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Térébenthine : un appel à la désobéissance, à la poursuite de sa propre identité

  • Écrit par Xavier Paquet

TerebenthinePar Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Térébenthine est une plongée dans les abysses du monde artistique, les abîmes psychologiques des aspirants peintres et les bas-fonds de la formation des Beaux-Arts.

Tout démarre en 2004, quand l’autrice intègre pour trois ans d’études les Beaux-Arts de Lille et y découvre d’emblée que la peinture, perçue comme bourgeoise, est dénigrée et moquée : l’âge d’or est aux performances et aux installations scéniques, la référence est Marcel Duchamp qui considère les peintres comme « des intoxiqués de la térébenthine ».

Térébenthine, le nom du petit groupe qu’elle forme avec Luc et Lucie, ses deux plus proches amis, relégué dans les sous-sols pour s’exercer à la peinture, là où l’odeur de térébenthine se diffuse et imprègne tout. Ils sont en résistance, résistance face à leurs professeurs, face aux tendances de l’art contemporain, face à eux-mêmes et leurs tourments : une manière de poursuivre leurs rêves et leurs envies créatrices. Mais ils seront vite confrontés aux choix artistiques d’enseignement qui leur seront imposés, aux désillusions sur leur avenir dans la société et à leurs convictions brisées par les dogmes en place. Se battre pour leurs croyances et leur essence artistique sera leur ultime but, définir leur place en marge des conventions leur quête.

Térébenthine est l’histoire d’une désobéissance ou d’un appel à la désobéissance : ne pas se positionner en fonction de ce que l’on attend de nous mais de ce que l’on veut profondément, aller contre la pensée unique et affirmer sa rupture, s’opposer aux dogmes enseignés pour affirmer son processus de création artistique mais aussi personnel.

Ecrit à la deuxième personne, le style pourra surprendre par son ton familier et direct. Certains diront qu’il peut nuire à la narration : il a tendance plutôt à la renforcer en s’appuyant sur une proximité et une complicité avec le lecteur. Il transpose les codes de l’autofiction dans un mode confident. Il sonne comme une révolte, une douleur à faire ressortir, un cri d’alerte pour exprimer la remise en cause profonde que l’Institution a pu avoir sur ces trois protagonistes : la critique d’une œuvre, une illusion cassée c’est certes un questionnement de l’art mais aussi un questionnement personnel.
Tant qu’il n’a pas accouché de son œuvre, l’artiste fait corps avec son tableau, à la poursuite de l’éclosion de sa propre identité.

Au-delà de l’aspect artistique, Carole Fives met à l’honneur dans son roman d’apprentissage cette quête de soi, cette essence si singulière du peintre qui, au-delà d’exprimer sa vision du monde, cherche à affirmer sa singularité et sa place au monde. Un message aussi universel que la peinture l’est.

Térébenthine
Auteure : Carole Fives
Editions : Gallimard
Parution : 20 août 2020
Prix. : 16,50€

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