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« Si c’est un homme » par Gilbert Ponté : " Dans mon travail, je cherche toujours la vérité plutôt que la performance. »

  • Écrit par : Delphine Caudal

hommePar Delphine Caudal - Lagrandeparade.comC’est un spectacle poignant et instructif qui prend place au théâtre des Beaux-Arts Tabard (Montpellier).  Gilbert Ponté, comédien, metteur en scène, et directeur artistique de La Birba a présenté son seul en scène « Si c’est un homme », de Primo Levi.  Celui qui se définit comme un « comédien conteur », vouant un intérêt particulier à la transmission des mémoires, donne la parole à ce symbole de la lutte contre le fascisme et l’antisémitisme. 

 Dans une sobriété et une justesse émouvante, Gilbert Ponté, dans la peau de Primo Levi, raconte son année de détention dans le camp d’Auschwitz. Aucun pathos, aucune exubérance, pas une lamentation, juste un témoignage bouleversant du quotidien dans le lager(camp) allemand.  Entre la promiscuité des dortoirs, les camarades morts de froid ou de faim, les humiliations, les "sélections », les pendaisons arbitraires, le récit est ponctué de détails que tous devraient connaître. Pour que « cela ne se reproduise jamais ». 

 L’artiste manie les langues allemande et italienne avec aisance, et offre un récit d’une dignité saisissante. On ressent avec lui l’épuisement, la peur, la douleur, étudiant ensemble la question : que reste-t-il de l’humain lorsqu’on lui retire tout ce qui le définit ? Bijoux, vêtements, nom, cheveux… On assiste à la démolition de l’identité, mais aussi à l’instinct de survie de quelques hommes mettant en place des gestes, afin de maintenir une once d’humanité dans l’horreur des camps. 

 Cette interprétation fait incontestablement partie des expériences théâtrales qu’on ne peut oublier. Un témoignage indispensable dans un monde où l’on a tendance à ignorer les conséquences d’une guerre entre patries, au nom d’une idéologie, d’une quête de pouvoir ou d’une religion. 

 

En attendant de le découvrir, nous avons pu échanger quelques mots sur ses choix artistiques et sur sa définition du théâtre. Nous le remercions pour le temps qu’il a consacré à ses réponses, très éclairantes et porteuses d’espoir.

D’autres témoignages saisissant sur les tragédies de la Seconde Guerre Mondiale auraient pu être portés sur scène. Pourquoi avoir choisi ce récit de Primo Levi ?

Effectivement, il existe d'autres témoignages concernant l'horreur des camps mais le témoignage de Primo Levi est totalement différent car celui-ci décrit le lager ( le camp) d'une manière très scientifique. Mais surtout, parce que son témoignage a pour objectif premier de Comprendre. Comprendre comment des hommes peuvent avoir "cette détermination à vouloir exterminer d'autres hommes" avec rationalité, efficacité et obéissance. Et pourquoi ? Primo, déjà dans le camp, avait l'intention d'écrire et témoigner s'il survivait. Son livre était déjà en lui. J'ai également choisi ce récit parce que Primo est italien. Les italiens ont une manière particulière de ressentir les évènements qui les entourent. Je peux me permettre de le dire car j'ai vécu jusqu'à mon adolescence dans la communauté italienne et toute ma famille est en Italie. Le tragi-comique est présent dans son récit. On sent dans son écriture cette distance qui n'est pas seulement le fait que Primo était un scientifique mais également parce qu'il était italien !  Autre point : Primo a voulu que son texte soit un témoignage à portée universelle. Et dernier point , Primo est à la fois narrateur, spectateur, acteur et commentateur.  Ce qui me permet en tant que comédien toutes sortes de variations : rythmiques, ruptures, accélérations, changements de tonalité etc...
 
Vous vous présentez sur scène en toute simplicité, dans un décors épuré, dénué de pathos. Pouvez-vous expliquer ce parti pris ? 
C'est bien la première chose que j'ai voulu éviter : tomber dans le pathos. Pour moi tout commence par le texte. Non pas comme un prétexte à jouer, mais comme une matière vivante, un organisme à écouter. Je suis très attentif au rythme, à la respiration, à la précision des mots, à la pensée qui circule derrière la phrase. J'aime l'espace vide. Ce dépouillement est mon éthique et mon esthétique. Je considère que le récit de Primo exige un plateau nu qui devient alors un lieu de parole, un lieu de mémoire, un lieu de pensées. Les mots sont vecteurs d'imagination. Et j'ai toujours pensé que le spectateur au théâtre participe en imagination si j'ose dire. Le comédien propose des pistes et le public est libre de choisir. Ce qui fait que le théâtre est un lieu de liberté.  Pour interpréter Primo Levi, j'ai cherché à respecter la structure de sa pensée, sa lucidité, sa retenue.  Au fur et à mesure du travail j'ai retiré tout ce qui pourrait en détourner le sens. Dans mon travail je cherche toujours la vérité plutôt que la performance.

N'est-ce pas parfois difficile de porter un texte aussi bouleversant sur scène ? 

Tout à fait, ce n'est pas simple. Mais l'art du comédien est de savoir prendre de la distance par rapport au personnage ou par rapport au texte qu'il interprète. Dans le "théâtre récit " c'est un travail Brechtien qu'il faut utiliser. 

On sent le devoir de transmission par le théâtre. D'où vous vient cette envie de partage et de rappel ? 

Le théâtre est transmission et partage bien sûr. Quand je choisis un récit que je vais interpréter, je sais ce que j'ai envie de transmettre et défendre. Et en général, ce sont toujours des textes puissants, riches, profonds...peut-être difficiles...mais qui mettent en avant des valeurs universelles. Kleist, Orwell, Dario fo etc... Jouer aujourd'hui Primo est essentiel pour moi. Aujourd'hui nous vivons dans le présent. Il semble que le passé n'existe plus. Primo était persuadé que ce qu'il avait vécu pouvait se reproduire.  A nous d'être vigilants! 

Si c’est un homme
D’après l’œuvre de Primo Levi
Auteur : Primo Levi

Mise en scène et jeu : Gilbert Ponté
Durée : 1h15
À partir de 12 ans 

Dates et lieux des représentations: 

- 15, 16 et 17 Mai à 20h30, 19h et 14h30  au Théâtre des Beaux-Arts Tabards ( 17 Rue Ferdinand Fabre, Montpellier, France) - Réservez ICI ! 

Gilbert Ponté sera de retour au théâtre Essaïon (Paris) en janvier 2027 et ce pour trois mois.

La critique du spectacle ici : 

Théâtre : Si c’est un homme, ou comment dire l’indicible...

 


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