« La mafia des docks » : un condé sur les quais…
- Écrit par : Guillaume Chérel
Par Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Un journaliste, prénommé Corto (comme Maltese), écrit un reportage, dans la veine de Joseph Kessel et de Jack London – qui furent reporters avant de devenir écrivains -, sur une série d'accidents graves touchant les dockers du port de Marseille, autrefois bastion du syndicat CGT. Après son assassinat, un ami commissaire de police, reprend l'enquête, déterminé à démanteler le réseau criminel, lié au trafic de stupéfiants, qui gangrène la ville depuis les quartiers Nord. Paolini se sent investi d’une mission.
Outre l’envie de venger son ami, il a des valeurs, et entend gratter là où ça démange, à la manière d’un autre grand reporter, Albert Londres, dont la devise était : « Notre métier (de journaliste ndla) n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » On pense également à Jean-Claude Izzo (il y a pire comme comparaison), qui fut journaliste à la Marseillaise, avant d’écrire sa fameuse trilogie, publiée à la Série Noire, à la fin des années 90. Le monde a changé mais pas tant que ça (c’est juste de pire en pire… en dehors du domaine de la science, peut-être), Paolini a de nombreux points communs avec Fabio Montale, flic marseillais désabusé, amateur de poésie… et de jolies femmes (ce qui n’est pas antinomique). Féru de littérature et de cinéma, philosophe à ses heures, lui aussi a des « valeurs », comme on disait à l’époque des prétendus « beaux voyous » (qui restaient des voyous). C’est un homme droit, intègre, épris de justice. Un incorruptible à la Eliot Ness. Une rareté par les temps qui courent.
Né à Ajaccio, en 1950, Jean-Paul Ceccaldi sait de quoi il parle. Il a travaillé à la police judiciaire, de Paris et de Marseille, et vit dans la cité phocéenne depuis des décennies. Au contraire de nombreux auteurs de « thrillers », et scénaristes de télévision, il connait les procédures et le jargon du métier. Ça change tout. Car ça sent le vécu, l’authentique. Avant de passer de la réalité à la fiction, basée sur la triste réalité, il a pondu des centaines de rapports de fonctionnaire. Dans « La mafia des docks », ce nouvel opus, écrit non sans humour, il met en situation un personnage à l’image du « Flicorse », imaginé dans de précédents polars, écrits dans un style populaire, et non populiste. Le commissaire Mathieu Difrade, son double littéraire, lui avait déjà permis de s’exprimer sur son métier de flic, et sa « corsitude ».
Cet été, il était invité au salon littéraire « Corsicapolar » d’Ajaccio, sa deuxième maison, après Marseille, dorénavant, dont il décrit la lente « boboïsation », pas seulement dans le quartier du Panier, contre lequel s’accroche l’Evêché, où des fantômes n’ont pas fini de errer. Entre deux « mauresques », Paolini longe la Corniche Kennedy pour fouiner dans les derniers « cercles » de jeu clandestins, où on joue à la « barboute » (ou « barbotte », jeu de dés né en Grèce). On s’y croirait. Depuis que le mythique « O’stop », resto ouvert 24 h /24 h, a fermé dans le quartier de l’Opéra, les règlements de compte se sont disséminés dans la nuit phocéenne. Les romans noirs de Jean Paul Ceccaldi témoignent de ces changements.
Depuis 2007, il a enchaîné les titres : « L’Ajaccienne », « Tamo Samo », « Complices obscurs », « Les Vêpres à Sorbello », « La Rose est sans pourquoi ». Plutôt que de que s’attacher à un seul « anti-héros », comme le veut la tradition du polar », il a multiplié les genres, passant du léger, comme dans « Œuf corse ! », avec des jeux de mots façon « Poulpe », San Antonio, ou Del Pappas, son collègue marseillais, au plus dense, plus grave : « La Bande du Libecciu », « Mortelle solitude », « Le Sentier du crime », « Blue café », « L’Ombre d’un tableau » (Editions corses, Ancre Latine).
En 2026, année prolifique, outre « La mafia des docks », Ceccaldi a publié « Les Flammes de la Castagniccia », » réédité aux éditions Ancre latine, et une nouvelle « La corde » (Recueil du collectif « Le cercle des polar - deux marseillais et de leurs complices, saison 4) chez Melmac. Sur Internet, on peut consulter son blog « Corse noire », et le site « Corsicapolar », avec sa rubrique « L’Isle noire de Jean-Paul Ceccaldi ». Quelle énergie !
La mafia des docks
Editions : Melmac
Auteur : Jean-Paul Ceccaldi
208 pages
Prix : 18 €
Parution : 13 août 2026






