Trop de jaune : Van Gogh ou la transgression vaincue par le conformisme

Écrit par Xavier Paquet Catégorie : Théâtre Mis à jour : lundi 20 janvier 2020 21:41 Affichages : 425

trop de jaunePar Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Tout commence par une énigmatique partie de billard façon Cène éclairée par un Christ de néons et ponctuée par le Requiem de Mozart. Simple jeu de la vie ?Ambiance mystique pour un destin tragique.

Tout commence par la fin, celle de la mort de Van Gogh qui vient de se tirer une balle dans la poitrine. Allongé sur une table d’autopsie dans une ambiance froide et blafarde. Autopsie d’une vie dissolue et d’un artiste que ses proches viennent tour à tour disséquer : ses parents, le docteur Gachet, son ami Gauguin mais aussi une prostituée, son ancienne logeuse et la Mort qui rode.

Retour sur sa vie, sa vie de famille, son histoire et son passé, son âme de peintre, sa passion, les voyages qu’elle a engendrés et les errements qu’elle a provoqués. Tous viennent se confesser, commenter et surtout reprocher.
Son père qui n’a jamais approuvé sa vie d’artiste, sa mère qui ne voit en lui que la version ratée de son premier enfant, un autre Vincent mort né, le docteur Gachet qui alterne entre admiration et jalousie, Gauguin qui se soucie plus de lui-même que des questions existentielles de son ami.
Ne manque que son frère Théo, celui qui l’aide dans la misère, celui pour qui Vincent pense n’être qu’un poids, dont le silence maintient en vie celui qui a tant besoin de lui parler avant de disparaître.
Un Van Gogh abandonné de tous, famille et milieu artistique, dont le génie créatif ne sera reconnu qu’à la postérité.

Peindre c’est voir et voir c’est ne pas exister

Pourtant ce Vang Gogh là est bien vivant, dynamique, dépressif, colérique ou spirituel : toutes les facettes étouffées de l’homme ressortent dans cette partition où l’énergie et les émotions s’expriment au crépuscule de sa vie. Il tient à exprimer sa vérité et la faire vivre avec force et intensité, alternant la folie créatrice et la folie destructrice.

Porté par un texte riche et poétique, ce huit-clos oscille entre tension dramatique et cynisme et alterne de temporalité entre présent et passé. Quelques passages singeant la société moderne qui tue à petit feu la création artistique se veulent burlesques mais amènent confusion et longueur. Voulant éviter le pathos, ce parti-pris transgresse le genre mais fait perdre cette intensité dramatique que la pièce aurait gagné à resserrer.

La mise en scène est conçue sous forme de tableaux vivants où les personnages se succèdent les uns aux autres : ces apparitions et disparitions alimentent le côté énigmatique qui unit chaque personnage au peintre et l’homme. Elle est mise en valeur par des jeux de lumière sous forme de néons et de « douches » au dessus des personnages renforçant leur confession et le côté mystique de certaines scènes. La musique, mélange de classique et d’électro, vient nourrir les distorsions et décalages. En terme de jeu, Van Gogh est interprété avec énergie et humanité, colère et sensibilité pour faire vivre avec force et fragilité ce destin tragique.

Je ne suis pas un chasseur, j’ai toujours été le lapin

Lui donnant une image picturale mais aussi christique, Trop de jaune renvoie l’image d’un écorché vif en souffrance, né pour souffrir et dont la souffrance est telle qu’il n’y a que la peinture comme refuge et la mort comme échappatoire. L’image d’un homme entre désirs et insatisfactions, rêves et frustrations, qui sera écrasé par une société qui ne le comprend pas. La transgression vaincue par le conformisme.
Une touche de couleur pour comprendre notre place dans le monde, que l’on soit génie immortel ou simple vivant.

TROP DE JAUNE - LES DERNIÈRES HEURES DE VAN GOGH
De : Emmanuel Fandre
Adaptation et mise en scène : Orianne Moretti
Avec Thomas Coumans, Laurent Richard, Malik Faraoun, Xavier Fabre, Francisco Gil, Édouard Michelon, Brigitte Aubry, Anne-lise Maulin, Carole Massana
Scénographie : Laëtitia Franceschi
Lumières : Cynthia Lhopitallier
Costumes : Anaïs Dautais-Warmel
Sons : Clément Atlan
Durée : 1h30
Une production : Correspondances Compagnie

Dates et lieux des représentations: 
- Du 8 janvier au 16 février 2020 au Théâtre Hébertot (78 bis Boulevard des Batignolles, 75017 Paris) - Téléphone : 01 42 93 13 04