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Congo : « Devine où je te dévore »

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : samedi 8 février 2020 23:26 Affichages : 1031

congoPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ « Le Congo n’existe pas. Il fallait l’inventer. 1884, conférence de Berlin, le roi Léopold a une idée aussi énorme que sa large stature, il veut une colonie personnelle. Il envisage d’abord d’acheter un bout de planète à quelqu’un, une province de l’Argentine, un bout de Bornéo, une île du Pacifique, mais on refuse de vendre et même de louer.

A cette époque, les explorations de Livingstone et de Stanley font grand bruit, on cherche les sources du Nil. Alors ce sera l’Afrique. Le roi convoque Stanley. Et le Congo commence dans les rêves du roi géant, un immense jardin, une propriété privée, une société anonyme, des bénéfices inouïs… Posséder quatre-vingts fois la Belgique, c’est quand même quelque chose.Revenons à la Conférence. On négocie, on pinaille, on trace des lignes et des frontières, on scrute, le roi s’invente une œuvre de bienfaisance, des sociétés philanthropiques, des missions civilisatrices, des explorations scientifiques. La conférence se termine, l’Afrique possède désormais son acte de notaire, reste à bâtir un Etat, reste à créer le Congo. »

Si tu es affamé, voici le pain amer des hommes...

Il y a d’abord le texte remarquable d’Eric Vuillard, documenté, riche d’images poétiques saisissantes, dispensant avec finesse une palette d’émotions diverses et ne négligeant pas l’humour empreint d’ironie et de lucidité cuisante. Il y a les chants empreints d’authenticité de cette terre sacrifiée, les danses de là-bas que Faustin Linyekula se réapproprie pour proposer une expression chorégraphique contemporaine de cette Histoire maculée de cicatrices colonialistes, pour exprimer les soubresauts de ces autochtones sacrifiés sur l’autel d’un caprice royal européen et les ressources extraordinaires d’un peuple qui continue pourtant à se battre pour avancer. Il y a la belle présence de Daddy Moanda Kamono, comédien-narrateur dont la diction et les intonations de qualité restituent toute la puissance du texte. Il y a Pasco Losanganya, lumineuse et émouvante femme au corps et à la voix engagés et vibrants. Il y a les lumières de Koceila Aouabed, baignées d’obscurité, qui réussissent le challenge, sur un plateau nu, traversé ça et là par quelques sacs de jute que l’on déplace à l’envie, à créer une atmosphère prégnante, dont on loue l'esthétique et la capacité à transporter les personnages dans les divers lieux évoqués. On est ainsi d’abord à Berlin au coeur de cette «grande ivresse transocéanique d’acheter et de vendre », entouré d’hommes en «plastron, reliquat de cuirasses des hommes d’affaires » puis dans la forêt congolaise massacrée pour du caoutchouc, et, grâce à un montage sonore discret mais évocateur, les trois interprètes nous emportent dans leur sillon en voyage.

congo

Est-ce que ce n’est pas aux tables et aux miroirs que l’on pose les questions les plus importantes?

Si le propos est exigeant, relatant l’histoire complexe d’un pays africain laissé aujourd'hui en "jachère", la mise en scène intelligente et sensible percute l'esprit du spectateur. Ce théâtre « incarné » au sens étymologique du terme ne peut laisser indifférent. Il y a, en effet, un travail méritoire pour mêler tout à la fois le didactique au tangible. Ainsi ce corps de femme sur lequel s’écrivent les noms des pays qui s’autorisent à découper l’Afrique en parts de gâteau, ainsi la boule à facettes, les rires irrépressibles, ainsi la colère de la femme sur le marché du monde, ainsi la respiration du danseur et la voix du conteur au dessus d’un écran d’eau.

Le caoutchouc. L’Europe, il lui en fallait sa dose.

Des comptoirs, une forêt qu’on détruit, des mains que l’on coupe, la terreur que l’on sème…au delà des rapides. Un état formé à coup de machettes. Les tremblements d'un Congo…qui n’existe pas…ou presque. Seule une nationale y mène. Restent le fleuve et des enfants aux regards implorants que les états, aussi philanthropes qu’auparavant, laissent grandir dans la misère pour...des préservatifs, des semelles ou des batteries de voitures électriques!

On est rarement protectionniste chez les autres…

Congo
Texte : Eric Vuillard
Conception et mise en scène : Faustin Linyekula
[République Démocratique du Congo]
Avec Daddy Moanda Kamono, Faustin Linyekula et Pasco Losanganya
Bande sonore : Franck Moka et Faustin Linyekula
Régie lumière : Koceila Aouabed
Production : Studios Kabako - Virginie Dupray
Coproduction : Théâtre de la Ville / Festival d’Automne - Paris, Ruhrtriennale, Kunstenfestivaldesarts - Bruxelles, HAU Hebbel am Ufer - Berlin, Théâtre Vidy - Lausanne, Le Manège - scène nationale de Reims, Holland festival - Amsterdam / Avec le soutien de Centre Dramatique National de Normandie-Rouen (accueil studio), Centre National de la Danse - Pantin (prêt studios) et KVS Bruxelles
Congo, Eric Vuillard, Ed. Actes Sud

Dates et lieux des représentations :
- Les 5 et 6 février 2020 au Théâtre de la Vignette, Université Paul-Valéry 3 - Montpellier (Route de Mende 34199 Montpellier cedex 5 ) Information : +33(0)4 67 14 55 98 / Spectacle co-accueilli avec la Saison Montpellier Danse 2019-20
- Du mer. 12/02/20 au ven. 14/02/20 - Onassis Cultural Center - Athènes
- Du jeu. 28/05/20 au ven. 29/05/20 au CDN de Normandie - Rouen - Tel. +33 (0)2 35 70 22 82

Des hommes en costumes sur leur cul de singe...

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