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L’Apollon de Bellac : un hymne à l’amour

  • Écrit par : Christian Kazandjian

Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ La pièce de Jean Giraudoux, agrémentée de chansons, fait cas du besoin de beauté et du pouvoir des femmes face à la vanité masculine.

Agnès se présente à L’Office des Grands et Petits Inventeurs. La jeune femme n’a rien à proposer ; elle cherche simplement une place, en rapport avec ses faibles et, pour ainsi dire nulles, compétences professionnelles, comme elle ne craint pas, ingénument, d’avouer. Là, l’huissier, homme étriqué et rogue, la congédie : l’Office ne reçoit que le lundi, et l’on est mardi. Survient un homme, un inventeur en mal de réussite qui prend Agnès sous son aile. Il lui prodigue un conseil, une simple expression, clé de toute réussite auprès des hommes : leur dire qu’ils sont beaux. Ils répètent la scène, invoquant les auspices d’un Apollon de Bellac, tout droit sorti de l’imagination du mystérieux inconnu, avant expérimentation sur l’huissier. Parfaite réussite, comme elle se confirmera, ensuite, avec le secrétaire et enfin, avec le président de l’Office. Le sésame , délivré avec simplicité et sourire, a ouvert toutes les portes, jusqu’à celle du cœur du président, se livrant à l’amour, toutes barrières sociales abattues.

Ode à la femme

Le texte de Giraudoux, écrit en 1942, n’a pas pris une ride, bien au contraire. Féministe non déclarée, la pièce rend hommage à la gent féminine, alors infantilisée, et met à jour la vanité et la légèreté prêtée aux femmes, des hommes ; notamment ceux investis d’un pouvoir, aussi mince soit-il. L’auteur s’est fait le témoin, plus que le porte-parole des femmes, comme l’indique une grande partie de son œuvre qu’un Louis Jouvet fit connaître : il n’est que de citer, pour s’en convaincre les pièces : Ondine, La Folle de Chaillot, Electre, les nouvelles : Suzanne et le Pacifique, Juliette au pays des hommes, odes à la femme, à la nature ; sans que soit ignorée sa proximité idéologique, du moins au début, avec le régime de Vichy. Giraudoux reste ce virtuose d’une langue, ciselée toujours, poétique souvent, d’une belle et foisonnante richesse qu’on retrouve dans son théâtre, L’Apollon de Bellac ne faisant pas exception.

Un piment d’ironie

La mise en scène de Christel Pourchet qui joue Agnès, et chante de belle façon, ainsi que les trois autres comédiens, s’appuie sur un décor dépouillé, laissant place à la parole, et sur des habits et un mobilier d’époque années 1940. Les chansons interprétées ont franchi les époques dans la voix d’Edith Piaf chantant La Vie en rose, de Boris Vian et son Ne vous mariez pas les filles. Elles ajoutent un piment d’ironie, de drôlerie, de tendresse et d’amour, aux situations où les hommes en prennent pour leur grade : vanité, duplicité, mais également fragilité devant la beauté, la puissance et le pouvoir des femmes. Christel Pourchet a fait le choix judicieux d’attribuer les rôles de l’huissier, du secrétaire et du président, au même comédien, tant les trois personnages sont semblables dans leur petitesse et leur pauvre amour propre. On rit beaucoup dans ce spectacle où l’on a envie de fredonner avec les comédiens cet hymne à l’amour (nous voilà, nous aussi, sous le charme de la Môme Piaf).

Un spectacle réjouissant, revigorant, servi par quatre comédiens pétulants, dans notre époque où la femme apparaît, enfin, comme l’avenir de l’homme, comme l'a clamé un autre poète.   

L’Apollon de Bellac
Auteur : Jean Giraudoux
Mise en scène : Christel Pourchet
Avec Samuel Giuranna, Etienne Ménard, Christel Pourchet et Barbara Castin ou Pauline Joquel

Dates et lieux des représentations:
- Jusqu’au 1er octobre 2026 au Théâtre Essaïon, Paris 4e (01.42.78.46.42), mercredi et jeudi, 19h.
    


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