BD : Gotlib still ze best in ze weurld ! ou de gai-Luron à la Rubrique-à-brac
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Les éditions Dargaud, en collaboration avec Fluide Glacial, publient les œuvres complètes du maître, qui ne se prenait pas au sérieux, comme ses potes de l’époque : Reiser, Cabu, Gébé et consort…
L’intégrale chronologique commence en 1967. L’album de 1968, comme le mois de Mai, vient de sortir. C’est l’époque où il coupe le cordon ombilical avec le grand René Goscinny, père d’Astérix et Obélix, en compagnie Uderzo. Le premier est rédacteur en chef de Pilote. Il découvre dans les « Dingodossiers », les prémices de l’humour absurde du créateur de Gai-Luron, personnage flegmatique, façon Droopy, qui va charmer toute une génération de lecteurs de Pif Gadget, donc certains ont peut-être oublié qu’il était accompagné d’une souris, qu’il maltraite, et du chat Jujube. Et qu’il était secrètement amoureux de Dolly…
Chaque double-page est une ode à son inventivité. Sa maîtrise du gag visuel était une nouveauté, en rupture avec les codes (classiques) de l`époque (gaullienne, rappelons-le). L`ensemble est reproduit en suivant la volonté de son auteur et agrémenté de nombreux dessins et illustrations jamais publiés en album. Plus les mois passent, plus le ton devient plus personnel, plus loufoque, moins « scolaire ». Il développe, notamment, une série de gags pseudo-pédagogiques, plein de digressions et de running gags (Newton et sa pomme, le hamster, la coccinelle qui commente) dans la « Rubrique-à-brac », devenue culte aujourd’hui.
Les anciens lecteurs de Pif Gadget et de Pilote, à la fin des années 60, ne vont pas prendre un coup de vieux, en (re)découvrant les œuvres complètes de Gotlib. Au contraire, ils vont rajeunir. Car Gai-Luron et la Rubrique-à-brac n’ont pas pris une ride. C’en est même surprenant. Marcel Gotblib (1934-2016) était un génie, en avance sur son temps. On passe de la couleur, dans Vaillant, puis Pif, au noir et blanc, dans Pilote, mais aussi en bichromie, et quadrichromie, pour des questions budgétaires.
Dix ans, tout juste, après la disparition de Gotlib, cette édition de collection a été réalisée sous la direction de Jean-Louis Gauthey, qui a écrit la préface explicative, avec l’aval d’Ariane Gotlib, la fille de Marcel. Il explique, entre autres, que le dessinateur travaillait énormément, au point de s’épuiser à la tâche. Cinq pages par semaine. Deux séries : Gai-Luron pour Vaillant, et les « Dingodossiers » pour Pilote. Compréhensif, Gosciny - qui savait de quoi il retournait, et savait reconnaitre le talent - lui proposa d’aller se reposer plusieurs semaines. On connait le résultat : les évènement de Mai 68…
Plus de cinquante ans après leurs parutions, les dessins et leur traitement font toujours sourire, voire rire, sans jamais choquer (le public de Vaillant et de Pilote était composé de mineurs). Les fans de la première heure se souviendront de la pomme qui s'écrase sur la tête d’Isaac Newton. En novembre prochain le tome 3 couvrira l’année 1969. Vivement les vingt, trente prochaines années !!!
Gotlib – œuvre complète 1967/68
Editios : Dargaud / Fluide Glacial
240 pages
Prix : 34, 90 €
Parution : 1"c novembre 2025






