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« Douze balles pour Marie-Thérèse » : la Calamity Jane des Vosges

  • Écrit par : Guillaume Chérel

polarPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Septuagénaire, bien tassée, Marie-Thérèse mène une vie en apparence irréprochable. Elle joue de l’orgue à la messe du dimanche, écoute de la musique baroque et adore jouer au Scrabble.

Ce qui ne l’empêche pas de jurer comme un charretier, façon Capitaine Marleau, et de fumer comme un pompier, ce qui n’est pas recommandé quand on aime la chasse. Vous avez bien lu : elle chasse. Et pour y aller, elle conduit une Lada, un moteur qui a été conçu sous Brejnev. Vous l’aurez compris, cette Ma Dalton des Vosges est tout sauf une gentille Mamie Nova. On ne peut pas dire qu’elle soit politiquement correcte…

Un « beau » jour, alors qu’elle poursuivait un cerf, elle abat l’agresseur d’une femme : pan ! Dans la tête, avant de rentrer tranquillement chez elle. Chargé de l’enquête, le commissaire Berg comprend vite que c’est elle. En fin de carrière, fatigué, plus que désabusé, il lui propose un marché : si elle élimine douze salopards qu’il n’a pas réussi à faire condamner, il ne l’arrête pas. Bref, il lui propose de continuer à tuer des salopards. Pendant un an, elle aura pour mission d’éliminer « janvier », « février », « mars », etc. Un mort par mois. Ça laisse du temps pour réfléchir… Marie-Thérèse, qui n’aime habituellement pas qu’on lui donne des ordres, est piégée. Obligée d’accepter, sous peine de finir sa vie en prison, elle va se débrouiller pour que rien se passe comme prévu…

« Douze balles pour Marie-Thérèse », de Paul Beaupère (1), jusqu’ici auteur pour la jeunesse, est un polar qui ne se prend pas au sérieux, même s’il aborde des sujets qui le sont, a priori : la mort (sanglante), la violence faite aux femmes, et la justice hors cour du même nom. La couverture est accrocheuse, comme le titre. Si vous avez aimé « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » (2011), du suédois Jonas Jonasson vous apprécierez les dialogues, inspirés d’Audiard et de Blondin : « : « Elle avait une haleine de poney qui a bouffé de la cannelle et le crâne d'une oie qui a croisé un Airbus à dix mille mètres d'altitude (…) la fesse froide rend le tueur maladroit (…) Vous avez du bol, vous, les cathos, un coup de confesse et hop, vous serez comme ma bagnole quand elle sort de chez l'Éléphant Bleu (…) Une biscotte le lundi et tu te grattes jusqu'au vendredi. La miette de plumard, c'est une vicelarde, tu la chasses dix fois, elle revient toujours. »

Amateurs de romans noirs, sociétaux et réalistes, passez votre chemin. Cette Dexter au féminin joue sur les codes non seulement du polar à la française (version « Tontons flingueurs » et « On touche pas au grisbi », mais également du thriller (il est vendu comme ça), à rebours des produits formatés US (Marshal). Ici, on est dans le terroir à la française. Du bon gros rural qui tache, en mode : « Pêche, chasse et tradition ». A lire au coin, du feu, ou dans le train. Cette super mamie décoiffe. Ses réparties sont truculentes. Et, l’air de rien, sous couvert de légèreté, il est question de libre arbitre et de courage de rester soi-même.

Paul Beaupère a dû prendre du plaisir à écrire ce roman taillé avant tout pour distraire. Connu pour « Les Tribulations d’Antoine », il maîtrise bien l’ambiance Arsenic et vielles dentelles. Pour s’attaquer au public dit adulte, il a opté pour l’humour. Plutôt que de se prendre trop au sérieux. Comme disait Cervantes, il a su garder dans sa main celle de l’enfant qu’il était. Par les temps qui courent, une bonne tranche de rigolade, ça ne peut pas faire de mal.

Douze balles pour Marie-Thérèse
Editions : City
Auteur : Paulo Beaupère
368 pages
Prix : 13, 90 €
Parution : 28 janvier 2026

(1)L’auteur participera à une table ronde sur « l’Humour dans le polar », au 30e anniversaire du Salon International du Livre et du Vin de Saumur, le week-end du 11 et 12 avril 2026.


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