Berlioz trip : ... de la belle ouvrage signée Géraldine Aliberti-Ivañez
- Écrit par : Christian Kazandjian
Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ Fantastique Hector Berlioz ...ou comment le compositeur écrit une œuvre symphonique hallucinée, révolutionnaire.
Voici un comédien ne voulant pas jouer et demandant au public de sortir. Et, une voix lui enjoignant de cesser ces caprices. L’homme sur la scène endosse alors la peau d’Hector Berlioz, prêt enfin à dérouler un épisode la vie du musicien. Econduit, un temps, par l’actrice Harriet Smithson, Ophélie dans le drame shakespearien, Hamlet, auquel il a assisté, et à qui il adresse quarante lettres sans obtenir de réponse, il décide de créer une symphonie inouïe, révolutionnaire, une œuvre pour les générations futures, ses contemporains étant incapables d’en saisir la beauté. Ce sera donc la Symphonie fantastique, pièce, que dans sa folie opiacée, il compte voir exécuter par plus de 350 instruments. Dans une modeste chambre de bonne, Il se lance, à corps perdu, presqu’avec rage, dans la composition, balançant entre dépression, colère, exaltation, abusant d’opium et de psychotropes. Il veut démontrer, en cette année 1830, qu’en deux mois, un musicien, âgé de 27 ans, inconnu du grand public, peut donner une symphonie immortelle. Il jette sur la partition les notes et silences dictés par son égo démesuré, son amour pour Harriet, artiste de renom, quasi oubliée par la suite, devenue sa muse et qu’il épousera enfin trois ans plus tard, partageant sa vie familiale avec celle de sa maîtresse, puis seconde épouse, à la mort d’Harriet Smithson, la cantatrice Marie Recio (il repose au cimetière de Montmartre à Paris aux côtés des deux femmes). Un homme, Ernest Legouvé, son ami, a su donner une brillante définition du caractère du compositeur : « créature pathétique, excessive, ingénue, violente, insensée, sensible et avant tout sincère. »
Jours de colère
Il incombait à Géraldine Aliberti-Ivañez, auteure du texte Berlioz trip qu’elle met en scène et au comédien Régis Royer de donner vie à un géant de la musique classique, à une personnalité complexe et attachante, à un génie confronté, avec ses fêlures, son égo dévorant, à sa création. La scène est occupée par quelques pauvres objets, marquant le dénuement matériel extrême auquel est confronté un homme, jeune, né dans une petite ville d’Isère, La Côte-Saint-André, débarqué à Paris ; un drap entortillé fait naître la figure de la femme ; un halo lumineux isole le personnage dans ses moments de terrible solitude et doutes. La bande sonore rythme les étapes de la création, comme la leçon que Berlioz entend donner à son entourage, à ses détracteurs. Régis Royer, au jeu d’une belle ductilité, passant, en un instant, du rire à la colère est totalement habité par le personnage, un des grands musiciens de l’histoire, un novateur, un artiste jouant son propre équilibre mental, sa propre vie au service de son art. La pièce est également une réflexion sur le comédien, lui-même confronté à la question de la composition du personnage. De la belle ouvrage, accompagnée de quelques mesures, dont le sombre Dies ira, de cette Symphonie fantastique entrée au répertoire universel de la musique.
Berlioz trip
Ecriture et mise en scène : Géraldine Aliberti-Ivañez
Compagnie : VIVANT!e
Collaboration artistique : Jean-Christophe Quenon
Création lumières : Grégoire Delafond & Bruno Brinas
Artiste Vidéaste : Arnaud Kehon
Création sonore : Léo Magnien & Eliane Blaise
Regard artistique et chorégraphique : Nina Vallon
Jeu : Régis Royer
Dates et lieux des représentations :
- Jusqu'au 13 mars 2026 au Théâtre La Flèche, Paris 11e (01.40.09.70.40.) les vendredis à19h,.
- 11 mai 2026 - la version symphonique de ce spectacle sera présentée avec l’Orchestre de Chambre de Paris au Théâtre du Châtelet, à Paris.






