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Baru Rock’n’Roll - salauds de baby-boomers : Rock is not dead

  • Écrit par : Guillaume Chérel

rockPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Le ton du récit graphique « Baru Rock-and roll » est dans le sous-titre : « Salauds de baby-boomers ». Tout commence en octobre 1967, dans la salle des fêtes Maurice-Thorez (époque poststalinienne), à Villerupt (Meurthe-et-Moselle). Un sexagénaire évoque à deux jeunes le jour où - faute de Johnny Hallyday, en plein essor yéyé - un parfait inconnu est monté sur scène. Il était noir de peau et s’appelait Jimi Hendrix. Pendant quinze minutes, seulement, il a joué : « Killing floor », « Hey Joe », « Wild Thing »…

Baru raconte comment il a pleuré de joie, tellement c’était puissant, « immortel ». Ce soir-là, il a compris qu’il allait quitter ses potes d’enfance et sauter dans le grand vide de la vie d’adulte, mais de manière rebelle, en lançant un cri de défit contre le vieux monde (celui du général de Gaulle, pour résumer). « Hey Joe » est la première des sept histoires, plus ou moins longues, qui composent ce livre de souvenirs rockeurs.
Hervé Barulea, dit « Baru » (78 ans), connu pour ses BD portant sur le monde ouvrier (« Bella Ciao »), sa culture populaire (Grand prix de la ville d’Angoulême) – notamment d’origine italienne -, déroule un patchwork d’anecdotes récoltées auprès d’amis (cités en fin d’ouvrage), où se croisent concerts improvisés, motards, virées entre copains et figures mythiques comme les Rolling Stones, ou The Who. Qu’importe si on ne sait plus qui raconte quoi. L’intérêt, c’est l’esprit du rock (for ever). Derrière ces tranches de vie, et une musique qui ne cesse d’évoluer, il y a toute une génération qui a bousculé les règles, au risque de se brûler les ailes, au prétexte de vivre plus fort, plus intensément, afin d’envoyer valser les vieux codes (travail, famille, patrie… et les femmes au foyer).

Impossible de résumer ce chef-d’œuvre à la fois graphique et narratif, tant les faits relatés, vécus, sont nombreux et savoureux. Il suffit d’une pièce de monnaie dans le juke-box, et de quelques noms (Chuck Berry, Presley, Rolling Stones, Beatles…) pour se remémorer le tsunami vécu par les jeunes de ces années-là. Une déflagration. Un bouleversement culturel radical. Passons sur les substances illicites et les mouvements politiques qui s’y rattachent. C’est dans l’anecdotique et le personnel que Baru s’exprime le mieux, sans intellectualiser. Dans le chapitre intitulé : « Ton-up-boy », il raconte la passion pour la moto et la guerre entre Mods (dandys venus du peuple) et rockeurs (en blouson de cuir noir) de l’autre côté de la Manche.

Les planches, en couleur ou noir et blanc, sont toutes plus cool les unes que les autres. La période se termine à Carhaix, aux Vieilles Charrues. Dans le chapitre « Fever », il est question, notamment, des fêtes foraines et des numéros d’équilibristes de « mabouls à moto ». Celui de « For your love » relate le jour où un certain Ledran, collègue dessinateur, lui affirme qu’il a connu les « Yard Birds » à leur début, rencontrés par hasard, et le lui prouve (vieille pochette collector dédicacée). Dans « Quel con », un fan de rock narre tous les concerts mythiques… qu’il a raté ! « Satisfaction : I can’t get no » rappelle un épisode insolite, mais emblématique de la puissance du rock. Surprise.

A Beyrouth, en 1988, en pleine guerre civile. Un certain Mustapha vend des œufs aux chrétiens, comme aux musulmans, en écoutant du rock, quand le sniper du camp d’en face est à la prière du vendredi. Dans « Skaï long poème électrique », Baru a eu l’idée géniale de légender ses dessins au stylo à bille bleu. C’est tellement réaliste qu’on croirait qu’il vient de nous dédicacer l’ouvrage, à chaud. Passons sur les souvenirs (Who à la Courneuve, James Brown au Palais des sports, les Stones à Cuba et New York, Morrison à Paris, où il est mort). Immédiatement reconnaissable, son trait faussement simple, mais expressif, met en lumière la fameuse « culture-rock », qui fait partie de nous parfois sans le savoir (comme monsieur Jourdain, du « Bourgeois gentilhomme », faisait de la prose) même quand ce n’est, a priori, pas notre truc.

Baru n’idéalise pas cette communauté musicale, dans lequel il était de « bon ton » de mourir à 27 ans (Morrison, Hendrix, Joplin, Cobain, Winehouse… sans oublier les inconnus - « morts au combat » (pour la liberté d’être soi-même) -, à qui il rend justice en les ressuscitant). Il n’édulcore pas les galères en tout genre, et la violence, parfois. Les dialogues fusent. C’est drôle, inspirant. Un bulle d’air frais revigorante, par les temps qui courent. Plus qu’une mode, une tendance, avoir l’esprit rock, c’est une manière d’exercer son libre-arbitre, au milieu des zombies stéréotypés, normés, formatés. Pas étonnant qu’il fasse un clin d’œil à ses collègues « papys rockeurs » : Jano, Margerin, Berberian, J-C Denis et Vuillemin. L’ambiance promet d’être chaude dans certains Ehpad. Un deuxième tome est prévu, basée sur d’autres témoignages et autobiographies.

Baru Rock’n’Roll : salauds de baby-boomers
Editions : Futuropolis
Dessins et textes: Baru
140 pages
Prix : 22 € 
Parution : 11 mars 2026


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