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« Latéral gauche : figures du foot politique » : Joue-la (pas) comme Beckham

  • Écrit par : Guillaume Chérel

Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Le foot est-il de gauche ? Poser la question, c’est en partie y répondre, puisque comme tout bon journaliste le sait, il n’y que les réponses qui sont intéressantes.

En fin connaisseur, Nicolas Kssis-Martov sait très qu’en intitulant son essai : « Latéral gauche », sous-titré : « Figures du foot politique », il met les pieds dans le plat, au risque de passer pour un provocateur. Les anti-foot (si, si, en il reste) affirment que c’est un sport débile (taper dans un ballon : pffff), joué par des millionnaires et que la FIFA, bla-bla-bla. Les supporters de tel ou tel club, ou joueur, vont vous expliquer par A + B que les meilleurs, c’est les Verts !

Sachez, tout d’abord, que l’auteur s’inscrit d’emblée dans une réflexion « vintage », nostalgique, voire désuète. Plus personne n’emploie le terme (« latéral ») pour désigner le défenseur qui joue sur le flanc gauche du terrain. Aujourd’hui, on dit « arrière-gauche », même si aujourd’hui ce dernier évolue comme un attaquant, au point d’en oublier de défendre. Où en étions-nous ? A gauche… Ils sont spéciaux, les gauchers, c’est bien connu. Non seulement parce qu’ils sont moins nombreux (qu’à droite), mais parce qu’ils donnent de l’effet au ballon et que… oups ! Que de rebonds. Revenons au sujet : « Si tu veux connaître un homme, joue au football avec lui », a dit Bob Marley. Il en est mort (en se blessant, lors d’un match amical au pied de la tour Eiffel qui lui occasionna un cancer des os), mais il a presque tout dit. Comme Albert Camus, qui fut gardien de but amateur, en Algérie, et Pasolini, joueur de champ, en Italie, retrouvé mort dans un terrain vague. Ces deux intellectuels de gauche ont exprimé le même sentiment, en substance (lisez le livre).

L’auteur écrit sans doute comme il joue, en procédant par digression (sur le terrain, on appelle-ça transversale, ou changement d’aile). Ce, malgré un plan, avec sous-chapitres, qui permettent différents points de vue, au moment où on s’y attend le moins. Ainsi, il commence son livre en affirmant qu’il ne développera pas sur Paul Breitner – un grand joueur des années 70, avec une coupe afro, comme Angela Davis – qui se disait maoïste, avant de se « social-démocratiser », parce qu’il est allemand. Rapport à « l’attentat » de Séville, à la coupe du Monde 1982, en Espagne (le gardien de but Schumacher a littéralement fracassé le pauvre Battiston, pote de Platini). Bref, vous l’aurez compris, quand il s’agit de foot, on perd tout discernement, et on redevient un gamin de dix ans(Ah ! Rocheteau, l’ange vert…). Du coup, le camarade Kssis rate l’occasion d’évoquer le club le plus à gauche du monde du ballon rond, on a nommé le FC St-Pauli, situé dans la banlieue rouge de Hambourg. Blague à part, il est carrément libertaire et LGBTQ+-friendly, mais bon, on a compris le postulat : des « figures », rien que des figures), comme pour les vignettes Panini, devenu un business convoité.

Or donc, voici le paradoxe. Le football, sport le plus populaire au monde, est joué par des footballeurs qui ne le sont pas franchement pas (pendant quinze ans, grand maximum). Et inversement, ceux qui se disent de gauche sont rarement passionnés par ces jeux du cirque (cf. Mélenchon). Mais là encore, il y a des exceptions. Outre les fidèles supporters du Red Star de Saint-Ouen, qui ont pour modèle Rino Della Negra (héros de la Résistance, fusillé au Mont-Valérien par les Allemands, le 22 février 1944, avec 22 de ses camarades du groupe Manouchian), il aurait pu citer les South Winners, groupe de supporters de l’Olympique de Marseille (OM), calé dans le virage sud, le plus engagé à gauche contre le racisme, le fascisme, et dont les figures emblématiques sont le Che Guevara, Maradona (cité dans le livre, car ami de Fidel Castro)… et Bernard Tapie. Re-Oups ! On n’est pas à une contradiction près, quand il s’agit de ballon rond.

Nicolas Kssis-Martov a le mérite de rappeler que le sport le plus populaire au monde (on peut jouer n’importe où, avec n’importe quoi, et tout le monde) s’est développé, début du XXe siècle, grâce aux clubs ouvriers, en Angleterre et en France. Sur le banc (des oubliés) de l’histoire du football, de gauche (sic !), il cite Emmanuel Mink, juif immigré antifasciste, qui aurait pu jouer, dans le cadre de l’Olimpiada Popular, censé débuter le 21 juillet 1936. On connait la suite… Coup d’Etat de Franco, guerre civile : « L'extrême droite, je connais bien, ce qu'ils font le mieux, c'est mentir. Je les ai connus au pouvoir. L'extrême droite, c'est la fin du monde, la fin des droits humains, de l'humanisme, de l'humanité. Au Brésil, on a vécu un cauchemar… Ici, c'est la république, ici, c'est la démocratie. Allez voter, mes amis ». C’est signé Rai, le frère du grand Socrates (1954-2011), footballeur international brésilien, comme lui des années après, qui avait la particularité d’être médecin-pédiatre, et d’avoir créé la « démocratie corinthiane », mouvement idéologique démocratique de joueurs opposés à la dictature. Le dit-Rai travaille pour le Paris FC, acheté par la famille de milliardaires Arnault, associés à Red Bull. Décidément… le rapport Foot-argent. A sa manière, Rai, qui joua au PSG racheté par le Qatar, continue l’œuvre de son grand frère syndicaliste.

Alors, le foot est-il de gauche ou de droite ? Les deux, mon capitaine ! Si l’on se place du point de vue de la Fifa dirigé par Giani Infantino, à la botte de Donald Trump (mais la révolte gronde). Ou de celui d’Eric Cantona, qui milite pour la Palestine, tout en faisant de la pub pour des jeux d’argent… Ne serait-ce que pour apprendre qui était Raoul Diagne, le premier joueur de « couleur » à porter le maillot bleu, en 1931, cet essai mérite d’être lu et partagé. D’autres découvertes vous attendent. Où il est question également de Bill Shankly, cet international écossais devenu entraîneur mythique de Liverpool (You’ll never walk alone) et de George Best, aussi bon dribbleur que grand buveur. Sans oublier Megan Rapinoe, cette grande joueuse américaine (lesbienne) qui a dit ses quatre vérités à Donald Trump.

Dire qu’au début, il y eut Charles Michels… La place nous manque pour développer sur Gramsci, Moravia, Herrera, et le catenaccio (verrou en italien), ce système défensif, ou le Football « Total », prôné par la bande à Johan Cruyff, qu’il transmit ensuite au FC Barcelone, où il devint dirigeant (Barça = République, ne l’oublions pas, et Real Madrid = Franco et Royauté). Enfin, Rachid Mekhloufi, figure légendaire de l’équipe du FLN, de l’équipe de France et de Saint-Etienne, où il y avait Manufrance, la manufacture d’armes et de vélo.

Oui, les Hooligans fascisants ont été chassés des clubs anglais, embourgeoisés, mais il se passe des choses graves du côté de Lyon (agressions et chants racistes), quasiment tous les week-ends, jour de match de l’OL, comme ce fut le cas il n’y pas si longtemps au Kop de Boulogne (Parc des Princes). Le livre de Kssis nous remémore le fait que les problèmes de sociétés résonnent plus fort dans un stade. C’est comme ça depuis le Colisée de Rome. Et puis un certain Spartacus se révolta… Non, il ne faut pas confondre football-business, lié à l'économie capitaliste, et amour du jeu, sur la plage, au Brésil, ou au pied des immeubles HLM, où sont nés nos meilleurs footballeurs issus de l’immigration. En d’autres termes, pourra-t-on réformer le foot sans abolir le système le capitalisme ? Vous avez 4 heures.

Latéral gauche : figures du foot politique
Editions : Libertalia
Auteur : Nicolas Kissis-Martov
198 pages
Prix : 10 €
Parution : 7 mai 2026


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