« Un baiser de quarante ans » : quand Nickolas Butler s'essaie à la romance ...
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ « Après « Retour à Little Wing » (2014), son premier roman, qui fut un best-seller international, puis « Le petit fils » (2020) et « La maison dans les nuages » (2023), des romans qui avaient pour sujet les liens familiaux, Nickolas Butler s’essaie à la « romance », un genre en plein renouveau.
Dans sa postface à « Un baiser de quarante ans », l’auteur américain confesse qu’il était en proie à l’angoisse de la page blanche, pour la première fois de sa jeune carrière, quand il a surpris une conversation dans un aéroport. Un homme d’âge mur (entre 50 et 60 ans) déclarait sa flamme à son ex… Ce fut le déclic pour écrire un roman d’amour sur la passion qui renait, basée sur les regrets et les années qui passent.
Il est donc question de résilience – concept utilisé à toutes les sauces - et de seconde chance. Quarante ans après une séparation plus ou moins douloureuse, Charlie, à la retraite (il a plus de 60 ans) revient dans sa ville natale du Wisconsin pour reprendre la « ferme » familiale (en fait un ranch dans le Wyoming, l’Etat voisin), dont il a hérité après la mort de son père. Il profite de ce retour pour reconquérir Vivian, la femme qu’il a jadis aimée, épousée, puis perdue. L’idée est bonne, on se demande à chaque nouveau chapitre quand il va enfin se passer quelque chose, tant la partie semble gagnée d’avance. Dès le premier rendez-vous, au début du livre, sa dulcinée fond littéralement. Elle n’a pas oublié qu’il était égoïste (un homme, quoi…) et surtout qu’il buvait trop, mais elle craque.
Comme si Nickolas Butler prenait ses rêves pour la réalité. Si c’était si facile (de reconquérir son ex, si tant est que cela soit une bonne chose), cela se saurait. Charlie reconnaît qu’il a fait beaucoup d’erreurs, et qu’il est alcoolique, mais il est riche, au contraire de Vivian, laquelle vit chichement, avec sa fille et ses deux petits filles. Puisqu’elle aime les chevaux, il lui en offre un. Un conte pour adultes à l’américaine… Vivian a son amour propre. Même si elle vit dans une apparente précarité, elle se dit heureuse avec ce qu’elle a (elle se contente d’acheter le strict nécessaire chez Walmart, une chaine de magasins bon marché). Ils ont bien quelques disputes - qui se résolvent très vite sur l’oreiller – mais tout s’arrange très vite : fête d’Halloween, diner de Thanksgiving et réveillon de Noël s’enchaînent, comme dans une Novela (ou un livre écrit par une IA).
La deuxième femme de Charlie est plus réaliste : « Le mariage n’a rien de romantique, surtout à nos âges. Le mariage fonctionne au jour le jour, c’est un partenariat, une question de stabilité (…) ce sont des centaines, de milliers de jours sans passion. Une succession de courses, de factures, de maladies, de peines de cœur, de vidanges et déneigement à coup des de pelle (…) de pertes de lunettes de lecture, de rendez-vous chez le cardiologue, d’endocrinologue ou le podologue. Tu vois où je veux en venir ? »
L’auteur est trop fleur bleu, ou puritain, pour aborder la sexualité des « seniors » malgré la peau flétrie et les kilos en trop. Cependant, il ose pourtant aborder la question de l’avortement, sujet éminemment sensible dans une Amérique réactionnaire. C’est étrange, car même si on baille souvent d’ennui, ce roman d’amour se laisse lire, parce qu’on se demande comment cela va se terminer. Les personnages de « Un baiser de quarante ans » sont attachants mais ils manquent de profondeur. On reste sur sa faim, avec ce retour de flamme qui a des hoquets, et bourré de clichés. Ou alors l’auteur a manqué de temps pour développer. A moins qu’il ne souffre toujours du syndrome de la page blanche. Reste qu’il se confirme que le plus dur avec le bonheur, ou sa sensation - comme pour le succès passé -, c’est de le préserver.
Un baiser de quarante ans
Editions : Stock
Auteur : Nickolas Butler
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Mireille Vignol
346 pages
Prix : 23, 90 €
Parution : 6 mai 2026






