Le cas Dominique : une immersion soignée dans le cabinet de Dolto
- Écrit par : Xavier Paquet
Par Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Il y a des rencontres qui peuvent changer une vie. Surtout celle d’un enfant qui croise la papesse de la psychanalyse pédiatrique et infantile, Françoise Dolto. C’est le cas de Dominique, jeune adolescent, amené en 1965 au cabinet de l’hôpital Trousseau et présenté par ses parents comme « débile simple » dont il n’y a pas grand-chose à tirer.
Enfant dont la puberté commence à l’emmener vers la schizophrénie, dont la vie scolaire est plus que tourmentée, et dont le manque d’autonomie pourrait le conduire à un échec, Dominique est amené ici comme dernière chance. Replié sur lui-même, arc-bouté sur son manque d’estime de lui-même, Dominique va s’ouvrir progressivement au fur et à mesure des 12 séances avec la psychanalyste. Après un démarrage poussif où l’enfant chétif recroquevillé enchaîne les phrases sans lien ni sens pour le commun des mortels, la parole se libère et se structure pour l’emmener vers un statut posé et conscient de ses possibilités et de sa situation familiale.
Adaptée des publications de Dolto parues en 1971 sur les séances avec cet enfant, « le cas Dominique » fait sauter le quatrième mur pour nous immerger avec la célèbre thérapeute des mots. Plongé dans l’intérieur du cabinet, on vit les séances en temps réel. Le décor se veut simple, le bureau de la psychanalyste sans artifices, une lumière faible et peu chaleureuse, un grand espace vide dont les murs se noircissent à la craie. Un lieu qui paraît froid et anonyme pour mieux laisser vivre et respirer le texte et la libération progressive de la parole grâce à une écoute, à une capacité à rebondir et jouer avec les mots, à une manière de pratiquer l’absurde ou d’en faire une symbolique pour mieux confronter l’enfant et le faire évoluer.
Nous est donné lieu de voir, d’observer, d’être impliqué dans le formidable travail d’écoute de Dolto qui ne questionne pas que le désordre mental mais arrive à décortiquer la famille dysfonctionnelle : un père absent et en déplacements perpétuels, une mère qui invite ses enfants à dormir avec elle pour la réchauffer : autant de manques d’affection, de pratiques incestueuses qui influencent les pulsions sexuelles du jeune adolescent.
Pourtant rien ici n’est médical : le langage est accessible et quotidien.
La mise en scène est centrée là-dessus : une mère désinvolte qui écoute mais ne comprend pas, un père absent et présent uniquement par téléphone (porté par la voix de Mathieu Amalric), l’utilisation du dessin à la craie et de pâte à modeler pour matérialiser maux et envies de l’adolescent.
Le rythme de la pièce est volontairement lent pour laisser les mots sortir et s’exprimer : un joli travail d’écoute et d’observation, les temps de silence donnant la réflexion nécessaire pour s’en imprégner. Et que dire de la partition de Lucas Bottini, parfait dans ce jeune adolescent auquel il donne voix, regard perdu et physique chétif avant d’ouvrir ses épaules, de se redresser et de lui accorder une fluidité plus corporelle et un phrasé plus posé.
Joli moment de cette rentrée, « le cas Dominique » remet non sans humour l’emphase sur la santé mentale, grand sujet toujours plus d’actualité, et sur l’enfant, un sujet à considérer à part entière.
Le cas Dominique
Ecriture : Françoise Dolto
Mise en scène : Nathalie Boutefeu
Avec : Nathalie Boutefeu, Bernadette Le Saché, Lucas Bottini
Dates et lieux des représentations:
-Jusqu'au 20 Septembre 2026 au théâtre du Chariot (77 rue de Montreuil, 75011 Paris)






