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L’animal imaginaire : une nouvelle célébration du langage réussie de Valère Novarina

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 19 janvier 2020 08:18 Affichages : 384

animal imaginairePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Comme toujours dans les pièces de Valère Novarina, le pictural et le langagier se disputent la vedette sur le plateau.

L’animal imaginaire offre une déclinaison superbe de toiles éclaboussantes d'élucubrations de couleurs et de formes dans lesquelles l’oeil se perd à plaisir. Prose poétique aux néologismes goûteux, le texte, lui, cultive l’absurde, mêle sans façon le sublime et le prosaïque, le comique et le grave, l’utile et le superflu, le lyrique et l’engagé et joue espièglement avec les figures de style et les règles de syntaxe, de grammaire et de conjugaison…si bien qu’il ne reste plus aucun exemplaire à la vente dès la sortie du spectacle dans la librairie du théâtre! 

Je respecte beaucoup le réel mais je n’y ai jamais cru.

De quoi parle-t-on dans L’animal imaginaire? D’une foule d'idées qui se catapultent, s'entremêlent, se démentent, se justifient et évoquent l’homme dans toute sa complexité existentielle. Désopilants et singuliers, les protagonistes nous baladent « dans les deux sens de la logique » et s’attachent - peut-être - à démontrer que « le langage est une hormone chimique pour réguler nos comportements animaux. » Le langage, une « sécrétion » comme une autre? Assurément si Valère Novarina le dit! « L’homme est un néant capable de tout »…après tout!

Je suis de plus en plus le seul à penser comme tout le monde.

Saluons les notes habiles de l’accordéoniste à queue de pie Christian Paccoud, la scénographie au surréalisme adapté à l’univers novarinien, la pétillance des costumes, la drôlerie de la marionnette et la distribution de qualité à l’énergie tonitruante…même si la prononciation de certains comédiens complique la compréhension du texte et frustre un peu l’auditeur.

Le temps n’est pas vide puisque nous sommes en plein dedans.

Dans cette nouvelle fantasmagorie langagière, il est question de têtus du sud-ouest, d’un hymne à l’anus, d’hilarothérapie, de divers monologues sur brancards, d’une clé de douze, d’inédit avec les mêmes mots, d’un sinistre clébard, du chiffre 8, d’une prière en caillou, d’une propre-à-rienne, d’une chanson oedipienne et d'une autre au subjonctif imparfait, d’une harangue contre les gens, d’un U unificateur, de slogans clamés sur des rostres classiques, d’une perruque-serpillière, du moi-aussisme, de la lecture d’un dialogue romanesque aux verbes de parole envahissants, d'une liste des temps improbables…durant lesquels Valère Novarina s'attarde par le truchement d’une logorrhée excentrique sur le sujet le plus préoccupant du monde d’aujourd’hui à savoir ce que nous allons laisser aux générations suivantes : « Nous avons mangé la création »…Il revisite d’ailleurs en une courte parabole désopilante le sacrifice d’Isaac par Abraham et fait dire ironiquement à l’un de ses personnages «  Mangeons le monde jusqu’au bout. » Un présent phagocyteur du futur inquiétant...

Le premier instant dure toujours.

Après avoir pataugé à loisir en compagnie de mots joueurs aux allitérations et assonances joyeuses, l’on repart avec une foule de citations dans la besace et des souvenirs de fulgurances jouissives où le génie de la langue explose à l’oreille…et l’on regrette simplement que ce soit long ( 2h50 tout de même) et donc peu accessible à un public moins habitué au théâtre (les adolescents et les spectateurs occasionnels) car il y a dans cet Animal imaginaire de très nombreux passages jubilatoires, démonstrations irréfutables des capacités jubilatoires du langage, qui mériterait d’être ouvert à un plus large public. Cette croisade du langage, on la valide…Valère Novarina convainc une fois de plus de la capacité sublime des mots à embrasser toutes les contradictions et à enivrer le coeur et l'âme d'émotions plurielles. « Assez de paroles. Des mots! »

L’animal imaginaire
Texte, mise en scène et peintures : Valère Novarina
Avec Edouard Baptiste, Julie Kpéré, Manuel Le Lièvre, Dominique Parent, Agnès Sourdillon, Nicolas Struve, René Turquois, Bedfod Valès, Valérie Vinci et Christian Paccoud - accordéon - Mathias Lévy - violon
Collaboration artistique : Céline Schaeffer
Musique : Christian Paccoud
Scénographie : Jean-Baptiste Née
Lumières : Joël Hourbeigt
Costumes : Charlotte Villermet
Dramaturgie : Roséliane Goldstein et Adélaïde Pralon
Collaboration musicale : Armelle Dumoulin
Assistantes de l’auteur : Sidonie Han
Réalisation costumes : Sylvie Barras, Camille Brangeon, Jocelyne Jalicon
Réalisation marionnette : Charlotte Villermet et Jean-Paul Dewynter
Répétitrice : Pauline Clermidy
Régie générale : Richard Pierre
Régie lumière : Paul Beaureilles
Régie plateau : Elie Hourbeigt
Production/diffusion : Séverine Péan et Emilia Petrakis / PLATÔ
Administration : Carine Hily/ PLATÔ
Production déléguée : L’Union des contraires
Coproduction : La Colline – théâtre national, Scène nationale du Sud-Aquitaine

Dates et lieux des représentations:
- Du mar. 14/01/20 au mer. 15/01/20 au Théâtre Molière - Sète - Tel. +33 (0)4 67 74 02 02

Cessons de nous faire passer pour ce(ux) que nous devrions.