Menu

« La plage noire » : autopsie d’un désamour

  • Écrit par : Guillaume Chérel

plage noire Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Vu de l’extérieur, tout va bien pour Adèle et Julien. Ils n’ont pas de problème d’argent, ni de santé, et sont bien logés. Leur fille, Luna, grandit à son rythme, sans souci majeur. La petite famille se ressource, l’été, dans un paysage de rêve, où la mer brasille sous une lumière éblouissante. C’est peut-être ça le problème. Ils ne se voient plus, ou mal. Une fois installé dans le duplex familial, pour échapper au stress de la capitale, le couple se retrouve face à lui-même. Julien ne pense qu’à sa « boite ». Adèle doit s’occuper de la petite quasiment seule. Elle va lui faire payer ses absences.

« Après toutes ces semaines noires passées à Paris à avoir peur au point de devoir s’enfuir mi-juin chez ses parents dans la montagne de son enfance, il n’en revient pas d’avoir le bleu de l’eau du petit port de la Tour fondue à ses pieds. Il faut forcer un peu pour décoller le nez du carreau et renouer avec l’idée de grandes vacances. Quand il lève la tête, ce qu’il voit surtout, avant la mer et la lumière, c’est le visage de sa femme plombé par la colère. » Qui plus est, un « troll hater » les agresse sur la toile, laquelle se referme peu à peu sur le « foyer ». Dehors, batifolant dans la nature, il y a un certain Tony, jeune, beau, libre, potentiel amant (de Lady Adèle…).
A priori, le sujet n’est pas nouveau, ni original. Comment un couple, présenté comme des « bobos » parisiens, voit s’étioler l’amour qui les a unis. « La plage noire », quatrième livre d'Aude Walker a le mérite de s’attaquer à un sujet universel, limite romance à l’eau de rose, pour en faire un thriller psychologique qui devrait parler, comme on dit, à plus d’un. Les séparations et divorces se multiplient, alors qu’étrangement le nombre de mariages augmente (ils ne savent pas ce qui les attend…). Ou comment les non-dits, comme les trop-dit mal-dits, bouffent les corps et l’esprit de l’intérieur. Les phrases ravalées, les mots qui blessent, les yeux qui s’évitent, le dos tourné, bientôt le mépris.
La colère gronde. Tandis que dehors, le cycle de la vie poursuit son cours. La ponte de tortues, entre Port-Cros et Porquerolles, continue imperturbablement. En huis-clos, Les vacances se transforment en cauchemar émotionnel. Aude Walker décrit la décomposition d'un couple en crise. Les silences, la tension qui monte peu à peu, comme la menace d’éruption d’un volcan. Elle explore les fissures, comme les blessures émotionnelles qui mènent au mensonge et à la manipulation. Jusqu’à la violence psychologique, qui peut mener à celle physique, quand le point de rupture est atteint. Quand ça dure (trop, toujours trop) longtemps, on appelle cela une relation toxique, car c’est la faute de l’autre, évidemment. Or, pour qu’il y ai désaccord, dispute, guerre… il faut deux belligérants. Malgré l’odeur des pins, loin des plages surpeuplées, le couple déjà érodé par le harcèlement qu’ils subissent à Paris depuis des semaines, va-t-il s’effondrer ? On a beau connaitre la réponse (une plage de sable noir est d’origine volcanique), ce roman se lit comme une dissection sans anesthésie. A vif. Ça sonne vrai.

La plage noire 
Editions : Stock
Auteure : Aude Walker,
306 pages
Prix : 21, 50 €
Parution : 1 avril 2026


À propos

Les Categories

Les bonus de Monsieur Loyal