que de subir une existence morne de planète endormie. Notamment en faisant un détour à Glen Ellen, en Californie, où il a vu sa « Maison du loup Â» - un autre rêve - détruite par le feu. Lui-même souffrait du lupus, surnommée la « maladie du loup Â». Jack London s’est autodétruit, inconsciemment. Dabitch (dit « Dab Â») le raconte avec autant de finesse que de délicatesse, le tout mis images (parfois sans paroles, en ombre chinoise, sur fond de soleil couchant), d’un Thierry Murat (son partenaire idéal ?) qui rappellent les plus belles planches d’un certain Hugo Pratt (lui aussi campera London, aux côtés de Corto Maltese, face à Raspoutine). Il en résulte un ouvrage aussi beau que passionnant, qui dévoile la part d’ombre d’un écrivain dont on se souvient quand on a oublié tous les autres.

Le haut de la vague : Charmian et Jack London à Hawaï
Editions : Futuropolis
Auteurs : Christophe Dabitch & Thierry Murat
160 pages
Prix : 25 € 
Parution : 10 juin 2026


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