« Deepfake » : salade grecque de Krokos dans la nuit athénienne...
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ « Deepfake », le nouveau roman noir du grecque Makis Malafékas, démarre par une vidéo réalisée, ou modifiée, grâce l’IA (Intelligence Artificielle). Pour rappel cette abréviation de « deep learning » et « fake », peut être traduit par fausse profondeur. Tout le contraire des livres de cet écrivain qui ressemble beaucoup au personnage de Mikhalis Krokos, lequel n’a rien publié depuis quatre ans. Il occupe son temps en arpentant les rues de sa ville, et suit à la télé le procès ultramédiatisé de Johnny Depp et Amber Heard.
Jusqu’au jour où la procureure Sofia Haritsi vient le trouver pour lui apprendre que Rebecca, sa vieille amie activiste, est en danger. Elle a vu des images qu’elle n’aurait jamais dû voir. Cela concerne le « GNIG », une organisation d’extrême droite désormais à ses trousses. Pour la sauver, le dit Krokos infiltre le cœur de cette mouvance fasciste, en tant que rédacteur, et « troll », chargé de répandre des fake news. Il doit gagner la confiance des militants d’extrême-droite, afin de récupérer des documents pouvant rétablir la vérité.
Comme « Dans les règles de l’art », et « Un autre été grec », se deux précédents romans, l’intrigue est un prétexte pour narrer les pérégrinations alcoolisées, à Paris comme à Athènes, de Krokos, le double littéraire de Malafékas. Amateurs de thrillers formatés, à la scandinave, avec un début accrocheur, des chapitres à suspense, et une conclusion stupéfiante, passez votre chemin. Ici, on est dans le Sud. Il fait chaud. On se couche tard, parce qu’on picole, donc on se lève quand on peut. Avec la gueule de bois. Comme dans les « polars » d’Izzo, Padura, Crumley, Camilleri, et Montalban. Soit un marseillais, un cubain, un sicilien et un catalan. Nous aurions pu aussi citer les américains James Crumley, Hunter Thompson – cité dans le livre – et, Bukowski ou Fante. Sans oublier Virginie Despentes, version « Baise-moi », et « Vernon Subutex », pour le côté sexe et rock & Rool.
Malafékas ne s’embarrasse pas de circonvolutions stylistiques. Ses dialogues sont bruts de décoffrage et le plus souvent ECRITS EN LETTRES MAJUSCULES ! Et avec humour. Krokos Malafékas imagine, par exemple, écrire un « roman raté », où tout le « soleil brille », tout simplement, et tout monde meurt, à commencer par l’auteur raté, jusqu’à ce qu’un quidam trouve le livre du dit loser… qu’il n’achète pas. Une engueulade avec un automobiliste, à grand renfort d’insultes, est aussi importante qu’un « coup » d’un soir, et l’enquête qui demande du temps. Dès que l’occasion se présente, l’anti-héros boit des bières, discute avec des amis, tout en cherchant à mettre à jour une vérité sans cesse remise en cause.
On l’aura compris, le sujet de « Deepfake » est la falsification du réel. Mais également la vie mouvementée dans les ruelles surchauffées d'Athènes, où les mouvements anarco-libertaires sont très actifs. Ce sont les dessous les plus sombres du magma politique qui intéressent Malafékas, pas l’aspect touristique. Pour rester dans le « name-droping », il y a du Jean-Patrick Manchette (version « Le Petit Bleu de la Côte Ouest », cette fois) dans ses nombreuses références culturelles. Mais sans dogmatisme. Comme chez les clowns, les bons auteurs de romans noirs (comme l’humour) sont tous des déprimés notoires. C’est pour ça qu’ils boivent, et/ou se réfugient dans l’art. Pour en revenir à Makis Malafékas (la cinquantaine), on ne sera pas surpris d’apprendre qu’il fait des études d’histoire de l’art à Paris, avant de se consacrer à l’écriture. Il est l’auteur d’une série de néo-polars, mêlant pulp (polar de gare) et roman social : "Dans les règles de l’art", déjà cité,et "Un autre été grec". Avec "Deepfake", il clôt, semble-t-il, la trilogie. En combinant l’intensité du roman policier avec la critique sociale, on passe un bon moment. C’est à la fois déprimant et réjouissant. A la fin, si affinité, on se sent moins seul, et plus intelligent. Voire combatif.
Deepfake
Editions : Asphalte
Auteur : Makis Malfékas
Traduit du grec par Nicolas Pallier
246 pages
Prix : 22 €
Parution : 6 mars 2026






