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Dans les poches : Claire Castillon, Sarah Chiche, Jim Harrison et Victor Remizov

  • Écrit par Serge Bressan

castillonCe mois-ci, dans les poches de Serge Bressan - Lagrandeparade.com.

« Ma grande » de Claire Castillon

Un homme a tué. Noyé sa femme dans la baignoire. Il n’en pouvait plus de cette violence au quotidien, non pas une violence physique mais une violence psychologique. Harcèlement dans le couple. La femme qui impose ses règles, sa loi entre les quatre murs du domicile conjugal- et même à l’extérieur.

Une fois encore, Claire Castillon frappe fort avec « Ma grande ». Une fois encore, fidèle à sa réputation et cette écriture dont elle a fait une marque de fabrique, elle pointe les familles brisées, les violences ordinaires… « Ma grande », comme il la nommait durant ces moments doux, ces nuits d’amour… Ils se sont rencontrés à la piscine, elle l’a invité chez elle, ils se sont mariés à Las Vegas sans dire un mot aux familles, ils se sont aimés (pas très longtemps), ils ont eu un enfant- une fille… Le mariage a duré quinze ans. Elle, elle ne voulait pas recevoir les amis chez elle- et quand ça arrivait (tellement rarement), elle savait se montrer mesquine, jalouse, méchante… Lui, il écrit- sans succès ; elle le rabaisse sans cesse. »Ma grande », le grand roman d’un huis clos, de la présence après la disparition…

Ma grande
De Claire Castillon
Editions : Folio / Gallimard
Parution : 16 janvier 2020
Prix : 6,90 €

chiche« Les Enténébrés » de Sarah Chiche

Entre amour et blessures du passé… Avec « Les enténébrés », la psychanalyste et psychologue clinicienne Sarah Chiche signe un texte tout en rudesse et en romantisme. Un grand roman aussi mystérieux qu’attirant, furieusement « mitteleuropéen », aussi… Un troisième roman après « L’Inachevée » (2008) et « L’Emprise » (2010) et un essai passionnant, « Histoire érotique de la psychanalyse » (2018). Le 28 septembre 2015, un jour de chaleur étouffante, la narratrice arrive à la gare centrale de Vienne, en Autriche. Elle y vient de Paris pour y rédiger un article sur les conditions d’accueil des réfugiés. Elle croise le regard d’un homme âgé, il semble épuisé- comme elle qui dit : « Je sens que ça n’est pas simplement moi qu’il regarde. Il fixe un point dans le lointain, que je reconnais soudain sans pouvoir le nommer. Je sais que c’est là d’où je viens et là où je veux aller ». Elle se prénomme Sarah, est studieuse et solitaire et, dans la vie du quotidien, elle est psychologue (tout comme l’auteure !). A Paris, elle partage les jours et les nuits de Paul, un intellectuel réputé pour ses textes sur la fin du monde… A Vienne, elle rencontre Richard, il est musicien, violoncelliste célèbre dans le monde entier. Ils vont s’aimer, Sarah fuit Paul mais, rentrée à Paris, lui écrit. Il revient vers elle qui, dès lors, va vivre dans le secret. Deux vies menées simultanément, deux vies qui se répondent, se complètent, s’opposent… Aimer double, aimer différemment et autrement.

Les Enténébrés
De Sarah Chiche
Editions : Points / Seuil
Parution : 16 janvier 2020
Prix : 8 €

harrison« Un sacré gueuleton » de Jim Harrison

C’est parti pour la grande bouffe avec l’ogre des lettres américaines. Jusqu’à sa mort à 79 ans en 2016, Jim Harrison avait un sacré coup de fourchette. Et « Un sacré gueuleton », recueil ébouriffant de chroniques gastronomiques placées sous un mot d’ordre : « être modéré à l’excès », est là pour nous le rappeler. Pour Harrison, c’est très simple : « il en va de la nourriture comme du sexe, des bains, du sommeil et de la boisson : leurs effets ne durent pas »- n’empêche, pour que ça dure quand même un peu, il n’hésitait pas à consommer nourriture et boisson en même temps et en quantité astronomique quand il passait à table ! Et pour arrondir ses fins de mois, entre une petite trentaine de romans et de recueils de nouvelles, il se faisait en chroniqueur gastronomique pour quelques gazettes US dont le « New York Times ». Manger. Bouffer… Oui, lire « Un sacré gueuleton » de Jim Harrison, c’est du même calibre que (re)voir « La Grande Bouffe », le film de Marco Ferreri sorti en 1973. Parce que, pour l’écrivain yankee, « manger est une course contre la montre » pour laquelle on ne connaît qu’un seul mot d’ordre : « être modéré à l’excès ». Ce qui implique aussi un penchant pour la bouteille- surtout quelques vins français ! Un sacré gueuleton pour une festin littéraire…

Un sacré gueuleton
De Jim Harrison
Traduit par Brice Matthieussent
Editions : J’ai Lu
Parution : 8 janvier 2020
Prix : 8,70 €

10/18« Devouchki » de Victor Remizov

Un roman « à la russe » pour Victor Remizov, né en 1958 à Saratov en bordure de la Volga à plus de sept cent kilomètres au sud-est de Moscou. Après « Volia Volnaïa », son premier et remarquable roman paru en 2017, il est revenu l’année suivante avec « Devouchki », un deuxième roman tout aussi enthousiasmant avec, pour personnages, deux jeunes femmes qui quittent la Sibérie et espèrent une vie meilleure à Moscou. Un livre épais, dense, touffu- près de 400 pages, qui emmène le lecteur de Beloretchensk au cœur de la Sibérie à Moscou. Deux jeunes femmes d’une vingtaine d’années et à la personnalité opposée, deux cousines : Katia et Nastia. Leur quotidien est banalement triste et ordinaire, leur avenir de plus en plus sombre dans cette Russie à deux vitesses qu’apprécie tant décrire et raconter Victor Remizov. Dans la ville de Sibérie, les deux jeunes femmes ne supportent la vie qui va, éprouvante et sans perspectives. On y ajoute le père de Katia qui, victime (vertèbre brisée) d’un grave accident, est immobilisé et dont la famille n’a pas l’argent nécessaire pour le soigner. Katia a essayé de travailler pour ramener un peu d’argent chez les parents et pour le frère, addict au jeu, en prison où il continue ses petites magouilles. Nastia qui, elle, n’a aucune moralité, n’est guère mieux : elle ne supporte plus le quotidien auprès de sa mère alcoolique et rêve d'être célèbre, de se marier avec un homme riche et vieux- comme dans les séries télévisées ! Alors, les « devouchki » Katia et Nastia font le grand voyage, direction Moscou la belle, la lumineuse, la fastueuse, la luxueuse… L’une va travailler dans un restaurant et envoyer de l’argent à ses parents, l’autre ne cherche pas vraiment du travail et rencontre un petit voyou. « Devouchki », c’est lyrique et cinglant.

Devouchki
De Victor Remizov
Traduit par Jean-Baptiste Godon
Editions : 10/18
Parution : 2 janvier 2020
Prix : 8,80 €

 


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